Bonjour.
Nous commencerons par le 5e sommet tripartite Jordanie-Chypre-Grèce, qui s'est tenu hier, le 6 mai, à Amman. Le ministre des Affaires étrangères a accompagné le Premier ministre en Jordanie.
Au cours du sommet, un bilan de la coopération trilatérale a été dressé et les progrès réalisés depuis le dernier sommet à Nicosie, en novembre 2024, ont été examinés.
Dans le communiqué conjoint, le monarque jordanien, le président de la République de Chypre et le Premier ministre ont réaffirmé leur engagement à promouvoir davantage le cadre de coopération tripartite et se sont engagés à établir une coopération stratégique à long terme au profit de la stabilité et de la prospérité en Méditerranée orientale.
Ils sont en outre convenus de renforcer leur coopération dans les domaines du commerce, de l’énergie, des investissements et de la culture, ainsi que dans des domaines d’importance stratégique, tels que l’interconnexion économique, qui inclut la résilience des chaînes d’approvisionnement.
Dans la déclaration sont exposées les positions communes des trois dirigeants concernant les développements au Moyen-Orient, notamment en Iran, au Liban, à Gaza et en Syrie.
Ils ont également souligné leur soutien à une solution globale, juste et durable de la question chypriote, dans le cadre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Ils sont convenus que le prochain sommet trilatéral se tiendrait l’année prochaine, en Grèce.
Le ministre des Affaires étrangères, lors des déclarations communes avec ses homologues jordanien et chypriote, a évoqué le contexte géopolitique critique dans lequel s'inscrit cette coopération trilatérale, qui repose sur la perception commune qu'ont ces trois pays des défis auxquels notre région est confrontée, ainsi que sur notre vision commune d'une région exempte de guerre, d’agressivité, d’antagonisme et de conflits, guidée par des valeurs et des principes communs, le respect du droit international et l’attachement aux principes fondamentaux consacrés dans la Charte des Nations Unies.
En marge du sommet tripartite, le ministre des Affaires étrangères a eu des entretiens bilatéraux avec ses homologues jordanien, Ayman Safadi, et chypriote, Konstantinos Kombos.
À la lumière des développements d’hier, je voudrais également évoquer les consultations politiques au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères qui se sont tenues le 28 avril à Amman. La délégation grecque était conduite par la vice-ministre des Affaires étrangères, l’ambassadrice Alexandra Papadopoulou.
Nous entretenons avec la Jordanie des relations étroites, fondées sur l’estime et le respect mutuels. Notre coopération s’étend, entre autres, aux domaines politique, culturel, commercial et touristique. La Jordanie joue un rôle stabilisateur dans une région particulièrement agitée, elle est voisine de pays et de régions où des questions restent en suspens ; c’est pourquoi nous accordons une importance particulière au maintien de sa stabilité. Nous soulignons son rôle et le lourd fardeau qu’elle a endossé en accueillant des réfugiés palestiniens mais aussi syriens. La Jordanie apprécie particulièrement notre position tant dans le cadre de l’Union européenne que de l’Organisation des Nations Unies.
Il convient de noter que le rôle de la Jordanie est particulièrement important dans la protection des populations chrétiennes qui vivent dans le pays, font partie intégrante du Royaume hachémite et jouissent de tous les droits dont bénéficient les citoyens jordaniens.
Je terminerai avec la Jordanie en précisant que, tant dans le communiqué conjoint que dans ses déclarations, le ministre des Affaires étrangères a réaffirmé le soutien de la Grèce au rôle de la dynastie hachémite en tant que gardienne des lieux saints à Jérusalem.
Contacts avec les pays du Golfe
Je mentionnerai la visite du Premier ministre aux Émirats arabes unis le 5 mai, ainsi que la visite de l’émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, le 29 avril, à Athènes, à la lumière des nouveaux défis que présente la région. Le ministre des Affaires étrangères a également participé à ces rencontres.
En marge de la visite de l’émir du Qatar, une rencontre a eu lieu entre la vice-ministre des Affaires étrangères, l’ambassadrice Alexandra Papadopoulou, et son homologue qatari, Al Khulaifi.
Les rencontres se sont déroulées dans une atmosphère très chaleureuse.
Dès le début de la guerre, la Grèce a exprimé sa solidarité envers les États du Golfe et appelle au respect total de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale.
