Mesdames et Messieurs,
C'est avec un grand plaisir, doublé d’honneur que je m'adresse à vous aujourd'hui dans le cadre de cette table ronde sur la sécurité maritime et l'économie mondiale. Je tiens à féliciter la Mission permanente de la Grèce auprès des Nations Unies et le Forum économique de Delphes, en particulier M. Symeon Tsomokos, toujours présent lors des événements importants.
Pour la Grèce, la sécurité maritime fait partie intégrante de sa stratégie nationale.
La géographie a façonné la politique de la Grèce. La Grèce est un pays traditionnellement maritime et est aujourd'hui la première puissance maritime mondiale. La flotte marchande grecque est la pierre angulaire du commerce maritime mondial, représentant plus de 20 % de la flotte mondiale et plus de 61 % de la flotte de l'Union européenne. Et ce, malgré le fait que la Grèce ne représente que 0,2 % du PIB mondial. De plus, la Grèce cherche à exploiter stratégiquement ses avantages géographiques. Située au carrefour de trois continents, avec des milliers d'îles et l'un des plus grands littoraux au monde, elle sert depuis des décennies de plaque tournante essentielle, facilitant le commerce et l'approvisionnement vers les pays tiers.
Le droit international et le droit de la mer sont des piliers fondamentaux de notre approche en matière de politique étrangère. Nous soulignons l'importance de garantir la sécurité du commerce maritime et de défendre la liberté de navigation, conformément aux règles et réglementations établies. Dans ce contexte, la Grèce a fait de la sécurité maritime une priorité absolue pendant son mandat au Conseil de sécurité des Nations Unies et s'efforce de la faire figurer parmi les priorités de l'Organisation des Nations Unies.
La prospérité et la stabilité des populations sont indissociables de la liberté des mers. Dans un environnement géopolitique de plus en plus instable et en rapide évolution, notre monde reste profondément interconnecté, la mer jouant un rôle déterminant. En effet, plus de 80 % du volume du commerce international est transporté par voie maritime, ce qui a une incidence sur les chaînes d'approvisionnement, la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que la prospérité de chaque économie nationale.
Mais existe-t-il vraiment de la liberté et de la sécurité en mer ?
Les menaces traditionnelles et émergentes font peser des risques importants sur nos navires, nos routes commerciales, nos liaisons et nos ports. Il s'agit d'un problème mondial qui touche tous les pays sans exception et qui a des répercussions sur nous tous.
Diverses menaces maritimes, telles que la piraterie, le terrorisme et d'autres activités illégales en mer, ainsi que les attaques par drones et les menaces hybrides, constituent un grave danger pour la vie humaine, l'environnement et la sécurité de la navigation internationale.
La Grèce a assumé un rôle de premier plan dans l'opération navale de l'UE « Aspides », visant à protéger le commerce maritime et à garantir la circulation ininterrompue des routes commerciales maritimes en mer Rouge.
En outre, la Grèce participe activement aux opérations « Atalanta » dans l'océan Indien et « Irini » en Méditerranée. Sans parler des activités frauduleuses liées à la flotte fantôme, qui nécessitent une coordination au niveau régional et international.
Mesdames et Messieurs,
La lutte contre ces menaces nécessite une action collective à travers différents cadres fondamentaux.
Premièrement, au sein des Nations Unies, de l'Organisation maritime internationale – dont le rôle dans l'élaboration de règles internationales et la promotion de la sécurité et de la sûreté maritimes reste essentiel – et de l'Union européenne.
Deuxièmement, une coopération plus étroite entre le secteur maritime et les États. Nous devons tirer parti de l'expérience et du savoir-faire du secteur maritime, car la promotion d'une plus forte synergie entre les secteurs public et privé apporterait un nouvel élan.
Troisièmement, des mesures collectives préventives pour atténuer ou neutraliser les menaces imminentes, et des capacités de contrôle de l'application de la loi pour garantir le strict respect d'un ordre maritime renforcé et efficace, fondé sur des règles, au service de la paix, la sécurité et la prospérité mondiale durable.
Compte tenu de la volatilité de l'ordre mondial, nous devons rester concentrés sur trois réalités.
Premièrement, les nombreux fronts de tension, les nombreux conflits actifs ou gelés à travers le monde – une situation difficile, complexe, qui soulève des questions.
Deuxièmement, la multilatéralité, qui est aujourd'hui mise à rude épreuve.
Troisièmement, l'ordre international fondé sur des règles, qui est également en régression.
Par conséquent, dans la transition géopolitique actuelle, tous les pays partageant les mêmes valeurs doivent respecter activement les principes directeurs et les valeurs des relations internationales, tout en adoptant une approche réaliste pour relever efficacement les défis émergents auxquels nous sommes confrontés. C'est ce que j'appelle le réalisme fondé sur des valeurs.
Mesdames et Messieurs,
Tout d'abord, je tiens à m'excuser de devoir partir après mon discours, en raison d'obligations strictes en termes de temps. Mais je tiens à souligner le fait qu'en ma qualité de ministre des Affaires étrangères de la République hellénique et de représentant d'un membre élu du Conseil de sécurité, je tiens à réaffirmer l'engagement indéfectible de mon pays en faveur du multilatéralisme et du droit international. C'est là une question de la plus haute importance. Nous devons le répéter à chaque occasion.
La Grèce est fermement convaincue que les Nations unies restent aujourd'hui un forum unique et indispensable pour le dialogue, la coordination et la coopération entre les États et qu'elles continuent de servir de pilier central de l'ordre international fondé sur des règles, y compris en matière de sécurité maritime et de gouvernance.
La paix est indissociable du libre-échange et de l'interdépendance économique qu'il engendre. Dès 1795, Immanuel Kant, sans doute le plus éminent philosophe contemporain, affirmait dans son essai « Vers la paix perpétuelle », que la paix durable entre les États dépendait de trois conditions, dont l'une était la facilitation des contacts et du commerce entre les peuples, y compris la sécurité des voies maritimes. Plus de deux siècles plus tard, cette réflexion perspicace reste d'une actualité indéniable. La sécurité du commerce maritime n'est pas seulement une nécessité économique ; elle constitue le fondement de la paix, de la coopération et de la compréhension mutuelle entre les nations.
Je vous remercie de votre attention.
Janvier 30, 2026