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Intervention du ministre des Affaires étrangères, N. Dendias, dans le cadre du débat sur les déclarations de principes du gouvernement (Athènes, 22 juillet 2019)

mercredi, 24 juillet 2019

Intervention du ministre des Affaires étrangères, N. Dendias, dans le cadre du débat sur les déclarations de principes du gouvernement (Athènes, 22 juillet 2017)« Chers collègues,

Je voudrais souhaiter à vous tous et notamment aux jeunes collègues, tout le succès dans leur nouveau mandat.

La politique étrangère comporte un important acquis datant de la période de la transition démocratique. Après 1974, des décisions historiques ont été prises concernant le caractère occidental et européen du pays. Ces décisions sont valables depuis près d’un demi-siècle. Elles ont été renforcées indépendamment de la succession au pouvoir des partis partisans de différentes idéologies.

Le renforcement de la concorde et de l’unanimité nationales à l’égard de ces principaux paramètres réalistes de notre politique étrangère ainsi que l’engagement de la société grecque à cette fin, constituent un facteur nécessaire à la survie de notre nation. La Grèce ne peut pas s’offrir le « luxe existentiel » des autres pays européens. C’est le seul pays à être confronté au problème de la sécurité nationale à cause de l’attitude agressive de son voisin à l’est. On ne doit pas oublier qu’un an après 2021, date à laquelle nous célébrerons le 200e anniversaire de la Nouvelle Grèce, c’est l’année 2022, le 100e anniversaire de la Catastrophe d’Asie mineure, la plus grande catastrophe de l’hellénisme. Le monument éternel qui montre avec une certitude absolue les véritables conséquences de la discorde et du manque d’entente.

Le gouvernement de Mitsotakis veut sauvegarder l’acquis de l’entente nationale sur les principales lignes de la politique étrangère. Il ne revendique pas le monopole du patriotisme. Il consultera et tiendra au courant l’opposition. Il respectera et sera ouvert à la critique. Il négligera toutefois, animé d’un sentiment de responsabilité nationale, les cris chauvinistes et les éruptions de nationalisme et de populisme.

Chers collègues,

La sortie de la crise est une occasion pour une nouvelle évaluation de la situation. Un bon nombre de vérités admises ne sont plus valables. La politique grecque est appelée à se repositionner face aux nouveaux défis. Face à ces nouvelles circonstances nous devons renoncer à notre paresse d’esprit.

Nous devons envisager dans un esprit réaliste la fin des dogmes des années 80’. Nous devons renoncer à la politique étrangère de l’inertie ainsi qu’à celle caractérisée par l’implication dans des activités multidimensionnelles donnant la fausse impression de dynamisme.

Nous devons cesser de nous reposer sur les stéréotypes interprétatifs prônant la dualité culturelle et la dimension centre-périphérie qui ont établies tant par les analyses marxistes que libérales modernisatrices sur la Grèce. Nous devons intégrer dans notre politique la réduction de l’espace et du temps que crée la mondialisation. Nous devons y intégrer le changement du modèle économique du nouvel Etat post-industriel au sein duquel les valeurs sont générées notamment par les services et les biens immatériels.

Il faut élaborer et jouer un rôle actif et dynamique. Tout d’abord au sein de l’Union européenne. Un rôle important et perspicace avec confiance en nous-mêmes.
Un rôle qui va au-delà de celui d’un pauvre emprunteur.

L’Union européenne constitue le projet historique le plus ambitieux de la coexistence pacifique des peuples et des Etats dans l’histoire de l’humanité. Grâce à l’intelligence politique et à la perspicacité du fondateur de la Nouvelle Démocratie, de Konstantinos Karamanlis, la Grèce a trouvé un refuge sûr au sein de l’UE. Dans le cadre de cette dernière, nous développons davantage les relations étroites avec nos partenaires européens. Je me suis déjà entretenu avec un grand nombre de mes homologues des Etats européens, entre autres, avec mes collègues français, italien, espagnol et néerlandais.

La gestion des conséquences d’un éventuel retrait du Royaume-Uni de l’UE, sans ou avec accord, constitue une question particulièrement importante. Les travaux de préparation au niveau national se poursuivront et s’achèveront avant la sortie du Royaume-Uni de l’Union.