La Méditerranée orientale, la mer Rouge, le Moyen-Orient et le Golfe constituent un arc géopolitique unique, d’une importance vitale pour la sécurité de la région et, bien sûr, de la Grèce.
Nous suivons l’évolution de la situation avec un optimisme modéré.
La liberté de navigation est un principe fondamental du droit international, y compris de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Nous réaffirmons que les navires marchands et les infrastructures civiles ne doivent pas être pris pour cibles.
Concernant la visite du Premier ministre aux Émirats arabes unis.
Les deux dirigeants ont réaffirmé la solidité du partenariat stratégique et de la coopération entre les deux pays dans toute une série de domaines, notamment l'économie et les investissements.
Dans le cadre de cette visite, un protocole d'accord a été signé entre la Grèce et les Émirats arabes unis dans le domaine de l’intelligence artificielle et de la technologie, signé pour la Grèce par le ministre des Affaires étrangères, ainsi que par le ministre de l’Industrie et des Technologies de pointe des Émirats arabes unis, Al Jaber.
Avec le Qatar, les discussions ont porté sur le bilan des relations bilatérales et leur renforcement. Les deux parties ont échangé des vues sur le renforcement de la coopération dans les domaines des investissements, du développement rural, de l'énergie et du transport maritime.
En ce qui concerne les développements avec la France et l’Allemagne
Le 25 avril a eu lieu le renouvellement historique du Partenariat stratégique Grèce-France.
La Grèce et la France sont liées par une relation étroite et de longue date, fondée sur des valeurs communes et sur les principes de liberté, de démocratie, de droits de l’homme et de respect du droit international.
Le Premier ministre de la République hellénique et le Président de la République française ont signé à Athènes l’accord établissant le partenariat stratégique global renforcé.
Au total, neuf accords ont été signés, couvrant notamment les domaines de l’innovation et de l’industrie de la défense, de la formation professionnelle et de l’apprentissage tout au long de la vie, ainsi que de la coopération entre les ministères des Affaires étrangères. L'accord établissant un partenariat stratégique entre la Grèce et la France pour la coopération dans le domaine de la défense et de la sécurité a été renouvelé pour une période de cinq ans, avec possibilité de renouvellement tacite à l'issue de ces cinq ans. L'accord a été signé entre les ministères des Affaires étrangères et de la Défense nationale des deux pays.
Compte tenu des développements régionaux et internationaux intervenus depuis 2021, il s'est avéré que la conclusion de l'alliance gréco-française était prophétique.
La Grèce et la France ont fait front commun lors de toutes les crises de ces dernières années et aspirent ensemble à relever les grands défis auxquels l’Europe et notre région élargies seront confrontées.
Le ministère des Affaires étrangères a pris en charge la préparation et l’organisation de la visite du président français, la coordination avec les autres ministères, la négociation et l’élaboration d’accords avec la partie française, et supervise le suivi et la mise en œuvre de ce qui a été convenu.
En ce qui concerne l’Allemagne
La visite du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à Athènes, a eu lieu à peine deux mois après la visite du ministre grec des Affaires étrangères à Berlin.
Le 4 mai, la Grèce et l’Allemagne sont convenues de renforcer leur coopération bilatérale. Dix ans après la signature du premier plan d'action gréco-allemand en 2016, la coopération entre la Grèce et l'Allemagne est portée au niveau d'un partenariat stratégique et s'étend aux domaines suivants :
I. Politique étrangère, sécurité, migration et affaires européennes
II. Défense, protection civile et menaces hybrides, application de la loi
III. Coopération économique, investissements, transformation numérique et infrastructures
IV. Science, éducation, compétences et culture, société civile et jeunesse
Les ministères des Affaires étrangères seront chargés du suivi et de la mise en œuvre effective de ce partenariat renouvelé par le biais de consultations régulières, en collaboration avec les ministères compétents.
Au cours de la réunion, outre le renforcement des relations bilatérales, les discussions ont porté sur les développements régionaux, l’avenir de l’Union européenne et de l’OTAN, la question migratoire et la position de la Grèce en tant que pays de première ligne.
Le ministre des Affaires étrangères a présenté les positions de la Grèce concernant les équilibres en Méditerranée orientale et a soulevé, comme il le fait systématiquement, la question en suspens des dettes de guerre allemandes.
