Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Haut-Commissaire, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
C'est un grand honneur pour moi de m'adresser à la réunion de haut niveau de la 61e session.
Cette journée marque un tournant historique. Vingt ans se sont écoulés depuis que nous avons créé ce Conseil, remplaçant la Commission des droits de l'homme par une institution plus forte et plus crédible.
En dressant le bilan, nous avons des raisons d'être fiers. Nous avons créé l'examen périodique universel, garantissant ainsi qu'aucun État ne soit exclu du processus d'évaluation. Nous avons renforcé les procédures spéciales, donnant ainsi une voix à ceux qui n'en ont pas.
Cependant, les anniversaires exigent de la sincérité. Cet anniversaire nous trouve confrontés à une grave crise de liquidités. Il ne s'agit pas simplement d'un obstacle bureaucratique, mais d'une menace existentielle. Nous ne pouvons pas protéger les droits dans un contexte de déficits budgétaires.
Le message de la Grèce est clair : notre rhétorique doit s'accompagner des ressources nécessaires.
Nous réaffirmons notre soutien indéfectible au Haut-Commissariat. Cependant, dans le cadre du jalon UN80, nous devons reconnaître les défis qui nous attendent. La Grèce soutient tout effort visant à moderniser ce système. Nous avons besoin d'une ONU qui aborde ses faiblesses de manière constructive. Une ONU qui soit rentable, efficace et pleinement responsable. Ce n'est qu'ainsi qu'elle pourra remplir sa mission, de manière équilibrée, dans ses trois piliers.
Monsieur le Président,
Au-delà de cette crise interne, nous sommes confrontés à une « crise multiple » géopolitique. La solidité de la chaîne qui relie la paix, le développement et les droits de l'homme est mise à l'épreuve.
En Europe, cela fait quatre ans que la guerre fait rage en Ukraine. Quatre années de guerre offensive et de destruction. La Grèce reste fermement attachée à la souveraineté de l'Ukraine. Cela revient à défendre la démocratie et le droit international contre le révisionnisme.
Nous saluons les efforts de paix. Cependant, nous ne pouvons ignorer le coût humain. Dans les territoires sous occupation russe, de graves violations des droits de l'homme sont commises.
Le déplacement forcé d'enfants ukrainiens est particulièrement préoccupant. Des milliers d'enfants ont été privés de leur nom, de leur histoire. Cette tentative d'usurpation de l'avenir d'une nation doit cesser.
Notre attention se porte également sur la Syrie. La stabilité passe par un processus politique inclusif. Le peuple syrien doit décider de son avenir sans ingérence étrangère. Toutes les communautés ethniques et religieuses, y compris les chrétiens, doivent participer sur un pied d'égalité. La Grèce est prête à contribuer à l'aide humanitaire et à la reconstruction.
En ce qui concerne notre voisinage, le Moyen-Orient :
La Grèce accueille avec un profond soulagement la libération des otages. Il s'agit d'une victoire de la diplomatie. Cela prouve que le dialogue sauve des vies.
Cependant, ce n'était qu'un premier pas. Il est urgent de passer à un cessez-le-feu permanent.
Toutefois, le silence ne suffit pas. La situation humanitaire à Gaza reste catastrophique et nous ne pouvons rester indifférents. La Grèce soutient les efforts de stabilisation, tout en soulignant que la seule solution politique viable reste la solution à deux États. La sécurité pour Israël. Un État souverain pour les Palestiniens. C'est la seule voie possible.
Plus au sud, au Soudan, se déroule la plus grande crise de déplacement de population au monde. La famine menace le pays, tandis que la violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre. La responsabilité doit être engagée.
En ce qui concerne l'Iran, nous avons l'obligation morale de nous tenir aux côtés du peuple face à la violence qui s'exerce contre les manifestants pacifiques.
Et en Afghanistan, nous observons des persécutions systématiques fondées sur le sexe. Les femmes et les filles sont exclues de la vie publique. Nous ne pouvons accepter une réalité où la moitié de la population reste invisible.
Monsieur le Président,
Comment la Grèce réagit-elle à cette crise multiple ?
Premièrement, en tant que membre fier de l'Union européenne, nous considérons l'Union comme un pilier essentiel du multilatéralisme dans un monde fragmenté. Nous soutenons une Europe qui répond aux attentes internationales, qui utilise son pouvoir économique et réglementaire pour promouvoir les droits de l'homme et l'État de droit.
Deuxièmement, en tant que membre élu du Conseil de sécurité des Nations Unies, notre position repose sur des principes clairs. Nous restons attachés à la Charte des Nations Unies. Notre boussole est l'application universelle du droit international comme pont de communication dans un monde divisé.
Le respect de la Charte des Nations Unies n'est pas facultatif. Il constitue le fondement unique de notre coexistence.
Notre approche repose sur trois concepts : dialogue, démocratie et diplomatie. Nous croyons en un monde où les droits déterminent le pouvoir et non l'inverse.
La crédibilité à l'étranger passe par la cohérence à l'intérieur.
La Grèce met en œuvre des plans d'action nationaux pour lutter contre le racisme, renforce les politiques de lutte contre la traite des êtres humains et promeut l'égalité des sexes. Parallèlement, nous mettons en œuvre une stratégie globale pour la protection des jeunes et la lutte contre la délinquance juvénile.
En matière d'immigration, la Grèce déploie depuis toujours tous les efforts possibles pour sauver des vies humaines en mer et accorder une protection internationale à ceux qui y ont droit. Dans le même temps, nous accordons tout autant d'importance à la lutte contre les réseaux de passeurs et à la prévention de l'instrumentalisation des flux migratoires, tout en encourageant les retours effectifs.
Excellences,
Sur la base de ce qui précède, permettez-moi d'évoquer la candidature de la Grèce au Conseil des droits de l'homme pour la période 2028-2030.
Notre vision repose sur un pilier fondamental : l'éducation.
La montée de la rhétorique de haine et de la discrimination montre que les lois, bien que nécessaires, ne suffisent pas. La conscience du citoyen est non négociable.
Comme l'a dit le grand philosophe Aristote :
« L'éducation de l'esprit sans l'éducation du cœur n'est pas une éducation. »
Notre objectif est donc de renforcer une « culture des droits de l'homme » à l'échelle mondiale.
Nous devons éduquer le cœur de la prochaine génération. Nous devons enseigner l'empathie, et pas seulement les règles, aux générations futures. Lorsque la dignité humaine devient une conscience, elle devient aussi la garantie la plus forte de la paix.
Dans cette optique, la Grèce se réjouit du lancement de l'Alliance mondiale pour les droits de l'homme, comme cela a été officiellement annoncé hier.
Nous avons besoin d'une initiative qui rassemble les gouvernements, le secteur privé et la société civile. Nous devons replacer les droits de l'homme au centre de la vie politique, comme cela s'est produit en Europe dans les années 1970 avec l'Acte final d'Helsinki.
Monsieur le Président,
Il y a vingt ans, nous avons créé ce Conseil. Aujourd'hui, nous sommes appelés à le protéger. Nous devons assurer sa viabilité financière, nous devons mettre fin aux conflits armés, nous devons éduquer la nouvelle génération.
La Grèce est là pour écouter, coopérer et jeter des ponts.
Je vous remercie.
Février 24, 2026