S’agissant de la question chypriote :

Le dossier chypriote constitue une priorité absolue et un objectif stratégique de la politique étrangère de la Grèce. La seule façon de parvenir à une solution mutuellement acceptable et profitable pour la République de Chypre est de relancer les négociations et d’axer toute solution sur les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU et sur la pleine application de l’acquis communautaire. Les conditions et les modalités bien évidentes qui devront être remplies pour la réouverture des négociations est la fin des travaux de forage et des recherches et le retrait des navires de la Turquie des eaux territoriales chypriotes et de la ZEE chypriote.

Face à l’illégalité, nous continuerons de mettre en avant avec confiance la légalité internationale.

Je me suis déjà entretenu avec mon collègue chypriote. Nous avons dès le premier moment une coopération étroite avec le gouvernement chypriote en vue d’avoir la meilleure coordination possible et d’élaborer de concert une stratégie concernant toutes les questions cruciales auxquelles nous sommes confrontés.

S’agissant des relations gréco-turques :

Notre principal objectif est de promouvoir une politique axée sur les principes immuables du bon voisinage, du respect du droit international et des traités internationaux. Dans ce cadre, le point de départ est l’acceptation que la Grèce et la Turquie peuvent et doivent aussi coopérer dans les domaines où cela est possible et mutuellement profitable. Nous essayons de mettre en avant les perspectives sans pour autant négliger ou tolérer les entraves. Toutefois, il doit être clair que nous agissons en fonction du droit international lequel ne tolère pas les actions provocatrices, les menaces de guerre ou les revendications unilatérales. Et cela doit être signalé de manière claire tant au pays voisin qu’au sein des forums internationaux.

Dans la mesure où la perspective européenne de la Turquie devient moins envisageable, s’impose la nécessité d’élaborer une politique qui prendra en considération cette nouvelle réalité.

S’agissant des Balkans :

Il faut repositionner notre pays en tant que pays européen stable et puissant dans les Balkans et non pas en tant que pays balkanique qui exporte des problèmes vers l’Europe, comme disait le tant regretté Konstantinos Mitsotakis. Un facteur de stabilité, avec expertise et capable d’exprimer une opinion bien fondée à l’égard de la situation volatile dans les Balkans occidentaux.

Notre objectif est de renforcer l’empreinte politique et économique de la Grèce dans la région à travers des projets d’interconnectivité ainsi que d’augmenter davantage les exportations vers ces pays mais aussi à travers ceux-ci.

Les Balkans ne sont pas notre destination. Ils sont néanmoins notre voisinage. Nous serons présents aux développements et revendiquerons notre rôle. Nous soutenons la perspective d’adhésion des pays des Balkans occidentaux, dans un souci de consolider la paix, la sécurité, la stabilité, le développement et le progrès dans la région élargie. Dans le même temps, nous soulignons que le chemin vers l’UE est étroitement lié au respect de la stricte conditionnalité, en fonction des performances elle-même des candidats.

S’agissant de l’accord de Prespès :

Notre position est bien connue de tous. Nous l’avons exprimée en tant qu’opposition. L’accord devrait être conclu d’une manière plus profitable pour nos intérêts nationaux. Notre objectif est de faire tout ce qui est en notre pouvoir en vue de limiter ses effets négatifs. Nous chercherons à approfondir nos relations avec notre voisin au nord dans le cadre d’une coopération mutuellement profitable. Toutefois nous ne tolérerons pas que les dispositions de cet accord ne soient pas pleinement respectées.

Et puisque l’on parle du respect des engagements internationaux, il est nécessaire de me référer à l’Albanie. Cette dernière a signé avec notre pays en 2009 deux accords mais n’a commencé à appliquer l’un des deux que très récemment, celui sur la construction des cimetières militaires pour nos soldats tombés au combat de 1940.

Nous nous attendons à ce que cet accord soit pleinement appliqué. L’Albanie ne s’est toujours pas acquittée de ses engagements à l’égard des droits de la minorité et des droits patrimoniaux de la Minorité ethnique grecque. C’est pourquoi, dans le cadre de l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Albanie (pour laquelle l’UE a fixé des conditions et des modalités bien claires), nous continuerons de suivre de près le respect de la part de l’Albanie des 5 priorités cruciales. Nous continuerons de suivre de près le respect tangible des droits de l’homme. De tous ses citoyens, y compris le respect des droits patrimoniaux de la Minorité ethnique grecque.

