Déclarations du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, à l'issue de sa rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (Berlin, 17.03.2026)

Déclarations du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, à l'issue de sa rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (Berlin, 17.03.2026)

G. GERAPETRITIS : C'est pour moi un immense plaisir et un grand honneur de rencontrer aujourd'hui à Berlin le ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne, Johann Wadephul.

Les relations entre la Grèce et l'Allemagne sont aujourd'hui d'un niveau très satisfaisant. Je rencontre souvent mon homologue allemand à Bruxelles, dans le cadre du Conseil des affaires étrangères, où, hier encore, nous avons été préoccupés par la crise qui ne cesse de s’aggraver dans l’ensemble du Moyen-Orient. Nous lançons un appel à toutes les parties impliquées pour qu’elles procèdent à une désescalade immédiate et trouvent une solution par la voie diplomatique. Nous appelons chacun à faire preuve de la retenue nécessaire afin d’éviter une nouvelle flambée de violence dans la région.

Le respect universel du droit international, du droit humanitaire et de la Charte des Nations Unies est un principe fondamental pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

La sécurité de l’Union européenne est indissociable de la situation au Moyen-Orient. Notre soutien à Chypre se concrétise par notre aide en matière de défense. Nous exprimons également notre solidarité envers les pays alliés du Golfe, qui ont été attaqués sans raison.

Nous ne devons pas négliger les répercussions de la guerre sur les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, la sécurité alimentaire, mais aussi la navigation. La Grèce, en tant que nation maritime possédant la plus grande flotte marchande au monde sous pavillon grec, accorde une importance particulière à la liberté de navigation, ainsi qu’à la sécurité des marins grecs. Je tiens tout particulièrement à remercier mon cher ami Johann pour son soutien à la demande de la Grèce et à notre effort commun visant à garantir la liberté de navigation. D'ailleurs, nous le démontrons par le rôle de premier plan que la Grèce a joué dans l'opération ASPIDES en mer Rouge.

Cependant, la Grèce n'a pas l'intention de s'impliquer dans la guerre qui se déroule actuellement. De plus, nous condamnons avec la plus grande fermeté les attaques contre des navires marchands grecs, qui opèrent en toute légalité. Les attaques en mer Noire mettent en danger la sécurité des équipages et, de plus, celles qui ont lieu en Méditerranée soulèvent un problème écologique très grave, celui d’une catastrophe environnementale imminente.

L'Union européenne doit gérer des situations sans précédent et se montrer à la hauteur des circonstances. La sécurité de notre continent est indivisible. Ces quatre dernières années ont bouleversé l’Union européenne et ont servi de catalyseur, en réorientant les politiques et en accélérant les décisions, afin de rendre l’Europe stratégiquement autonome, compétitive et plus forte. Le rôle de l’Allemagne à ce niveau, en tant que grande puissance européenne, est absolument déterminant.

Nous sommes convenus que l’élargissement de l’Union européenne devait rester notre priorité stratégique. Vingt-trois ans après l’Agenda de Thessalonique, et dans la perspective de la présidence grecque de l’Union européenne au second semestre 2027, nous estimons qu’il convient de donner un nouvel élan, mais aussi une nouvelle vision, aux peuples des Balkans occidentaux, afin de tracer la voie vers l’Europe. Conjointement avec l’Allemagne, nous œuvrerons à la mise en œuvre effective de cette vision.

Notre coopération avec l’Allemagne dans le cadre de l’OTAN et du Conseil de sécurité des Nations Unies est extrêmement fructueuse. En ce qui concerne l’Alliance atlantique, nous avons discuté des énormes défis en matière de sécurité qui se présentent, ainsi que de nos priorités stratégiques. Je tiens à souligner que, dans le cadre de notre relation d’alliance, nous considérons qu’il est nécessaire et évident que tous les alliés indiquent clairement que les équipements ne doivent pas être utilisés au détriment d’autres pays alliés.

La crise actuelle au Moyen-Orient met en évidence l’importance géopolitique de la Méditerranée orientale. Nous accordons une importance particulière au renforcement de notre coopération afin de relever ensemble les défis dans l’ensemble de la région. Nous attendons de partenaires et d’alliés importants, tels que l’Allemagne, qu’ils fassent preuve de solidarité et de compréhension à l’égard des équilibres fragiles dans la région de la Méditerranée orientale.

