Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je suis très heureux d’avoir parmi nous mon ami, Péter, ministre des Affaires étrangères de la Hongrie. C’est un collègue avec lequel nous coopérons étroitement sur les questions de l’énergie et d’ailleurs les premiers projets de longue coopération dans le domaine de l’énergie nous y avons réfléchi ensemble à Budapest, lors d’une rencontre très productive.
Comme toujours, j’ai eu une discussion particulièrement productive avec mon collègue concernant l’énergie et la question migratoire et des réfugiés.
C’était une discussion qui nous a permis une meilleure compréhension entre nous. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que le problème migratoire et des réfugiés est une question complexe, qui appelle une solution politique à la crise et à la guerre en Syrie, le soutien de la part de l’Union européenne et le financement de la Jordanie et du Liban d’où viennent de nouveaux réfugiés, en raison de l’insuffisance de fonds. Vous savez que depuis une semaine les réfugiés reçoivent la moitié des rations d’alimentation dans les camps.
Nous sommes convenus de la nécessité de soutenir la stabilité des Etats d’Afrique du nord et notamment de l’Egypte, compte tenu de la guerre civile au Soudan et de la situation en Somalie. Nous sommes par ailleurs convenus de la nécessité d’inclure l’Union européenne tout entière dans ce problème, la question des réfugiés, et il n’est pas possible que certains Etats membres considèrent ce problème comme un problème non européen ou mondial, mais relevant de cinq, six Etats seulement.
Et personne, ni lui ni moi, ne souhaite que cette question soit l’affaire de quelques Etats seulement et que chacun de ces Etats cherche à renvoyer le problème à l’autre Etat. Des solutions communes, européennes sont nécessaires.
Et dans le cadre de ces solutions européennes communes, j’ai informé mon collègue des hot spots créés en Grèce. Celui de Mytilène qui est prêt et quatre autres qui se préparent en novembre.
Nous avons discuté sur la nécessité de renforcer la FRONTEX et les autres moyens dont disposent les Etats européens, toujours sous la responsabilité de la Grèce et de tout Etat souverain.
Nous avons par ailleurs abordé la nécessité de répartir les charges en UE et la question de la solidarité. Des petits Etats, qui plus est en crise comme la Grèce, ne peuvent porter le fardeau des réfugiés. Nous pensons que ces questions nécessitent de la modération, du sang-froid et du recul. Il faut que tout le monde comprenne que la guerre en Syrie doit finir et le pays doit être reconstruit afin que les réfugiés de guerre – car il s’agit bien de réfugiés de guerre – puissent rentrer dans leur pays.
Nous avons également souligné notre volonté de développer nos relations économiques. J’aimerais remercier mon collègue pour son temps et cette discussion intensive sur les perspectives de notre coopération énergétique également, de notre coopération dans les Balkans.
Péter, soit toujours le bienvenu à Athènes. J’espère que nous trouverons le temps de plus amples rencontres. Et nous sommes convenus de discuter jeudi prochain à Bruxelles de manière plus approfondie avec les autres Etats membres de l’UE qui proviennent des Balkans. Bienvenue.
P. SZIJJARTO: Tout d’abord, j’aimerais te dire toute mon estime, Nikos. Je te remercie de m’avoir donné l’occasion de parler en privé, de parler sur le défi le plus grave que l’UE ait eu à relever depuis sa création.
Ces flux migratoires massifs, la crise migratoire à laquelle nous faisons face est le défi le plus grave que l’UE ait eu à relever dans toute son histoire. Et c’est exactement pour cette raison que nous avons besoin d’une solution efficace, une solution commune. Et au lieu de se critiquer ou de s’attaquer, il est très important de pouvoir rechercher des solutions conjointes ensemble.
Nikos et moi partageons les mêmes opinions. Nous sommes d’accord sur le fait que ce à quoi nous sommes confrontés est un défi très complexe. Et à défi complexe, solution complexe. Je pense que les institutions européennes et les instances européennes devront entreprendre des actions et ne seront pas seulement limités aux mots.
Il y a plusieurs propositions qui ont été mises sur la table. Nous avons beaucoup discuté des solutions potentielles. Toutefois, en dépit de ces discussions, une solution vraiment efficace n’a pas été trouvée.
