Déclaration commune prononcée par le ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, au nom de 80 délégations auprès des Nations Unies pour garantir les principes fondamentaux de la protection des civils en période de conflit armé (New York, 22 mai 2025)

Déclaration commune prononcée par le ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, au nom de 80 délégations auprès des Nations Unies pour garantir les principes fondamentaux de la protection des civils en période de conflit armé (New York, 22 mai 2025)

J'ai l'honneur de prononcer cette déclaration au nom de 80 délégations qui se sont engagées à respecter le droit international humanitaire et à protéger les civils en période de conflit armé.

Cette année encore, les civils dans les conflits armés continuent de vivre dans des conditions inimaginables, dans un danger, une insécurité et une souffrance permanents. Les Nations Unies ont recensé au moins 36 000 morts parmi les civils dans 14 conflits armés en 2024. L'utilisation d'armes explosives dans des zones habitées a fait des dizaines de milliers de victimes dans de nombreux conflits, tandis que les mines et les restes d'explosifs de guerre ont continué de mettre en danger les civils.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Gaza est confrontée à la « pire crise humanitaire » depuis le début des hostilités, après les attaques du 7 octobre 2023, les civils souffrant de la faim et étant exposés à un risque critique de famine, selon l'IPC, et des centaines de travailleurs humanitaires ayant été tués depuis le début du conflit. Au Soudan, les civils sont les principales victimes de la violence, avec des millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et plus de la moitié de la population confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. Les civils souffrent également de manière généralisée en République démocratique du Congo, au Mali, au Mozambique, au Myanmar, au Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud, en Syrie, en Ukraine et ailleurs.

Cela ne peut pas continuer. Aujourd'hui, nous adressons un message clair : la protection des civils n'est pas facultative. Il s'agit d'une obligation juridique en vertu du droit international humanitaire et d'un impératif moral que nous ne pouvons ignorer.

Face à l'aggravation des conflits armés et au mépris de la vie des civils dans de nombreuses régions, nous appelons toutes les parties belligérantes à respecter le droit international humanitaire en toutes circonstances et tous les États membres à user de leur influence pour veiller à ce qu'il soit respecté par toutes les parties. Il s'agit là d'un minimum – ce n'est pas une attente, mais un engagement – c'est une obligation juridique.

Les civils, hommes et femmes, enfants, personnes âgées et handicapées, souffrent tous. Le personnel de santé, les agriculteurs, les enseignants sont tués, blessés et contraints de fuir. Les civils sont très souvent pris pour cible ou simplement abandonnés comme des pertes collatérales de la guerre. Leur protection ne doit pas être une question secondaire – elle doit être au cœur de toutes les planifications militaires et de toutes les décisions politiques. Nous réitérons notre appel aux parties belligérantes pour qu'elles protègent les civils et les infrastructures non militaires, y compris celles qui sont indispensables à la survie des civils, et qu'elles traitent avec humanité toutes les personnes relevant de leur juridiction.

Nous saluons le rôle vital des acteurs humanitaires et condamnons tous les actes de violence et les menaces à leur encontre. L'année dernière a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour le personnel des organisations humanitaires, avec plus de 360 travailleurs tués dans 20 pays. Cela doit cesser. Nous réaffirmons notre détermination à prendre des mesures et à utiliser les moyens diplomatiques pour garantir la sécurité et la protection du personnel des organisations humanitaires et lui permettre d'exercer ses activités et de s'acquitter de sa mission conformément aux principes humanitaires.

Nous appelons les parties impliquées dans des conflits à permettre et à faciliter, comme l'exige le droit international humanitaire, l'accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave à tous les civils dans le besoin. L'instrumentalisation de l'aide à des fins politiques, militaires ou stratégiques est inacceptable.

Nous reconnaissons le travail important des journalistes, des professionnels des médias et de leurs collaborateurs, et nous appelons les parties concernées à respecter leur indépendance professionnelle et leurs droits. À une époque où la désinformation et la mésinformation sont facilitées et largement diffusées, alimentant souvent les conflits, les médias indépendants et le reportage sur le terrain revêtent une importance particulière.

Nous réaffirmons que les auteurs de violations doivent rendre des comptes. Les violations présumées du droit international humanitaire et les violations et atteintes présumées aux droits de l'homme dans les conflits armés doivent faire l'objet d'enquêtes crédibles et systématiques, et leurs auteurs doivent être tenus de rendre des comptes. L'impunité ne peut être la norme. L'impunité n'est pas seulement un échec de la justice, elle constitue une licence pour récidiver.

Alors que la « Semaine de la protection des civils » bat son plein et que le débat public ramène aujourd'hui l'attention là où elle doit être, à savoir sur les civils dans les zones de conflit, nous soulignons que la protection ne concerne pas seulement la gestion des crises, mais aussi leur prévention. Nous avons besoin d'une approche plus globale pour assurer la protection totale des civils.

Réaffirmons notre responsabilité collective de protéger les plus vulnérables, au respect du droit international, à la priorité accordée à la sécurité, à la dignité et aux droits des civils, et veillons à ce que leurs visages et leurs voix – qui restent souvent invisibles et silencieux derrière les statistiques – restent au centre de nos actions.

Renouvelons notre engagement, non seulement par des mots, mais par des mesures concrètes, en faveur de la protection, de la responsabilité et, en fin de compte, de la paix.

Je vous remercie.

Mai 22, 2025