Concernant le voyage du ministre des Affaires étrangères à Tripoli, en Libye, le 27 avril
Le ministre des Affaires étrangères s'est rendu à Tripoli, en Libye, où il a eu des entretiens séparés avec des représentants des dirigeants politiques locaux : le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Al Menfi, le Premier ministre du gouvernement d'union nationale, Abdul Hamid Dbeibah, et le ministre des Affaires étrangères par intérim, Al Taher Salem Al Baour.
Au cours de ces entretiens, le ministre des Affaires étrangères a évoqué les progrès de la coopération bilatérale au cours des neuf derniers mois, depuis sa première visite à Tripoli. Au cours de ces neuf mois, les contacts avec la partie libyenne se sont considérablement intensifiés et il a rencontré à trois reprises le ministre des Affaires étrangères, M. Al Baour. En ce qui concerne les progrès réalisés, je mentionne :
- la liaison aérienne directe entre la Grèce et la Libye
- le lancement des discussions techniques sur la délimitation de la ZEE
- la préparation de la mission commerciale en Libye, qui nécessite une définition préalable du cadre des investissements de la Grèce en Libye
- la coordination au sein de l’UE et des Nations Unies
Le ministre grec des Affaires étrangères et les responsables libyens se sont mis d’accord sur la nécessité de coopérer et de mener un dialogue sincère, tout en restant déterminés à établir une relation de confiance.
En ce qui concerne l’évolution du processus politique en Libye, la Grèce, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, reste fermement engagée à soutenir les efforts visant à parvenir à une solution durable, sous l’égide des Nations Unies. Le ministre des Affaires étrangères a réitéré la position constante de la Grèce en faveur de la tenue d’élections législatives et présidentielles libres, équitables et sans exclusion, qu’elle considère comme la seule solution viable pour un règlement définitif de la crise libyenne.
Je voudrais également mentionner la Global Sumud Flotilla
La Grèce, en tant que facteur de stabilité dans la région, dans le respect du droit international et pour des raisons humanitaires, a mis à profit son capital diplomatique et a pris l’initiative d’accueillir sur son territoire 176 citoyens d’États membres de l’UE et de pays tiers.
Je tiens à souligner que nous avons assumé avec responsabilité, dans des conditions extrêmement difficiles, la mission humanitaire consistant à accueillir les participants à la flottille, avec pour seules préoccupations d’éviter toute escalade, ainsi que leur sécurité et leur protection.
176 ressortissants étrangers ayant participé à la flottille sont arrivés en Grèce et ont été libres de retourner dans leur pays d’origine.
Concernant le programme du ministre des Affaires étrangères
Le ministre des Affaires étrangères offrira aujourd’hui, jeudi 7 mai à 14 h 30, un déjeuner officiel en l’honneur de Sa Toute-Sainteté, Bartholomée 1er, patriarche œcuménique, dans le cadre de sa visite à Athènes.
Demain, vendredi 8 mai, il répondra à deux questions d'actualité au Parlement hellénique, la première portant sur la flottille Global Sumud, et la seconde sur les deux ressortissants grecs actuellement détenus à Istanbul.
Il se rendra ensuite à Thessalonique, où il participera à un congrès et aura des entretiens avec des acteurs locaux.
Le 11 mai, le ministre des Affaires étrangères se rendra à Bruxelles, où il participera au Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne. Le Conseil se penchera sur les relations de l’UE avec les Balkans occidentaux. Il sera précédé d'un déjeuner de travail avec les ministres des Affaires étrangères des six partenaires des Balkans occidentaux. Les principaux points à l'ordre du jour du Conseil sont la guerre en Ukraine et l'évolution de la situation au Moyen-Orient.
Le lendemain, le 12 mai, M. Gerapetritis se rendra à Bratislava, où se tiendra la réunion ministérielle du Groupe des amis des Balkans occidentaux.
Le 13 mai, le ministre des Affaires étrangères recevra à Athènes le ministre des Affaires étrangères de Croatie, Gordan Grlić Radman.
Programme de la vice-ministre des Affaires étrangères, l’ambassadrice Alexandra Papadopoulou
La vice-ministre des Affaires étrangères, Mme Papadopoulou, a reçu le 4 mai à Athènes le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du Monténégro, M. Periša Kastratović.
Le 5 mai, elle a rencontré la secrétaire générale adjointe de l'OTAN, Mme Radmila Shekerinska, en vue du prochain sommet de l'OTAN.
