D. AVRAMOPOULOS : Nous avons rencontré aujourd’hui M. Tsipras, Président du Groupe parlementaire SYRIZA, en sa qualité de chef de l’opposition ainsi que ses collaborateurs et je dois dire que nous avons eu un échange de vues constructif et une discussion à fond sur toutes les questions importantes relevant de la politique étrangère de notre pays. Nous avons également discuté du mécanisme même de la politique étrangère grecque, à savoir notre service diplomatique, de sa restructuration et de sa modernisation, dans ces conditions difficiles créées par la crise économique et la conjoncture financière.
Nous avons eu l’occasion, parmi d’autres questions, d’examiner les évolutions inquiétantes au Moyen-Orient et notamment en Syrie où les conflits qui se poursuivent influent sur la stabilité de toute notre région et c’est pourquoi il est très important d’amorcer immédiatement un processus politique qui restaurera la paix dans ce pays.
Nous avons échangé des points de vue sur le choix stratégique de la Grèce d’avoir une présence marquée dans la région de l’Europe du Sud-est et de la Méditerranée orientale, tout en renforçant ses relations avec nos partenaires traditionnels dans le monde arabe et en développant une relation essentielle et paritaire avec Israël, ce qui pourra avoir un impact positif sur l’état d’avancement des questions régionales. Par ailleurs, ma récente visite en Egypte atteste justement de cela, et j’ai eu l’occasion d’informer le Président sur cette visite.
Nous avons également informé le chef de l’opposition des évolutions relatives au dossier chypriote, à la présidence chypriote de l’Union européenne et à la visite de la ministre chypriote des Affaires étrangères, Mme Marcoullis. Nous avons discuté de nos relations avec la Turquie et de nos objectifs relatifs à notre voisinage direct, l’Europe du Sud-est, dans le cadre des travaux de préparation entamés par le ministère des Affaires étrangères en vue de la présidence grecque de l’Union européenne au cours du premier semestre de 2014. Et, bien entendu, nous avons abordé d’autres questions telles que l’énergie, tant pour ce qui est du transport de gaz naturel vers l’Europe que des travaux de prospection et d’exploitation des ressources naturelles en Grèce et dans la région de la Méditerranée orientale.
Je pense que notre rencontre d’aujourd’hui a été extrêmement utile pour deux raisons particulières : Premièrement, la politique étrangère doit être une affaire nationale et la condition à cela est l’entente nationale. Les divisions n’ont aucune place en Grèce, qui plus est aujourd’hui. Nous unissons nos forces et le ministère des Affaires étrangères, dans ce contexte d’unité et d’entente nationale et par le biais d’une stratégie développée en fonction des données géopolitiques et géostratégiques, offre ses services tout en formant l’ambition de mettre en avant notre pays en tant que facteur de sécurité et de stabilité dans la région élargie, à travers des initiatives visant à la sauvegarde de nos intérêts nationaux et sur la base des valeurs et des principes de la légalité internationale. La communication d’informations de manière sincère et efficace est une condition au façonnement d’une perception nationale commune parmi toutes les forces politiques démocratiques. La perception nationale commune est une condition à la construction d’un front national puissant pour relever les grands défis de notre époque.
Par ailleurs, je pense qu’il est nécessaire de connaître les points de vue et les positions du SYRIZA sur des questions de politique étrangère et de fournir à l’opposition toutes les informations nécessaires afin qu’elle puisse, dans le cadre de la position de responsabilité qu’elle occupe, contribuer aux efforts que nous déployons au niveau diplomatique.
Nous remercions le chef de l’opposition, M. Tsipras et ses collaborateurs pour leur visite à notre ministère et j’espère que notre rencontre d’aujourd’hui marquera le début d’une coopération plus étroite et plus constructive à l’avenir. Et à ce stade, force est de rappeler le rôle du Conseil national sur la politique étrangère qui se réunira le 8 octobre et à cette occasion j’aimerais inviter toutes les forces politiques du parlement d’y assister.
Je voudrais encore une fois vous souhaiter la bienvenue et vous remercier monsieur le Président.
