Jeudi, 6 Mai 2021
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La communauté grecque et ses institutions à Constantinople, Imvros et Ténédos.

Suite au Traité de Lausanne (1923) qui prévoyait des échanges de populations plus de 130 000 Grecs sont restés à Constantinople, à Imbros et à Ténédos. Depuis lors, une série de persécutions systématiques initiées par l’État turc, en dépit des obligations que ce dernier avait assumées conformément au Traité de Lausanne, a atteint son paroxysme avec les Événements du 6-7 septembre 1955 et les expulsions de 1964 (voir ci-après, points 2 et 3 respectivement). Ceci a  declenché une diminution progressive et radicale de l’élément grec et son émigration, mettant fin à une présence dynamique du point de vue social, économique et culturel de la minorité grecque. Aujourd’hui, il reste moins de 3 500 Grecs en Turquie.

1)  Le 11 Novembre 1942, tandis que l’opinion publique mondiale était préoccupée par ce qui se passait dans la Seconde Guerre mondiale et, donc, n’observerait pas les violations des droits des minorités par la Turquie, le gouvernement turc a promulgué la loi 4305, avec laquelle, il a imposé un impôt lourd sur la propriété, appelée Varlik Vergisi. La loi devait être appliquée de manière égale à tous les citoyens. Cependant, son application sélective reposant sur les critères de la religion et de la nationalité, a cherché à détruire économiquement les minorités non-musulmanes. La date limite de paiement de l’impôt était de 15 jours et il n'y avait pas de droit d'appel. L’échec de paiement de l’impôt a résulté à la confiscation de la propriété des contribuables, à leur arrestation et à leur déportation vers les camps de travail forcé dans la ville d’Ashkelon, dans des conditions extrêmement difficiles. Le nombre d’exilés a atteint 2 500 personnes. Après avoir éliminé la partie majeure des minorités non-musulmanes, la loi a été abrogée en 1944. Il est nécessaire de mentionner que la minorité grecque, même si elle représentait 0,5% de la population turque, a contribué, à travers cet impôt, à 20% du revenu total du pays.

2) La nuit du 6 septembre 1955, une horde de manifestants à Constantinople, organisés selon un plan précis, se sont retournés contre le Patriarcat Œcuménique et la communauté grecque, saccageant 1 004 habitations, 5 000 petites et grandes entreprises, deux cimetières, 73 églises, 23 écoles et 5 centres sportifs. Suite à ces événements, environ 9 000 Grecs ont été contraints de quitter la Turquie jusqu’en 1960. En octobre 1961, le Premier ministre turc de l’époque Adnan Menderes est jugé coupable par un tribunal irrégulier turc, entre autres, des événements de la nuit du 6 au 7 septembre contre la minorité grecque. Pendant le procès, le rôle central joué par le gouvernement Menderes dans ces incidents a été souligné.

3) Le 16 mars 1964, la Turquie dénonça l’Accord bilatéral d’Etablissement (1930), en refusant en même temps toute négociation sur son remplacement par un nouveau traité. En l’espace de deux ans, plus de 12 000 ressortissants grecs établis en Turquie furent expulsés du pays et privés de tous leurs biens mobiliers et immobiliers. Suite à cela, des milliers d’autres ressortissants turcs minoritaires (et leurs familles) furent obligés de fuir le pays dans un climat de peur. Force est de noter, toutefois, que les ressortissants grecs établis à Istanbul avaient le droit de rester pendant toute leur vie dans la ville en application de l'accord de 1923 sur les échanges de populations, n’ayant aucun rapport avec l’accord bilatéral d’établissement de 1930 susmentionné. Outre les expulsions, un décret-loi secret[1] a gelé tous les biens des Grecs en Turquie. Les maisons et les biens des personnes expulsées furent attribués à l’Etat turc, bien que ce dernier qualifia  les propriétés d’“abandonnées”.

[1] Le décret 6/3801 du 2 novembre 1964, connu sous le nom de « Kararnamès », du turc Kararname, qui signifie décision, était secret, car il n’avait pas été publié au Journal officiel de la République turque pour qu’il ne puisse pas être contesté aux tribunaux.



Dernière mise à jour vendredi, 09 novembre 2018