La conjoncture est impitoyable. Gaza est devenue le théâtre du conflit le plus meurtrier depuis des décennies pour les professionnels des médias, avec plus de deux cents journalistes qui ont perdu la vie depuis le 7 octobre 2023. La résolution 2222 (2015) du Conseil de sécurité est claire : les attaques contre les journalistes sont inacceptables et toutes les parties au conflit doivent se conformer pleinement à leurs obligations de protéger les civils, y compris les professionnels des médias. Nous ne devons pas non plus oublier que les journalistes sont des civils et doivent être protégés conformément au droit international humanitaire.
Nos actions doivent désormais reposer sur trois piliers : la protection des journalistes et des travailleurs des médias, l'accès des civils et des médias locaux et internationaux à des informations rapides et précises, et la possibilité d'évacuer ceux qui souhaitent ou doivent partir. L'engagement de la Grèce est constant et sincère. Au sein de la Troisième Commission de l'Assemblée générale, la Grèce est à l'origine de la résolution sur « la sécurité des journalistes et la question de l'impunité », qui est présentée tous les deux ans, adoptée traditionnellement par consensus et coparrainée par des États de toutes les zones géographiques. En outre, nous coprésidons, conjointement avec la France et la Lituanie, le Groupe des amis pour la protection des journalistes. Au cours de notre présidence du Conseil de sécurité, en mai 2025, nous avons mis particulièrement l'accent sur la sécurité des journalistes dans le cadre du thème de la protection des civils. Nous abordons le débat d'aujourd'hui dans le même esprit de construction de ponts et de recherche de solutions.
La transformation des principes en une protection effective nécessite des mesures qui peuvent être mises en œuvre sur le terrain. Sans intention coercitive, nous estimons utile de renforcer les dispositions visant à éviter les actions parallèles en ce qui concerne les médias accrédités, éventuellement par le biais d'un lien permanent avec des canaux de notification prévisibles, et, dans la mesure du possible, en définissant des couloirs de passage sûrs qui limitent les risques pour les médias officiellement accrédités. Nous encourageons également le renforcement des dispositions relatives à l'accès des médias internationaux, avec des critères et des calendriers transparents, tout en garantissant le travail et la sécurité des journalistes locaux, qui sont les plus exposés aux risques. Pour les personnes exposées à un risque élevé, on pourrait envisager - le cas échéant - des moyens de faciliter davantage la délivrance de visas et la création de couloirs d'évacuation médicale, y compris des options de relocalisation temporaire, en coordination avec les services compétents des Nations Unies et les partenaires régionaux.
Enfin, je pense que nous devons commencer à envisager des méthodes plus radicales. Par exemple, reconnaître l'évacuation comme un droit des journalistes, comme un droit humain fondamental. Et la possibilité de renforcer les sanctions pénales en cas d'interdiction active des évacuations volontaires pour les journalistes en situation de guerre ou d'incapacité délibérée à fournir des couloirs de sécurité ou à mettre en place des mécanismes d'enquête indépendants pour les cas d'exactions.
La protection doit s'accompagner d'une obligation de rendre des comptes. La Grèce soutient les efforts visant à conserver les preuves numériques et matérielles afin de mener des enquêtes indépendantes et impartiales sur les attaques présumées, en totale conformité avec le droit international. Compte tenu de la dimension numérique de ce conflit, nous soutenons également les mesures visant à empêcher la surveillance illégale ou arbitraire, l'utilisation abusive de logiciels espions, le piratage électronique et la divulgation de données à caractère personnel. Dans ce contexte, nous saluerions les initiatives visant à élargir l'accès aux programmes de formation sur la sécurité numérique et les outils sécurisés, en mettant particulièrement l'accent sur les besoins des femmes journalistes et des professionnels indépendants qui travaillent souvent avec moins de garanties institutionnelles. Nous devons envisager un niveau de protection accru pour ces journalistes. Sur le plan pratique, on pourrait envisager de renforcer les structures nationales et gérées par des ONG qui soutiennent la sécurité, telles que les lignes d'assistance, les équipements de protection, l'accès à l'assurance et aux services psychosociaux, tout en maintenant des canaux de dialogue structurés avec les parties belligérantes.
La Grèce continuera à défendre le consensus dans le cadre des Nations Unies, car l'unité renforce la protection sur le terrain, et à coopérer avec tous les partenaires afin de continuer à nous concentrer sur les mesures qui sauvent des vies et protègent le droit du public à l'information. Nous appelons toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et les États membres à faciliter l'accès et l'évacuation, le cas échéant. Nous appelons également la communauté internationale à soutenir les dispositions pratiques présentées aujourd'hui.
Museler les journalistes revient à museler les sociétés. Veillons à ce que ceux qui risquent leur vie pour rendre compte de la réalité puissent faire leur travail en toute sécurité, et à ce que leurs récits et les personnes qu'ils servent ne restent pas dans l'ombre.
Je vous remercie.
Septembre 24, 2025