Intervention du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis lors du débat ouvert du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne (New York, 28.01.2026)

Intervention du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis lors du débat ouvert du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne (New York, 28.01.2026)

Monsieur le Président, je vous remercie.

Je tiens à remercier le coordonnateur spécial adjoint pour son briefing et je souhaite la bienvenue aux nouveaux membres du Conseil, nous sommes impatients de travaillera avec vous tous.

Chers collègues,

La Grèce poursuit son mandat au Conseil de sécurité avec un objectif clair et un sens aigu des responsabilités. À un moment où le système international est confronté à des défis majeurs, les Nations Unies — et en particulier le Conseil de sécurité — restent le cadre central et indispensable du dialogue, de la coopération et de l'action collective en faveur de la paix et de la sécurité internationales.

La politique étrangère de la Grèce est fermement ancrée dans le respect de la Charte des Nations Unies et des principes qui y sont consacrés, à savoir le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, l’inviolabilité des frontières ainsi que l’interdiction de la menace ou du recours à la force. Ces principes ne constituent pas des idéaux abstraits ; ils forment le socle d’un ordre international stable et guident notre travail collectif au sein de ce Conseil.

La paix au Moyen-Orient constitue une nécessité morale, politique et humanitaire impérieuse.

La Grèce soutient de manière constante toute initiative susceptible d’avoir un impact concret et positif sur le terrain et de rapprocher la région d’une paix et d’une stabilité durables. Dans cet esprit, nous avons fermement appuyé le plan global visant à mettre fin aux hostilités à Gaza et avons voté en faveur de la résolution 2803 du Conseil de sécurité. Nous reconnaissons les progrès accomplis en vue d’un cessez-le-feu durable ainsi que dans la mise en œuvre du Plan de paix en 20 points pour Gaza, approuvé par le Conseil de sécurité.

Nous exprimons notre soulagement à l’annonce de la restitution de la dépouille du dernier otage à sa famille. Cette évolution met un terme à un chapitre profondément douloureux pour les familles concernées. Elle ouvre également la voie à la pleine mise en œuvre de la deuxième phase, qui constitue un moment véritablement décisif.

La prochaine étape devra inclure le désarmement complet du Hamas et des autres groupes armés. La prise en compte des préoccupations légitimes et de long terme d’Israël en matière de sécurité constitue une condition essentielle à l’instauration d’une paix durable.

La désignation d’un Comité national palestinien pour l’administration de Gaza, avec le soutien de la Présidence de l’Autorité palestinienne, constitue une évolution positive. Il s’agit d’une étape importante vers une gouvernance légitime et responsable, indispensable à la stabilité, à la reconstruction et à une paix durable. La future reconstruction de Gaza doit être crédible, coordonnée, fondée sur des structures de gouvernance légitimes et s’inscrire dans un horizon politique plus large et crédible.

Gaza et la Cisjordanie constituent une entité territoriale unique et indivisible pour un futur État palestinien. La voie à suivre est claire : un processus politique crédible conduisant à la solution des deux États, permettant aux Palestiniens et aux Israéliens de coexister dans la paix et la sécurité.

La Grèce est prête à contribuer activement et de manière responsable au processus de paix, notamment par le renforcement de l’aide humanitaire et au développement en Cisjordanie. Elle continuera d’offrir des soins médicaux à des enfants de Gaza dans des hôpitaux grecs. Parallèlement, nous participons activement aux efforts visant à stabiliser la situation sécuritaire à Gaza, notamment par notre participation au centre de coordination civilo-militaire.

Dans l’ensemble, notre objectif est clair : contribuer à la préparation de l’ « après-Gaza », en étroite coopération avec le Comité national palestinien et l’Autorité palestinienne, ainsi qu’avec les principaux partenaires régionaux, tels que l’Égypte.

La paix suppose la protection des civils. Aujourd’hui, malgré des progrès notables dans l’acheminement de denrées alimentaires et d’autres biens, la situation humanitaire à Gaza demeure difficile. Les conditions météorologiques rigoureuses, les infrastructures détruites et les pénuries de nourriture, d’eau et de matériel médical continuent d’aggraver la souffrance humaine. En conséquence, l’accès à l’aide humanitaire, y compris par le corridor humanitaire maritime depuis Chypre, doit être sans entrave.

Nous sommes également préoccupés par les développements récents concernant l’UNRWA, et en particulier la démolition de ses installations à Jérusalem-Est.

Au-delà de Gaza, la situation en Cisjordanie ne cesse de se détériorer. L’agressivité croissante des colons à l’encontre, entre autres, de communautés chrétiennes, ébranle la confiance et alimente l’instabilité sur le terrain. Nous appelons également à la cessation des activités de colonisation, y compris dans la zone E1.

Comme l’a déclaré le Premier ministre grec lors de sa récente visite à Ramallah et à Jérusalem, le soutien de la Grèce à l’Autorité palestinienne est indéfectible. Il s’agit du représentant légitime du peuple palestinien et doit, à ce titre, être renforcé politiquement et économiquement. L’Autorité palestinienne a fait preuve de sérieux dans la promotion des réformes. Les recettes fiscales retenues doivent être libérées sans délai.