Le 12 mai, la vice-ministre des Affaires étrangères recevra à Athènes, pour des consultations, le vice-ministre des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan, M. Fariz Rzayev, et s’entretiendra avec la Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères d’Israël, Mme Sharren Haskel.
Le 13 mai, Mme Papadopoulou recevra à Athènes, pour des consultations, le ministre irlandais des Affaires européennes et de la Défense, Thomas Byrne.
En ce qui concerne le programme du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Haris Theocharis
Le Secrétaire d’Etat représentera aujourd'hui le ministre des Affaires étrangères lors de la visioconférence des ministres des Affaires étrangères de l'UE Med9, consacrée à la sécurité alimentaire, à laquelle participeront la Ligue arabe, la Commission européenne, les Nations Unies, les partenaires des Balkans occidentaux, le Conseil de coopération du Golfe et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
Le 13 mai, M. Theocharis rencontrera à Athènes la Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères d’Israël, Sharren Haskel, et le 14 mai, il rencontrera la Secrétaire principale chargée des Affaires de la diaspora au ministère des Affaires étrangères du Kenya, Roseline K. Njogu. Le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Yannis Loverdos, rencontrera également cette dernière.
Je vous remercie. Je reste à votre disposition pour vos questions.
Ch. MAKRI : Chrysa Makri, de PARAPOLITIKA. Je voudrais vous poser la question suivante : l'ambassadrice des États-Unis, Mme Guilfoyle, a de nouveau évoqué la visite du président américain en Grèce, ainsi que celle de deux ministres, le Secrétaire d’Etat, M. Rubio, et le ministre de la Défense, M. Hegseth. Ces informations sont-elles exactes ou disposez-vous d’informations supplémentaires concernant ces visites dans notre pays ? La deuxième question que je voudrais vous poser concerne les dettes allemandes. Qu’est-ce qui a été discuté ? Avez-vous des informations supplémentaires à nous communiquer ?
L. ZOCHIOU : En ce qui concerne votre première question, il est évident que les deux parties ont exprimé leur volonté de voir le président américain se rendre en Grèce. Il n’y a eu ni information officielle, ni accord officiel concernant cette visite.
Ch. MAKRI : Et qu’en est-il des autres responsables ?
L. ZOCHIOU : Il en va de même. Vous vous souvenez que cette intention avait de toute façon été exprimée lors de la dernière rencontre du ministre des Affaires étrangères à Washington avec son homologue américain. Je n’ai rien à ajouter à ce sujet.
En ce qui concerne les réparations allemandes, comme je l’ai mentionné, il s’agit d’un sujet que le ministre des Affaires étrangères aborde systématiquement lors de ses rencontres avec son homologue allemand. La question des dettes de guerre allemandes reste en suspens jusqu’à la satisfaction définitive de nos revendications, qui sont politiquement valables et juridiquement imprescriptibles, actives et opposables par tous les moyens jusqu’à leur satisfaction.
Th. BALODIMAS : Balodimas, de RIZOSPASTIS. Quel sera l'ordre du jour avec la ministre israélienne ? De quoi allez-vous discuter ?
[Lors de la rencontre de la vice-ministre des Affaires étrangères, Alexandra Papadopoulou, avec son homologue israélienne, Mme Sharren Haskel, le mardi 12 mai, des questions relatives à la coopération bilatérale ainsi que les développements régionaux seront abordés.]
M. TSILINIKOU : Maria Tsilinikou, de SKAI et CNN. Y a-t-il du nouveau concernant le Dialogue stratégique entre les États-Unis et la Grèce ? Autrement dit, pour le prochain cycle, le sixième cycle, une date a-t-elle été fixée ? En discutons-nous ?
L. ZOCHIOU : En effet, cela reste en suspens. Comme je l’ai déjà mentionné, les deux pays ont exprimé leur volonté d’organiser le Dialogue stratégique à Athènes d’ici la fin de l’année, mais, pour l’instant, il n’y a pas d’accord officiel à ce sujet.
S. NIKOLAIDIS : Nikolaidis, de skai.gr. Puisque vous avez mentionné qu’il y avait eu des discussions entre M. Gerapetritis et M. Kombos, a-t-on particulièrement abordé la question de l’interconnexion électrique, celle du câble Grèce-Chypre ?