A. TSIPRAS : Je voudrais pour ma part aussi remercier le ministre des Affaires étrangères pour avoir pris cette initiative d’organiser cette séance d’information sur les questions d’actualité de la politique étrangère, les dangers et les défis auxquels est confronté notre pays dans ce nouvel environnement international négatif.
Notre pays, en depit de la grave crise economique, dispose d’une dynamique geopolitique particulierement importante. Nous devons preserver cette dynamique et l’exploiter et nous ne devons pas permettre que la crise economique serve de pretexte pour mettre en danger les droits souverains decoulant du droit international ou notre pays a la lumiere des changements qui auront lieu dans la region de la Mediterranee orientale.
Nous avons eu l’occasion avec le ministre des Affaires étrangères d’échanger des points de vue sur des questions d’importance majeure. Nous avons exprimé notre inquiétude à l’égard des évolutions en Syrie et à la dimension humanitaire qui est en train de prendre la crise dans ce pays voisin, aux flux migratoires inévitables et nous avons demandé l’intervention de notre pays afin que l’Union européenne offre une aide et dans le but d’explorer les possibilités d’accueillir des réfugiés qui seront par la suite rapatriés une fois que la crise dans la région sera terminée.
Nous avons eu egalement l’occasion d’exprimer nos preoccupations a l’egard des « nuages de guerre » en Iran, question d’interet immediat pour notre pays, dans la mesure ou le renforcement des relations avec Israel ne porte pas seulement sur la cooperation bilaterale au niveau de l’expertise dans le domaine des relations commerciales, une cooperation a laquelle nous consentons pleinement, mais aussi sur la cooperation militaire, ce qui suscite de vives preoccupations parmi notre groupe, car notre pays ne doit en aucune maniere faire partie du probleme au Moyen-Orient, mais il doit plutot contribuer aux efforts visant a atteindre une solution a ce probleme.
En outre, l’occasion nous a été offerte de présenter au ministre nos propositions et nos positions relatives aux relations gréco-turques, concernant la nécessité d’exercer une politique étrangère multidimensionnelle, conformément, bien étendu, à un plan stratégique, et après avoir préparé de manière ciblée et méthodique nos actions, car dans le domaine de la politique étrangère il vaut mieux avoir un plan précis et ne pas procéder à des actions qui sont vouées à l’échec.
S’agissant de la question de l’ARYM et de son appellation, nous avons de nouveau decline nos positions fermes pour ce qui est de l’atteinte d’une solution mutuellement acceptable, une appellation composee avec une determination geographique. Bien evidemment, pour nous le probleme n’est pas seulement la question du nom et nous sommes particulierement heureux que la direction officielle du ministere des Affaires etrangeres, apres 20 ans de retard, adopte cette position soutenue a l’epoque par le SYN, a savoir la position du paquet Pinheiro. Nous avons toutefois manifeste nos inquietudes a l’egard non seulement de la question du nom, mais aussi a l’egard du fait que l’on atteste une recrudescence des logiques nationalistes et irredentistes de la part de l’autre partie, ce qui reclame notre attention.
En guise de conclusion, nous pensons que la coopération et la communication d’informations sont indispensables et nous saluons le fait que le ministère des Affaires étrangères est disposé à agir dans ce sens et pensons que toutes les forces politiques doivent contribuer afin que le pays soit doté d’une stratégie nationale pour une politique étrangère multidimensionnelle au profit de la sauvegarde des droits souverains du pays qui découlent du droit international ainsi qu’au profit du repositionnement de notre pays sur la scène internationale. La Grèce ne peut se comporter comme le parent pauvre d’une Europe en crise, mais en tant que membre à titre égal de la zone euro avec les mêmes droits et obligations, ainsi qu’en tant un pays qui dispose d’immenses possibilités sur le plan de la politique étrangère, car c’est un pays important dans la partie sud-est de la Méditerranée, un pilier dans le domaine du commerce et de l’énergie, le point de rencontre de trois continents, une position que nous devons valoriser.
D. AVRAMOPOULOS : Nous vous remercions beaucoup.
Septembre 12, 2012