S’agissant de la situation en Méditerranée orientale :

Les développements importants qui ont lieu en Méditerranée orientale, renforcent l’importance stratégique de la Grèce dans la région élargie. Ces développements transforment la Grèce en dernier maillon de la chaîne occidentale vers l’Orient. Les deux triangles ( Grèce-Chypre- Israël et Grèce – Chypre- Egypte ) ainsi que les partenariats avec d’autres pays de la région, renforcent la coopération de l’Occident avec ces pays. Ils constituent des facteurs de stabilité pour la région élargie.

Le niveau des relations gréco-américaines est actuellement excellent. Je me suis d’ores et déjà rendu aux Etats-Unis où j’ai eu des entretiens très constructifs avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le Conseiller à la sécurité nationale, John Bolton. Les évolutions en Méditerranée orientale et dans les Balkans, l’intérêt renouvelé des Américains à l’égard de la région ainsi que la politique étrangère active de notre pays constituent un terrain favorable à une coopération plus étroite avec la partie américaine.

Nous sommes entrain de préparer actuellement la deuxième étape du Dialogue stratégique qui aura lieu en automne 2019 en Grèce et de discuter de toutes les questions ayant trait à notre coopération en matière de défense.

Avec la Russie, comme chacun sait, nous entretenons de longue date des liens historiques, religieux et culturels forts. Une amitié sincère unit traditionnellement les peuples des deux pays. Nous voulons le renforcement de notre coopération au niveau bilatéral et multilatéral.

Pour ce qui est de nos relations avec la République populaire de Chine, nous chercherons à renforcer davantage nos liens bilatéraux déjà étroits. L’exemple de l’investissement chinois dans le port du Pirée constitue un point de départ prometteur pour une perspective plus élargie des investissements chinois dans notre pays dans le domaine des infrastructures.

Dans la région élargie du Moyen-Orient, du Golfe et de l’Afrique du nord, la Grèce a une présence de longue date et en constante évolution, présence que nous allons renforcer davantage.

Nos relations avec Israël, qui contribuent de manière déterminante à la stabilité de la région, revêtent actuellement un caractère stratégique. Nous approfondirons et élargirons ces relations.

Notre relation traditionnelle avec le monde arabe au cours de la dernière décennie a évolué. Notamment avec des pays tels que l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Jordanie et le Liban, nos relations ont beaucoup mûri dans le domaine de la coopération politique, économique et culturelle.

Nous pensons toutefois que la voix de la Grèce doit se faire entendre aussi bien au-delà des pays de notre région élargie. Le centre de gravité de la planète s’est déplacé vers l’est.

L’espace élargi indo-européen se trouve actuellement au cœur de l’intérêt commercial et géopolitique international. En tant que puissance maritime, point de transit et porte d’entrée de ces pays, la Grèce insufflera un élan encore plus grand au renforcement des relations avec tous les Etats de cette région. En outre, nous intégrerons dans le cadre de notre intérêt les pays de l’Afrique subsaharienne, tout en renforçant les politiques mais aussi les échanges commerciaux de nos entreprises.

A cette fin, nous valoriserons les relations traditionnellement amicales qu’entretient notre pays avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

A ce stade, je voudrais me référer tout particulièrement à la reconnaissance de Juan Guaidó en tant que Président par intérim du Venezuela, action à laquelle nous avons procédé en nous nous alignons sur les positions de la majorité écrasante de nos partenaires européens mais aussi sur nos propres perceptions de la démocratie et des droits de l’homme.

Chers collègues,

Pour relever les défis de la nouvelle époque et contribuer à la sortie de la crise, le ministère des Affaires étrangères devient un ministère moderne, un ministère différent. Il devient désormais, outre un vecteur de l’exercice de la politique étrangère pour la promotion des intérêts nationaux de la République hellénique, un vecteur pour le renforcement de l’extraversion, des exportations et des investissements.

Nous élaborons une planification stratégique globale visant à revaloriser le ministère et la diplomatie économique à travers l’intégration dans le ministère des services et du personnel appartenant jusqu’il y a peu à d’autres entités dans le but d’attirer des investissements étrangers directs. Le ministère exercera désormais la diplomatie à trois niveaux, au niveau politique, économique et à celui de la communication, et soutiendra l’exercice de la diplomatie politique et économique.