La Grèce et la Hongrie partagent les mêmes défis dans le sens où les deux pays se trouvent sur la même voie migratoire. Nous avons le passage des Balkans occidentaux, nous sommes tous les deux ici en ce moment et nous avons les flux migratoires les plus forts.
Et je me souviens également, Nikos que nous avons soulevé les mêmes questions des centaines de fois lors de différentes rencontres européennes et dans différentes enceintes. Nous avons tous deux dit à plusieurs reprises qu’il est important de ne pas se focaliser seulement sur la voie méditerranéenne, car si nous insistons sur ce point, il ne peut y avoir de solution efficace, le moment opportun, aux défis que nous devons relever dans les pays des Balkans occidentaux concernant les flux migratoires.
Nous l’avons dit et redit et personne ne nous a écoutés, personne. Et personne ne s’est focalisé à temps sur ce défi que doivent aujourd’hui relever les pays des Balkans occidentaux.
Si les institutions et les instances européennes avaient plus tôt axé leur attention sur cette voie migratoire, on aurait éventuellement eu une solution, mais cela est une autre histoire. Par conséquent, le défi est complexe, tout comme la solution.
Par ailleurs, nous sommes convenus de la nécessité de faire face aux principales causes du phénomène. Nous avons besoin de la paix et de la stabilité en Syrie, nous avons besoin des structures solides en Libye et j’y ajouterais bien d’autres choses dans ce cadre.
Nous nous sommes également accordés sur la nécessité de fournir une aide économique. Et j’entends par cela une aide économique de la part de l’Union européenne. L’Union européenne doit fournir une assistance économique aux pays du voisinage sud qui ont accueilli des milliers et des milliards de réfugiés et de migrants. Car si la Jordanie, le Liban, le Kurdistan irakien et la Turquie renoncent à leurs efforts et cessent de soigner les migrants et les réfugiés, nous nous trouverons face à une énorme pression qui sera exercée à cause du grand nombre de migrants. En très peu de temps, on aura des flux de 5 000 000 et de 6 000 000 migrants. Ce fardeau sera insupportable. Ces flux viendront bientôt à travers les Balkans occidentaux. Par conséquent, l’Union européenne doit fournir une aide aux pays qui ont accueilli des milliards de migrants et de réfugiés.
Cela est d’une importance vitale et doit se faire dans les plus brefs délais. L’Union européenne doit se montrer assez vigoureuse afin d’assurer que les accords de réadmission seront appliqués et respectés pleinement, sinon nous serons privés de tout moyen de défense.
Nous sommes également convenus de la nécessité de lutter contre les réseaux des passeurs. Il s’agit des criminels internationaux et nous devons lutter contre ce problème au niveau international et d’une manière efficace et harmonisée tout en adoptant une approche ferme à l’égard de la lutte contre les réseaux.
Et un dernier point. Je pense qu’il est besoin de renforcer davantage la discussion et le dialogue, comme vous l’avez affirmé et je pense personnellement que l’Europe doit restaurer sa capacité à contrôler ses frontières. Car si l’on est pas en position de contrôler les frontières de l’Union, nous serons, en tant qu’Union, sans défense à l’avenir.
Et je dois à ce stade rendre clair que lorsqu’on parle des frontières sud de l’Union européenne et on dit que les frontières ne sont pas protégées, cela ne constitue pas une critique, ni une attaque contre la Grèce. Tout à fait le contraire.
Nous, en Hongrie, couvrons 520 km de frontières extérieures, terrestres de l’Union européenne. Par conséquent, nous sommes bien conscients des efforts énormes qui sont consentis pour la protection de ces frontières. Je répète, nous parlons des frontières qui s’étendent sur 520 km. Vous, ici, vous avez à protéger 4 000 km y compris les îles. Au total, 11 000 km, si pas plus. Il est impossible pour la Grèce de surveiller et de protéger toute seule ces frontières.
C’est pour cette raison justement - parce que nous sommes bien conscients des difficultés – que nous sommes en faveur du renforcement ultérieur des efforts consentis en vue de protéger les frontières de l’Union européenne.