L. ZOCHIOU : À ma connaissance, aucune discussion de ce type n’a eu lieu.
S. RISTOVSKA : Sanja Ristovska, de l’agence MIA de Macédoine du Nord. Madame la Porte-parole, avons-nous des informations concrètes concernant la visite du ministre dans les Balkans occidentaux ? Et s’il s’agit d’une tournée, se rendra-t-il dans tous les pays à tour de rôle ou s’agira-t-il de visites distinctes ? Merci.
LANA ZOCHIOU : C'est purement une question de programmation. Il a déjà été annoncé que cela aurait lieu prochainement. Tant que le programme n'est pas finalisé, je ne voudrais pas en dire davantage. Des annonces seront faites en temps voulu.
N. STAVROULAKIS : Stavroulakis, du journal DIMOKRATIA. Je voudrais savoir où en sont les relations gréco-turques, car nous entendons ces derniers temps parler de tensions et de menaces, y compris de la part de responsables turcs. Et dans ce contexte, je voudrais poser la question suivante. Le ministre de la Défense nationale, Nikos Dendias, a déclaré récemment à mon collègue Pierro Tzanetakos que nous avions « la peau dure et la chair amère ». J'ai donc le droit de demander si le ministère des Affaires étrangères partage cette position ou s'il reste sur la position « eaux calmes même s’ils nous traitent de moins-disants » ?
L. ZOCHIOU : En ce qui concerne votre première question, je ne commenterai pas les déclarations du ministre de la Défense nationale.
En ce qui concerne les relations entre la Grèce et la Türkiye, le Conseil de coopération de haut niveau s’est tenu à Ankara en février. Il a été précédé par le dialogue politique et l’agenda positif à Athènes. Le calendrier des contacts entre les deux pays est donc respecté à tous les niveaux.
Je tiens à réaffirmer que notre intention vis-à-vis de la Türkiye est de maintenir le dialogue structuré établi et les canaux de communication ouverts, afin d’éviter que les tensions ne dégénèrent en crises.
Dans nos relations diplomatiques et nos discussions avec la Türkiye nous continuons à œuvrer pour le calme, les relations de bon voisinage et la stabilité régionale. Nous sommes convaincus que cela ne peut être atteint que par le dialogue.
M. MOURELATOU : Mourelatou, du journal TA NEA. Je voudrais poser la question suivante : le ministre répète souvent, au sujet de la situation dans le détroit d’Ormuz, que la Grèce jouera un rôle actif, après la guerre, dans une opération visant, d’après ce que nous comprenons, à rétablir la liberté de navigation. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Que signifie « jouer un rôle actif », et de quelle manière ? Et si nous avons une idée de ce que notre pays répète également souvent, à savoir que nous souhaitons une plus grande participation à l’opération ASPIDES de la part d’autres pays européens. Si nous avons une idée de l’état d’avancement, étant donné que nous avons eu récemment des contacts, disons, avec la France et l’Allemagne, concernant l’adhésion d’autres pays à ASPIDES. Merci.
L. ZOCHIOU : En ce qui concerne la question du détroit, vous comprenez que tout cela, du moins pour l’instant, en est au stade des discussions. Nous soutenons les initiatives, tant du Royaume-Uni que de la France, visant à assurer la sécurité de la traversée du détroit. Ces initiatives ont une dimension opérationnelle et diplomatique. La Grèce jouera un rôle de premier plan en matière de coopération avec la communauté maritime. Nous parlons toujours de la période qui suivra la fin des hostilités. Il y a des développements, nous les suivons tous. Comme je l’ai dit en introduction, il règne un optimisme modéré. Nous verrons comment les choses évolueront.
En ce qui concerne l’opération ASPIDES, elle fonctionne sur la base d’un mandat précis, limité géographiquement. Bien sûr, le Premier ministre et le ministre se sont prononcés sur la nécessité de renforcer l’opération, étant donné que deux pays y participent activement à l’heure actuelle. Au-delà de cela, des discussions ont évidemment lieu, mais je n’ai rien à annoncer.
S. SOURMELIDIS : Spyros Sourmelidis, du journal AVGI et de la station de radio STO KOKKINO. Je voudrais vous interroger au sujet de la flottille et des événements qui se sont déroulés dans la zone située entre la Crète et Karpathos, dans les zones relevant de la responsabilité grecque, si cette question sera abordée à un quelconque niveau diplomatique avec Israël par la suite et si, finalement, vous exprimez une certaine contrariété quant au fait qu’une opération militaire ait été menée contre des navires civils par des navires militaires.
