Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, au journal « Ethnikos Kiryx » (24.01.2026)

Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, au journal « Ethnikos Kiryx » (24.01.2026)

JOURNALISTE : Quel rôle, à votre sens, pourrait assumer que la Grèce en tant que membre fondateur du Conseil de paix proposé par le président Trump, et comment garantir que cette participation renforce réellement la paix et la stabilité dans la région ?

G. GERAPETRITIS : Je voudrais commencer par dire que la Grèce est fermement favorable aux initiatives visant à promouvoir la paix et défend la diplomatie multilatérale comme moyen de renforcer la confiance et la coopération collective. En effet, la Grèce a été invitée par le président américain à participer en tant que membre fondateur au Conseil de paix. Il va sans dire que notre position est également déterminée par notre qualité de membre élu du Conseil de sécurité des Nations Unies. En ce sens, nous devons agir dans le cadre de la résolution 2803 du Conseil de sécurité, qui stipule que le Conseil de paix est un mécanisme temporaire visant à rétablir la paix à Gaza. Par conséquent, l'écart qui existe entre le projet de charte du Conseil de paix et la résolution du Conseil de sécurité soulève des questions. En tout état de cause, la Grèce, avec sagesse et crédibilité, coopère en permanence avec nos partenaires européens et d'autres pays alliés sur cette question.

JOURNALISTE : Compte tenu de votre récente déclaration selon laquelle la Grèce prévoit d'étendre ses eaux territoriales à 12 milles, même en mer Égée, malgré les menaces turques de casus belli, quelle stratégie comptez-vous adopter pour garantir que cette extension favorisera la stabilité dans la région sans aggraver davantage les tensions gréco-turques ?

G. GERAPETRITIS : L'extension des eaux territoriales à 12 milles marins est un droit inaliénable de la Grèce qui relève de la souveraineté du pays. Nous l'exercerons donc unilatéralement au moment choisi par l'État grec, comme cela a été le cas il y a cinq ans dans la mer Ionienne et jusqu'au cap Ténare. Il me semble évident que l'exercice d'un droit légitime ne peut et ne doit pas provoquer de crise dans les relations entre deux pays voisins, et encore moins constituer une menace. Comme vous le savez, nous discutons avec la Türkiye dans le cadre d'un dialogue structuré qui a débuté il y a environ deux ans. Toutefois, les questions de souveraineté ne s’inscrivent pas dans ce dialogue. Le seul différend qui nous oppose et qui peut être porté devant une instance internationale concerne la délimitation de la ZEE et du plateau continental en mer Égée et en Méditerranée orientale, différend qui, d'ailleurs, constitue historiquement la cause sous-jacente des tensions importantes entre les deux pays. Le dialogue n’est pas synonyme de recul, faiblesse ou renonciation à l'intérêt national. Le dialogue est le garant de la paix, de la stabilité et des relations de bon voisinage.

JOURNALISTE : Le processus visant à mettre fin aux hostilités en Ukraine touche à sa fin. Des compromis difficiles semblent être à l'ordre du jour. Quelle est la position de la Grèce/de l'UE concernant les garanties de sécurité et le droit international ?

G. GERAPETRITIS : Depuis le premier jour de la guerre, il y a près de quatre ans, la Grèce est solidaire de l'Ukraine et de son peuple. Nous sommes résolument en faveur du droit international, du principe de l'inviolabilité des frontières et contre toute forme de révisionnisme. Nous soutenons, bien sûr, toute initiative visant à mettre fin à la guerre et à instaurer une paix durable. Une paix qui devra toutefois garantir pleinement la souveraineté de l'Ukraine et prévoir les garanties de sécurité qui auront un effet dissuasif contre toute menace future éventuelle. La Grèce continuera à apporter un soutien concret à l'Ukraine, mais n'enverra pas de troupes. Nous avons déjà proposé d'examiner notre contribution par d'autres moyens, en dehors de l'Ukraine, dans le domaine de la surveillance maritime. Nous contribuerons également à garantir son autonomie énergétique, par le biais du Corridor vertical, comme cela a été convenu lors de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Athènes en novembre dernier, en coopération avec les États-Unis.

JOURNALISTE : Compte tenu des tensions autour du Groenland et de la menace de droits de douane sur les pays européens, quel mécanisme spécifique de désescalade voyez-vous au sein de l'OTAN pour éviter qu'un désaccord ne se transforme en une crise structurelle de confiance dans les relations transatlantiques ?

G. GERAPETRITIS : J'ai toujours été partisan du dialogue et du règlement des différends par des moyens pacifiques. En ce qui concerne le Groenland, nous sommes d'accord avec les États-Unis sur l'importance de protéger l'Arctique pour la sécurité transatlantique. Cet objectif ne peut être atteint que collectivement et dans le cadre de l'OTAN, tout en respectant pleinement les principes de souveraineté, d'intégrité territoriale et d'inviolabilité des frontières. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que la diplomatie aboutisse et pour éviter des fractures qui mettraient en péril l'existence de l'OTAN, ainsi que la paix et la sécurité en Europe. L'architecture internationale de sécurité, inébranlable depuis 77 ans, depuis la création de l'OTAN, nous impose d'épuiser tous les moyens de concertation.

JOURNALISTE : En tant que membre du Conseil de sécurité de l'ONU, quelles sont les « lignes rouges » de la diplomatie grecque dans les crises actuelles (Ukraine, Moyen-Orient, Arctique) et comment allez-vous mesurer concrètement l'efficacité de la présence grecque à New York (par exemple, initiatives, textes, alliances) ?

G. GERAPETRITIS : En tant que membre élu du Conseil de sécurité pour les années 2025-2026, la Grèce est fervente défenseuse et respecte sans faille les valeurs et principes fondamentaux du droit international et de la Charte des Nations Unies. À une époque marquée par les bouleversements dans le système multilatéral d'après-guerre, où les alliances traditionnelles sont mises à l'épreuve et les constantes historiques ébranlées, la Grèce continuera à prendre des initiatives qui défendront la paix, la stabilité et la sécurité. La semaine prochaine, je serai à New York pour participer à un débat crucial sur le Moyen-Orient, axé sur la guerre à Gaza. Au cours de la première année de notre mandat, nos initiatives multiformes ont notamment porté sur la sécurité maritime et la protection des civils pendant les conflits armés. Ces initiatives ont reçu un soutien sans précédent de la part des États membres de l'ONU. Nous avons réussi à accroître notre poids diplomatique, à consolider nos alliances et à être considérés par tous comme un interlocuteur honnête. Cela tient au fait que nos lignes rouges sont fermes et uniques : l'application universelle du droit international, l'adhésion absolue aux règles de la multilatéralité internationale, le règlement pacifique des différends, le respect de la souveraineté de tous les États, la défense des pays en difficulté et la condamnation de toute forme de révisionnisme. Ces valeurs qui régissent la politique étrangère grecque sont non négociables et ne souffrent aucun compromis. Nous agissons dans l'intérêt de la sécurité et de la prospérité de la Grèce et notre objectif est, en ces temps difficiles, que la communauté hellénique soit fière des réalisations de sa patrie sur la scène internationale.

Janvier 24, 2026