Il ne s’agit pas d’une critique contre la Grèce. C’est un argument. Un argument que nous mettons en avant ou nous proposons à l’Europe afin que cette dernière puisse finalement, la Commission européenne et les autres instances, consentir des efforts en vue de protéger les frontières sud de l’Union européenne. Niko, je te remercie beaucoup.
JOURNALISTE : Nikolas Zirganos, « EFIMERIDA TON SYNTAKTON ». Monsieur le ministre, en 1989, votre pays a ouvert ses frontières en permettant aux centaines de milliers de réfugiés politiques en provenance de l’Allemagne de l’Est de transiter par la Hongrie en passant par l’Autriche, afin de se rendre en Allemagne de l’Ouest. Aujourd’hui, votre pays construit des murs contre les réfugiés lesquels ne sont pas des réfugiés politiques, mais des réfugiés de guerre. Pensez-vous que la politique exercée en 1989 était une erreur ou, à votre avis, les mêmes critères doivent être appliqués aujourd’hui ? Merci.
P. SZIJJARTO : Je vous remercie de votre question. Vous savez qu’il y a des règlements européens communs que nous devons tous respecter. Vous savez que la Hongrie est un pays membre de l’espace Schengen ce qui entraîne des exigences et des obligations. Il est de notre devoir de les respecter. Et la législation relative à l’espace Schengen est claire.
Si un pays est situé aux frontières extérieures de l’espace Schengen, il a deux obligations. Il assume deux obligations. A savoir que ce pays doit assurer que toute personne voulant traverser les frontières doit passer par les points de transit officiels et cela doit se faire seulement pendant les heures que les avant-postes frontaliers sont ouverts.
Afin de pouvoir nous nous conformer à ces règlements, il n’existe d’autre solution que de créer une frontière terrestre naturelle. Il existe la Frontière verte. Il existe, bien évidemment des gares et des avant-postes frontières. Toutefois, le Conseil européen a rendu clair à tous que les règlements européens doivent être respectés par tous les membres de l’Union européenne.
Nous, en tant que Hongrie, en tant que membre de l’Union européenne, en tant que membre de l’espace Schengen, nous devons nous nous y conformer. Nous avons cette obligation. Nous n’avons pas d’autre choix. Et si nous ne protégeons pas nos frontières sud, nous ne nous conformerons pas au règlement de l’espace Schengen et nous nous trouverons exposés à des critiques.
C’est pourquoi j’ai affirmé à un certain moment que le comportement de l’Europe est dans une certaine manière hypocrite. Car, d’une part, on est obligé à se conformer à la réglementation communautaire, et d’autre part si l’on ne s’y conforme pas, il y aura des critiques de par et d’autre.
Quoi qu’il en soit, moi je parle toujours avec les collègues qui sont contre le mur. Vous me dites que nous devons nous nous conformer à la législation Schengen. Bon, dites-moi, je leur dis, est-ce qu’il y a d’autre façon ? Et mes collègues me répondent que malheureusement il n’y a pas d’autre voie à me proposer.
Pour ce qui est maintenant de la question des migrants économiques ou des réfugiés, nous devons faire une distinction bien claire. Vous savez, personne n’est en danger ici en Grèce. Personne ne doit quitter la Grèce, de s’en échapper parce que sa vie est menacée. Personne ne se voit obligé de fuir la Serbie et de se rendre en Hongrie ou en Slovénie à cause des menaces qui pèsent sur sa vie. Personne ne doit quitter l’Autriche à destination d’Allemagne parce que sa vie est menacée.
Lorsque ces personnes se dirigent vers les Balkans occidentaux, ce n’est pas parce que leur pays est en danger et veulent aller dans un autre pays. Non, ils n’ont pas une autre incitation, une ambition différente. Leur ambition est, ce qui est tout à fait raisonnable, de mener une vie meilleure, mais on doit de cette manière agir face à cette situation, car il existe des règlements internationaux complètement différents lesquels portent sur la façon dont on doit agir dans le cas d’un migrant économique ou d’un réfugié. Car, dans le cas du réfugié, on doit lui offrir un lieu de refuge. Mais on doit décider s’il s’agit d’un migrant économique ou d’un réfugié.