S’agissant plus particulièrement des liens entre nos deux peuples, cher Johann, je mentionnerai l’influence profonde de l’éducation et de la littérature classiques sur la formation de la philosophie et de la culture allemandes, la grande contribution des scientifiques allemands à l’étude et à la mise en valeur de la civilisation grecque antique, la formation de nombreux Grecs dans les universités allemandes, ainsi que les milliers de nos compatriotes qui vivent et prospèrent aujourd’hui en Allemagne depuis des décennies. Mais aussi, bien sûr, le nombre toujours très élevé de visiteurs allemands qui se rendent chaque année en Grèce.

Je tiens à mentionner tout particulièrement le grand visionnaire, européiste, et oserais-je dire, philhellène, Jürgen Habermas, décédé il y a quelques jours, ce grand théoricien de l’espace public. À Athènes, l’un des plus grands architectes allemands, Ernst Ziller, a laissé un héritage considérable, puisqu’il a conçu bon nombre des bâtiments qui ornent aujourd’hui Athènes, parmi lesquels figure également le bâtiment central du ministère des Affaires étrangères.

La dynamique communauté grecque, qui compte aujourd’hui plus de 500 000 citoyens en Allemagne, ainsi que les dizaines de milliers d’Allemands en Grèce, constituent un véritable pont d’amitié et de coopération entre nos peuples.

Je considère que le moment est venu de lever concrètement les derniers fardeaux du passé.

Cher Johann, Monsieur le Ministre, nos relations bilatérales, qui ont toujours été étroites, ont depuis longtemps surmonté la période et la conjoncture particulièrement difficiles qu’elles ont connues il y a environ 15 ans, avec la grave crise économique qui a frappé la Grèce. Grâce à de grands efforts et à d’énormes sacrifices de la part du peuple grec, la Grèce est sortie, après dix années difficiles, de cette crise économique qui a secoué le pays et menacé la place de la Grèce au cœur de la construction européenne. Ces dernières années, notre pays est cité et reconnu comme un exemple de réussite pour le redressement et la stabilisation de son économie, mais aussi pour les initiatives qu’il prend au sein même de l’Union européenne.

À la suite du septième cycle de consultations entre la Grèce - Allemagne à Berlin en novembre dernier, nous espérons un approfondissement des relations entre nos deux pays dans les domaines de l’économie, du commerce, des investissements, des énergies renouvelables, mais aussi de l’immigration – une question à laquelle l’honorable ministre a également fait référence. La question migratoire constitue un défi que nous devons relever ensemble, car elle dépasse les frontières géographiques.

La Grèce, en tant que pays de premier accueil, souligne l’importance du respect des principes de solidarité, de la répartition équitable des charges et, bien sûr, des valeurs humanitaires. La protection efficace des frontières extérieures de l’Union européenne et le contrôle des flux migratoires doivent constituer notre priorité commune. D'ores et déjà, la coopération entre nos deux pays dans ce domaine a donné des résultats extrêmement positifs, dans la perspective de l'entrée en vigueur du pacte de l'Union européenne sur l'immigration et l'asile en juin prochain.

Avec mon cher Johann, nous avons également discuté des derniers développements aux niveaux international et régional. La situation au Liban nous préoccupe et nous exprimons notre soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du pays. Nous soutenons les efforts du Liban pour maintenir la stabilité, ainsi que la volonté du président Joseph Aoun de mener des négociations directes avec Israël.

Et bien sûr, nous exprimons notre inquiétude face à la situation en Cisjordanie et à la création d’éventuels faits accomplis négatifs. La Grèce estime que la seule solution réaliste et viable est une paix durable grâce à la création d’un État palestinien, qui garantira toutefois pleinement la sécurité dans l’ensemble de la région et en particulier celle d’Israël.

Dans ce contexte, nous sommes favorables à la réforme de l’Autorité palestinienne, afin qu’elle puisse, de manière utile et efficace, assumer la gestion effective de Gaza et de la Cisjordanie.

Bien sûr, comme nous en avons discuté avec l’honorable ministre et ami, la situation au Moyen-Orient ne doit pas nous conduire à négliger la situation en Ukraine, qui, depuis plus de quatre ans, continue de constituer une violation substantielle des principes du droit international. Les attaques contre des civils, ainsi que contre des infrastructures énergétiques, menées par la Russie qui agresse, créent des conditions de violation flagrante du droit international. Nous devons adopter une position unanime et ferme face à cette agression et respecter pleinement le droit international.

Mon cher Johann, ma présence ici aujourd’hui à Berlin confirme la solidarité gréco-allemande à un moment si critique pour la paix et la sécurité internationales. Ce sera pour moi un immense plaisir et un grand honneur de t'accueillir à Athènes très prochainement afin de te rendre ton hospitalité extrêmement amicale et chaleureuse.

Je vous remercie.

Mars 17, 2026