Allocution du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, lors de l’événement consacré à la promotion de la stratégie nationale pour la prévention de la violence et la lutte contre la délinquance juvénile (Genève, 24 février 2026)

Allocution du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, lors de l’événement consacré à la promotion de la stratégie nationale pour la prévention de la violence et la lutte contre la délinquance juvénile (Genève, 24 février 2026)

Excellences,

Distingués représentants du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, de l'UNICEF et du Conseil de l'Europe,

Mesdames et Messieurs,

C'est un honneur pour moi de vous accueillir ici aujourd'hui.

Nous sommes réunis au cœur même de l'architecture mondiale des droits de l'homme. Ce Conseil sert de boussole morale à notre communauté internationale, nous rappelant sans cesse que nos paroles doivent être suivies d'actes. Et dans aucun autre domaine cette action n'est plus urgente que dans celui de la protection des enfants.

Aujourd'hui, nous nous réunissons pour souligner que nos stratégies nationales ne sont pas de simples documents bureaucratiques, mais un bouclier vivant contre la violence, offrant une justice qui guérit, protège et restaure la dignité et l'avenir de chaque enfant. Cet engagement est l'évolution naturelle des principes que nous avons défendus dans cette même salle.

Depuis des décennies, ce Conseil est l'architecte d'un consensus mondial. À travers ses résolutions et ses mécanismes, le CDH a établi une vérité fondamentale : les enfants ne sont pas des objets de charité. Ils sont des sujets de droits. La Grèce a toujours soutenu avec passion ce travail. Nous avons coparrainé des résolutions, collaboré avec le Comité des droits de l'enfant et défendu les droits des plus vulnérables.

Mais aujourd'hui, nous devons regarder au-delà des textes que nous adoptons. Nous devons regarder le monde tel qu'il est, et non tel que nous souhaiterions qu'il soit.

Nous vivons dans une époque marquée par de multiples crises. Alors que la Grèce prend place en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, il est clair que chaque fois que la paix est brisée, les enfants sont les premiers à souffrir. Des décombres de Gaza aux sous-sols de l'Ukraine, des camps de déplacés du Soudan aux zones de conflit du Sahel, les enfants paient le prix de guerres qu'ils n'ont pas déclenchées.

Je tiens à être clair : pour la Grèce, le programme « Les enfants dans les conflits armés » est une pierre angulaire de notre mandat au Conseil de sécurité. Nous nous engageons à être leur porte-parole. Nous exigeons que les responsabilités soient assumées. Nous exigeons que le droit international humanitaire, le droit international et le droit des droits de l'homme soient respectés, non pas comme une suggestion, mais comme une ligne rouge absolue.

Cependant, la violence ne se limite pas au champ de bataille. Le Conseil des droits de l'homme a à juste titre identifié la violence à l'encontre des enfants comme une menace systémique, même en temps de paix. Elle se produit dans nos foyers, dans nos écoles et, de plus en plus, dans la sphère numérique.

Le Conseil nous a donné une feuille de route. Il nous a dit qu'il valait mieux prévenir que guérir. Il nous a dit que la justice pour un enfant devait être différente de la justice pour un adulte. Mais une feuille de route ne sert à rien si nous ne suivons pas la voie qui y est tracée.

Le défi auquel nous sommes confrontés aujourd'hui est le déficit de mise en œuvre. Comment pouvons-nous traduire en actes les nobles paroles de la Convention relative aux droits de l'enfant, signée ici à Genève, dans un quartier d'Athènes, dans un village en Afrique ou dans une école en Asie ?

La réponse réside dans l'action nationale. Les obligations internationales doivent se concrétiser par des politiques nationales audacieuses, cohérentes et bien financées.

C'est la voie que la Grèce a choisie. Je suis fier d'annoncer que nous avons lancé une stratégie nationale intégrée pour la prévention de la violence à l'encontre des enfants et la justice respectueuse des enfants (2025-2030).

Je ne vais pas vous fatiguer avec des détails techniques. Je souhaite plutôt partager avec vous la philosophie, la vision, qui sous-tend cette stratégie.

Tout d'abord, nous changeons notre façon de voir la justice. Mettre un enfant derrière les barreaux est souvent un aveu d'échec de la société. Notre stratégie s'aligne sur les normes européennes et internationales en matière de promotion de la justice réparatrice. Nous passons d'un système exclusivement punitif à un système réparateur. Nous mettons en place des garanties institutionnelles contre la privation inutile de liberté et nous renforçons la réinsertion après la détention. Nous voulons réinsérer ces enfants, et non criminaliser leur avenir.

Deuxièmement, nous regardons vers l'avenir. La violence du XXIe siècle est hybride. Elle est physique, mais elle est aussi numérique. Nos enfants vivent dans un univers numérique qui offre une connaissance immense, mais qui recèle aussi des zones d'ombre : cyberviolence, exploitation et maltraitance. Notre stratégie nationale considère l'environnement numérique comme un espace public qui doit être sûr. Nous appliquons des cadres stricts en matière de responsabilité numérique et des mécanismes de vérification de l'âge. Nous renforçons la résilience numérique en apprenant à nos enfants non seulement à utiliser la technologie, mais aussi à s'en protéger.

Troisièmement, et c'est le plus important : la prévention. Nous ne pouvons pas attendre que le mal se produise ou que le crime soit commis. Nous investissons dans l'intervention précoce. Nous brisons le silence. Nous renforçons les « maisons des enfants » afin d'éviter toute victimisation secondaire.

Excellences, chers amis,

Cette manifestation parallèle ne concerne pas seulement l'échange d'expertise technique. Il s'agit du renouvellement d'un serment.

Le Conseil des droits de l'homme a fait son travail en établissant des normes. Le Conseil de sécurité doit faire son travail en imposant la paix. Et nous, en tant que gouvernements nationaux, devons faire notre travail en mettant en œuvre des politiques qui ont un impact sur la vie des enfants dans la réalité.

La protection d'un enfant n'est pas seulement une obligation juridique, en vertu de la Charte des Nations Unies ou de la Convention européenne. C'est l'investissement ultime dans notre avenir collectif. Un enfant qui grandit à l'abri de la violence est un citoyen qui construira un monde de paix.

La Grèce est prête à montrer l'exemple. Nous sommes prêts à écouter, à apprendre et à coopérer avec vous tous – le Haut-Commissariat aux droits de l'homme, l'UNICEF, le Conseil de l'Europe et chaque État membre – pour faire de cette vision une réalité.

Offrant à nos enfants la justice – et l'avenir – qu'ils méritent.

Je vous remercie.

Février 24, 2026