L. ZOCHIOU : Je vais être claire sur ce point : il n’y a eu aucune concertation préalable avec Israël. La communication avec Israël a porté exclusivement sur le débarquement des 176 ressortissants étrangers. La Grèce a agi conformément au droit international de la mer. Il n'est pas possible d'imposer quoi que ce soit sur un navire de guerre, mais seulement de lui demander de quitter les eaux territoriales, ce qui a été fait. Deuxièmement, en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), même à l'égard d'un navire marchand, aucune juridiction ne peut être exercée pour un incident survenu avant l'entrée du navire dans les eaux territoriales, à l'exception bien sûr de certaines questions environnementales et relatives à la ZEE.
Je souligne que le navire israélien n’avait pas accosté. Le débarquement des passagers en Crète a été effectué par les moyens des garde-côtes. Je répète une fois de plus que la Grèce, pour des raisons purement humanitaires et dans le respect absolu du droit international, a proposé d’accueillir 176 civils sur son territoire et a veillé à leur retour dans leur pays d’origine. Comme nous l’avons déjà indiqué dans nos communiqués à ce sujet, nous sommes favorables au respect intégral des procédures prévues par le droit international. Et bien sûr, nous appelons au respect universel du droit international, y compris du droit international de la mer et du droit international humanitaire.
S. SOURMELIDIS : Étant donné que le ministre israélien des Affaires étrangères a évoqué une concertation avec les autorités grecques, cette concertation a-t-elle manifestement été sollicitée par Israël ? Pourriez-vous nous dire qui en a fait la demande, la Grèce ou Israël ? Et à quel moment cette concertation a-t-elle été demandée et a-t-elle eu lieu ?
L. ZOCHIOU : J’ai été claire, je pense, la concertation a eu lieu après l’incident. Le ministre israélien des Affaires étrangères a remercié la Grèce d’avoir proposé d’accueillir sur son territoire 176 ressortissants étrangers. Je tiens à souligner que la Grèce, tant au niveau bilatéral que dans le cadre de l’Union européenne, soulève systématiquement des questions relatives au respect du droit international et des droits de l’homme.
Ch. MAZANITIS : Mazanitis, de la chaîne de télévision ANT1. Concernant la Fondation d’aide humanitaire, cette ONG turque qui a organisé la Flottille. L'Allemagne a interdit les activités de ses antennes et a qualifié certaines de ses actions de liées au terrorisme. De plus, de nombreux articles ont montré que cette organisation, l'ONG turque, entretient des relations avec une partie des services secrets turcs et il a même été dit, c'est-à-dire écrit, et cela est prouvé, que des cargaisons d'armes destinées à des djihadistes opérant ou plutôt opéraient, en Syrie ont été saisies. Étant donné donc que cette ONG turque, l’IHH, comme on l’appelle, a organisé tout cela, les autorités grecques ont-elles ouvert une enquête plus approfondie ? Les Turcs qui se trouvaient à bord de cette flotte ont-ils été identifiés et quel était leur rôle ?
L. ZOCHIOU : Tout d'abord, je ne peux confirmer aucune de ces informations. En ce qui concerne la nationalité, je peux vous dire que des citoyens turcs faisaient effectivement partie de la flottille, parmi les 176 personnes qui sont arrivées en Crète.
Au-delà de cela, cependant, je n’ai aucun commentaire à faire sur tout ce que vous avez mentionné.
M. MOURELATOU : Concernant les deux détenus à Istanbul, avons-nous des nouvelles ? Des démarches ont-elles été entreprises ? Ne sont-ils pas encore libérés pour une raison particulière ?
L. ZOCHIOU : Ils sont toujours détenus. Le Consulat général de Grèce à Istanbul est, depuis le début, en contact avec eux et leur apporte l’assistance consulaire nécessaire.
P. TZANETAKOS : Nous avons entendu il y a quelques jours le président Christodoulides déclarer qu’il allait aller plus loin dans l’initiative concernant l’article 42.7, la délégation chypriote mettant les propositions par écrit. Nous avions également entendu le Premier ministre et M. Gerapetritis, si je ne me trompe pas, adopter cette initiative et affirmer qu’ils prendraient des mesures concrètes pendant la présidence grecque. Je voudrais donc savoir s’il y a des discussions au sein de la Représentation permanente à Bruxelles, si des démarches sont en cours, si nous sommes en contact avec la République de Chypre.