S’agissant des affaires économiques et commerciales :

Nos représentations à l’étranger seront réorganisées afin de servir les objectifs de l’ensemble de la politique du pays. Nous n’avons pas besoin d’ambassades qui ne serviront pas notre planification stratégique.

Dans ce cadre nous promouvons :

• La réorganisation des services du ministère des Affaires étrangères : intégration de la Direction générale de la politique commerciale et économique internationale (qui relevait de l’ancien ministère du Développement) et des Directions de la communication internationale, de la diplomatie des médias et des bureaux de presse et de communication de l’étranger (qui relevaient du S.G. de l’Information et de la Communication).

• Le renouvellement de l’image internationale du pays en termes commerciaux – rebranding.
• Le renforcement du rôle de l’organisation « Enterprise Greece » et des bureaux des Affaires économiques et commerciales opérant dans différents pays en vue de revaloriser la diplomatie économique.

• Le renforcement du rôle de nos bureaux de presse à travers le monde dans le cadre d’une stratégie globale visant à renforcer la visibilité internationale de notre pays.

Nous pensons que la Grèce dotée de nouveaux instruments et d’une nouvelle manière de voir les choses, pourra être libérée de l’introversion et renforcer sa visibilité mondiale. Dans ce cadre, la contribution de la diaspora est cruciale.

S’agissant de la diaspora grecque :

Un important nouvel élément est l’octroi du droit de vote aux Grecs de l’étranger, comme cela a été annoncé par le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis. Cela contribuera :

• Au renforcement des relations des Grecs de l’étranger avec le pays à travers des facilités apportées à ces derniers dans les domaines de l’éducation, de la fiscalité, des questions patrimoniales (cadastre), des colonies de vacances pour les enfants des Grecs de l’étranger, et des pensions.

• A la valorisation de la présence et de la puissance politiques de la diaspora grecque pour la mise en avant et la promotion des causes nationales à l’étranger.

• A la sauvegarde de l’identité et de la conscience nationales et religieuses qui passe par le tandem Education – Eglise.

L’atteinte des objectifs cités ci-dessus, présuppose la mise en place de synergies. C’est pourquoi, nous sommes en train de promouvoir dans les plus brefs délais :

• Une pleine coordination avec le ministère de la Défense nationale

• Une coordination avec le ministère des investissements à travers l’élaboration et la mise en place d’un plan opérationnel favorisant l’extraversion, la définition de priorités (investissements et marchés – cibles, etc), les actions de l’organisation « Enterprise Greece » et de l’OAEP (organisme d’assurance du crédit à l’exportation).

• Une coopération avec le ministère du développement agricole et de l’alimentation pour la promotion des produits du secteur primaire.

• Une coopération avec le ministère de la Culture pour valoriser le potentiel culturel du pays.

• Une coopération avec le S.G. de l’Information et de la Communication pour l’intégration des actions de la communication internationale dans le cadre de la Politique de communication nationale.

Chers collègues,

La Nouvelle Démocratie, le nouveau gouvernement et le nouveau Premier ministre du pays, Kyriakos Mitsotakis n’ont jamais été des partisans d’une Grèce phobique, d’une Grèce repliée sur elle-même. Nous n’avons jamais été des partisans d’une Grèce renfermée en elle-même. Nous n’avons jamais prôné une Grèce vivant dans l’insécurité, une Grèce en déclin. Nous ne nous accommoderons pas d’une Grèce dans la misère, d’une Grèce méfiante et isolée. Nous croyons profondément en les qualités du peuple grec, en les avantages offerts par notre position géopolitique. Nous avons cru et croyons toujours en une Grèce européenne, moderne, ouverte à l’innovation, en une Grèce tolérante, extravertie et innovante.

En une Grèce ambitieuse, avec confiance en elle-même, en une Grèce indépendante et puissante. Telle est la Grèce que nous voulons promouvoir. Telle est notre vision de la Grèce dans un monde en constante évolution, dans un environnement international plein de défis mais aussi d’opportunités. Une Grèce rayonnante. Une nouvelle Grèce de 200 ans.