Nous parlons de réfugiés. Ils sont des réfugiés lorsqu’ils quittent la Syrie et lorsqu’ils se rendent en Turquie, en Jordanie, au Liban ou au Kurdistan irakien ou dans d’autres pays voisins. Mais lorsqu’ils partent de la Turquie à destination de Grèce, en Grèce ils ne sont plus en danger. C’est un pays sûr, c’est un membre de l’Union européenne. Ils ne sont pas obligés à quitter la Grèce car leur vie est en danger, et, bien évidemment, par la suite, ils se dirigent vers les Balkans occidentaux. Et le même argument peut être également mis en avant pour le reste des pays.
JOURNALISTE : Question sur la coopération dans le domaine de l’énergie.
Mr. SZIJJARTO : Merci de votre question. Il est vrai que nous avons débattu de ce défi lors de notre discussion avec Nikos. En Europe de l’Ouest, la sécurité, la sécurité énergétique est une question majeure, brûlante car on ne peut pas malheureusement parlé de sécurité énergétique en Europe centrale.
La Russie a annoncé qu’en 2019 le transit par l’Ukraine sera probablement interrompu. Il y avait initialement le projet South Stream pour le transport du gaz naturel depuis la Russie à travers la Bulgarie, la Serbie vers la Hongrie et l’Autriche. Mais à cause des pressions qui ont été exercées, ce projet a été annulé. Nous avons également débattu de cette question au niveau de la Commission européenne et maintenant les Russes, les Hollandais, les Allemands et les Autrichiens, ainsi que les compagnies françaises sont convenus de l’extension du North Stream, mais la Commission européenne n’exerce pas des pressions dans ce cas. Ne pensez-vous que nous avons deux poids et deux mesures ? Certains ont dit que le South Stream ne devait pas être mis en place car ce projet contourne l’Ukraine. Mais le North Stream ne fait –il de même ? Ne contourne-t-il l’Ukraine ? Par conséquent nous nous trouvons face à une situation où nous devons trouver des sources d’énergie.
La Grèce pourrait dans ce domaine jouer un rôle clé car elle entretient une coopération très efficace avec toute la région, avec Chypre, Israël, avec l’Egypte pour ce qui est de l’exploration de gisements de gaz naturel maritimes. Et si cela est le cas, nous devons compter sur la Grèce en tant qu’acteur principal dans l’avenir en vue de garantir la sécurité énergétique en Europe centrale.
Et c’est pourquoi, nous sommes convenus avec Nikos de la nécessité de revoir et de réévaluer les pas nécessaires que nous devons entreprendre. Toutefois, pour le moment, afin que nous soyons prêts à ce rôle futur de la Grèce et que nous puissions aussi récolter les fruits pour nous-mêmes, nous devons au moins examiner les questions liées à la mise en place d’infrastructures dans les Balkans occidentaux et en Europe centrale.
Pour pouvoir c’est-à-dire acheter, fournir et apporter du gaz naturel de la Grèce vers les Balkans occidentaux, à travers les Balkans occidentaux. En Hongrie nous ne disposons pas encore de l’infrastructure nécessaire, mais nous travaillerons dans ce sens.
N. KOTZIAS : Nous sommes en faveur de la coopération européenne, je me réfère à la première question. Et la coopération européenne doit être dictée par les droits souverains de la Grèce. C’est-à-dire la coopération européenne doit être soumise aux droits souverains du pays et non pas l’inverse.
Deuxièmement, c’est un grand plaisir pour nous de coopérer avec la Hongrie dans le domaine énergétique. Et je prendrai l’initiative d’inclure la Hongrie dans d’autres projets aussi, avec, bien évidemment le consentement de mon cher ami, le ministre des Affaires étrangères de la Hongrie.
Les pays des Balkans et au-delà des Balkans, les Etats membres de l’Union européenne doivent intensifier leur coopération. J’ai soumis une série de propositions aux ministres des Affaires étrangères de la Bulgarie et de la Roumanie et notre accord avec mon collègue hongrois va également dans ce sens.
La Grèce exerce une politique étrangère active, elle prend des initiatives et, à cet égard il y un accueil favorable, tandis que nos relations amicales avec les Etats membres de l’Union européenne ainsi qu’avec d’autres pays voisins deviennent de plus en plus nombreuses.
Je tiens à remercier encore une fois Péter.
Octobre 30, 2015