L’article 42.7 vise-t-il essentiellement la menace turque ou autre chose ? Et plus généralement, avons-nous l’intention de faire en sorte que cette question et d’autres questions d’intérêt national dominent l’agenda de la présidence grecque ? Merci.
L. ZOCHIOU : En effet, la clause d’assistance mutuelle fait l’objet d’un débat au sein de l’Union européenne. Les événements à Chypre, ainsi que l’ensemble de ce contexte géopolitique instable, ont accéléré ce débat, rendant en effet nécessaire le renforcement de ce mécanisme d’assistance mutuelle. Le Premier ministre grec s’est déjà prononcé ; une feuille de route concernant l’article 42, paragraphe 7, devra être élaborée au cours des prochains mois. Notre présidence aura lieu au second semestre 2027.
Pour l’instant, les discussions au sein de l’Union européenne portent sur la description de la manière de réagir au cas par cas lorsqu’un État membre active l’article 42.7. Cela prendra la forme d’un manuel opérationnel.
En ce qui concerne les priorités politiques de la présidence grecque au Conseil de l’UE, pour le second semestre de 2027 que vous avez mentionné, elles sont en cours d’élaboration et des annonces seront faites en temps utile, conformément à la pratique habituelle et dans le respect du calendrier, comme c’est le cas pour toutes les présidences.
De manière plus générale, en ce qui concerne la préparation de la présidence grecque, je tiens à souligner qu’un Bureau de la présidence grecque a été créé le 21 novembre 2025, chargé de la planification, de la coordination et de la promotion des actions visant à assurer la préparation et l’organisation efficaces de la présidence grecque. Son rôle est de superviser, planifier et coordonner tous les aspects organisationnels de la présidence grecque, en collaboration avec l’ensemble des ministères et des organismes publics, notamment les sommets informels et les conseils informels qui se tiendront dans notre pays au cours du second semestre 2027. Le Bureau relève directement du ministre des Affaires étrangères, qui a désigné, le 10 décembre 2025, l'ambassadeur Stylianos Chourmouziadis à sa tête, fort d'une expérience en matière de diplomatie bilatérale et multilatérale et ayant exercé ses fonctions à la Représentation permanente de l'UE avant et pendant la précédente présidence grecque, en 2014.
Il convient toutefois de noter que, pour la première fois peut-être, notre pays a commencé ses préparatifs si tôt, dès le début de l’année 2025, avec l’aide de la Représentation permanente de la Grèce auprès de l’Union européenne, puis avec la création du groupe de travail interministériel (Task Force), à la suite d'une lettre du ministre des Affaires étrangères en juin 2025.
La Task Force facilite la coordination, sur les plans politique et organisationnel, de la préparation et du déroulement de notre présidence. La première réunion de la Task Force s’est tenue le 17 octobre 2025, sous la présidence du ministre des Affaires étrangères.
Je tiens à souligner qu’il n’y a aucun retard dans l’organisation de la présidence grecque et que nous serons prêts plus tôt que pour toute autre présidence grecque.
S. SOURMELIDIS : Étant donné que les dirigeants albanais abordent la question de la ZEE et du recours à La Haye de deux manières différentes, du moins sur le plan temporel, où en sommes-nous sur ce sujet ?
L. ZOCHIOU : Les discussions avec le gouvernement albanais concernant le renvoi de la question de la délimitation ont débuté il y a plusieurs années. Elles ont été interrompues à la suite de la décision négative de la Cour constitutionnelle d’Albanie. Si certains obstacles sont surmontés, cela reste donc une option. Cependant, pour l'instant, rien n'indique que nous soyons proches d'une telle éventualité.
S. SOURMELIDIS : Étant donné que l’Albanie et le Monténégro semblent être un peu plus avancés que les autres pays en ce qui concerne leur parcours européen, n’est-ce pas là une question urgente, tout comme celle de la minorité grecque ?
L. ZOCHIOU : Il existe des conditions spécifiques pour l'adhésion de chaque partenaire des Balkans occidentaux à l'Union européenne. Pour l'Albanie, ces conditions sont le respect de la minorité nationale grecque autochtone et les questions relatives à l'État de droit et aux relations de bon voisinage.
Ch. MAKRI : Puis-je poser une dernière question concernant la Libye et les discussions entre les comités techniques ? À quel stade en sommes-nous ? Les discussions ont-elles déjà commencé ou vont-elles simplement avoir lieu à un moment donné ?