Le maintien du statu quo des Lieux saints à Jérusalem revêt également une importance cruciale. Jérusalem n’est pas seulement une ville d’une grande importance religieuse ; elle constitue aussi une pierre de touche pour la coexistence et le respect mutuel.

Monsieur le Président,

S’agissant du Liban, la visite du Conseil de sécurité à Beyrouth en décembre dernier a revêtu un caractère substantiel et non simplement symbolique.

Le message adressé était clair : le Liban n’est pas seul.

Nous saluons les progrès accomplis lors de la première phase du plan national de désarmement, qui rapproche le Liban du rétablissement du plein contrôle de son territoire, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

Toutefois, le désarmement doit s’accompagner d’un renforcement durable des capacités ainsi que d’un plan clair de reconstruction. La Grèce considère le Liban comme un partenaire clé pour la paix et continuera de le soutenir dans ses efforts en faveur de la sécurité et de la prospérité. La Grèce a récemment livré du matériel militaire aux Forces armées libanaises et est prête à faire davantage. Dans le même esprit, nous saluons l’organisation d’une Conférence internationale à Paris, le 5 mars, visant à mobiliser un soutien international en faveur des Forces armées libanaises, et nous nous réjouissons de notre participation.

S’agissant de la Syrie, Monsieur le Président, l’année 2025 a été une année historique. La chute du régime Assad offre une opportunité historique à un pays d’une importance particulière pour le monde arabe et la Méditerranée orientale.

La Grèce se tient aux côtés de la Syrie et lui apporte son soutien tant au niveau bilatéral qu’en sa qualité d’État membre de l’UE et de membre élu du Conseil de sécurité.

Nous reconnaissons les progrès accomplis, sans pour autant ignorer les défis persistants. Nous saluons les assurances données par le gouvernement syrien quant à son attachement au droit international et aux relations de bon voisinage. Nous attendons que ces assurances soient respectées, notamment en ce qui concerne les délimitations maritimes avec les États voisins.

La souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie doivent être pleinement respectées.

Nous soutenons la coopération du pays avec l’ONU, encourageons son renforcement et attendons avec intérêt l’établissement rapide du Bureau de l’Envoyé spécial à Damas.

Dans le même temps, nous ne devons pas oublier que l’année 2025 a été marquée par des violences à l’encontre des Alaouites, des Druzes, des chrétiens et, plus récemment, des Kurdes. Davantage d’informations, de clarté et, bien entendu, de responsabilité sont nécessaires.

Nous réaffirmons la nécessité d’une transition politique inclusive et de la protection de tous les Syriens, y compris les femmes, sans discrimination fondée sur l’appartenance religieuse ou ethnique, en tant que condition préalable à la stabilité et au redressement. La richesse de la Syrie réside dans la diversité et le pluralisme de sa société. Les civils doivent être protégés en toutes circonstances.

Les développements récents dans le nord-est de la Syrie illustrent la fragilité persistante de la transition et suscitent des inquiétudes.

L’accord de cessez-le-feu entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) doit être pleinement mis en œuvre par toutes les parties. Nous appelons tous les acteurs concernés, y compris les acteurs extérieurs, à faire preuve de retenue et à éviter toute escalade susceptible de déstabiliser le pays et d’exacerber les tensions ethniques. La protection des Kurdes doit être pleinement garantie et leurs droits politiques et culturels préservés dans le cadre d’une Syrie unie.

Nous souhaitons également souligner la nécessité de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme et de promouvoir des réformes dans l’armée et le secteur de la sécurité.

En particulier, la lutte contre Daech et l’Etat islamique doit se poursuivre et les centres de détention de ses membres doivent être pleinement sécurisés.

Enfin, s’agissant du Yémen, nous réaffirmons notre plein respect en faveur de sa souveraineté, de son unité et de son intégrité territoriale, et appelons toutes les parties à s’engager de manière constructive et de bonne foi dans un processus politique inclusif, dirigé et pris en charge par les Yéménites, sous l’égide des Nations Unies.

Malgré la désescalade dans le sud du pays, nous restons vigilants.

Alors que la situation en mer Rouge devient de plus en plus complexe, nous réitérons l’importance de la sécurité maritime et de la liberté de navigation. La mer Rouge constitue une voie maritime d’importance vitale pour la région et pour le monde, et les Houthis continuent de représenter une menace sérieuse. La Grèce, forte de sa longue tradition maritime, continuera de soutenir les actions régionales et internationales et d’exercer un rôle de premier plan au sein de l’opération navale de l’UE “Aspides“, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité et dans le plein respect du droit international.

Monsieur le Président, pour conclure,

La Grèce demeure résolument attachée à la coopération avec tous les membres du Conseil de sécurité, les Nations Unies et les partenaires régionaux, afin que les engagements se traduisent en actions, que l’espoir l’emporte sur la souffrance, que la dignité triomphe du désespoir et que la paix puisse enfin régner.

En tant que pays de la Méditerranée orientale, la Grèce est pleinement consciente de l’impact direct que l’instabilité de la région a sur la paix et la sécurité internationales. Cette conscience, conjuguée à notre attachement constant au multilatéralisme et au droit international, renforce notre volonté d’agir en tant que partenaire constructif et fiable dans les efforts visant à promouvoir le dialogue, la désescalade et une paix durable.

Je vous remercie.

Janvier 28, 2026