L. ZOCHIOU : Je m'en tiendrai aux échanges de Tripoli, où les deux parties ont discuté du calendrier de la prochaine réunion des comités techniques sur la délimitation des zones maritimes, qui aura lieu prochainement. Telle est l'intention des deux parties. C'est ce qui a été convenu à Tripoli. Une fois la date fixée, elle sera annoncée. Le prochain tour de pourparlers se tiendra à Tripoli, sous la direction, du côté grec, de la vice-ministre des Affaires étrangères, l'ambassadrice Alexandra Papadopoulou.
M. ALATZAS : À quoi attribuez-vous le fait que, malgré les contacts que nous avons eus ces derniers temps avec Tripoli, il y ait une incapacité, ou plutôt une difficulté à déterminer le calendrier précis du dialogue technique ? Merci.
L. ZOCHIOU : C'est une question qui a été abordée à Tripoli. Nous nous en tiendrons à ce qui a été convenu là-bas. Ce n'est d'ailleurs pas rien que, en l'espace de 9 mois, les discussions techniques sur la délimitation des zones maritimes aient déjà commencé, que trois réunions des ministres des Affaires étrangères ont eu lieu et que deux visites fructueuses du ministre des Affaires étrangères ont déjà été effectuées, tant à Tripoli qu’à Benghazi.
D. KRIKELLAS : Dans les déclarations communes du ministre des Affaires étrangères avec son homologue allemand, M. Gerapetritis a fait une référence au contexte de la défense européenne, des programmes et de la sécurité du Vieux Continent dans les pays tiers. Je voudrais savoir si, lors de l’entretien en tête-à-tête qu’il a eu avec le ministre allemand des Affaires étrangères, la Türkiye a été évoquée et dans quelle mesure cette discussion a été approfondie, ou s’il s’agissait simplement d’un rappel de la position constante de la Grèce au cours des douze derniers mois, dirais-je. Merci.
L. ZOCHIOU : En ce qui concerne la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères et son homologue allemand ici à Athènes, ce sujet n’a pas été abordé lors de la discussion. Le ministre a plutôt évoqué, de manière plus générale, la sécurité et la stabilité en Méditerranée orientale. Toutefois, les questions relatives à la participation de pays tiers aux programmes de défense de l’Union européenne sont des sujets que le ministre des Affaires étrangères aborde régulièrement avec son homologue allemand.
S. RISTOVSKA : Une question concernant le système d’entrée-sortie. Je sais que c'est le ministère de la Protection des citoyens qui est compétent. Mais au niveau du ministère des Affaires étrangères… Si certains des pays tiers avec lesquels nous avons entamé des discussions s'adressent au ministère des Affaires étrangères ? Ou bien cela relève-t-il du ministère de la Protection des citoyens ?
L. ZOCHIOU : La réponse donnée par le porte-parole du gouvernement répond à votre question. Sur ce sujet, c’est le ministère de la Protection des citoyens qui est compétent.
M. TSILINIKOU : Je voudrais vous interroger au sujet du détroit d’Ormuz. Vous avez en effet réitéré ce que le ministre des Affaires étrangères avait souligné il y a quelques jours, à savoir que la Grèce jouera un rôle actif en collaboration avec la communauté maritime. Que signifie « en collaboration avec la communauté maritime » ? Des contacts ont-ils été établis ? Étant donné que vous avez mentionné que cela se ferait après la fin des hostilités, pourriez-vous nous dire si des consultations ont eu lieu et dans quel cadre, si vous le pouvez.
L. ZOCHIOU : Le rôle de la Grèce est reconnu, étant donné que la plus grande flotte marchande au monde est détenue par des Grecs. C’est là que réside l’importance de la participation de notre pays à ces initiatives. Je n'entrerai pas dans plus de détails. Nous verrons cela en temps voulu, et dès qu'il y aura quelque chose à annoncer, nous reviendrons sur le sujet.
M. NIKOLAIDOU : Je reviendrai sur la question de mon collègue concernant les contacts de M. Gerapetritis avec son homologue allemand. La question des réparations allemandes a-t-elle été abordée lors de ces entretiens privés ?
L. ZOCHIOU : Oui, elle a été abordée, comme c'est toujours le cas lors des rencontres du ministre des Affaires étrangères avec son homologue allemand. Je vous renvoie à l'introduction et à la réponse que nous avons donnée tout à l'heure.
Mai 7, 2026