Declarations du ministre des Affaires etrangeres, M. D. Avramopoulos et de la ministre des Affaires etrangeres de la Republique de Chypre, Mme E. Kozakou Marcoullis a l’issue de leur rencontre

D. AVRAMOPOULOS : C’est avec une joie particuliere que j’accueille aujourd’hui au ministere des Affaires etrangeres ma chere amie, la ministre des Affaires etrangeres, Mme Erato Kozakou-Marcoullis, suite aux contacts precedents que nous avons eus. Nos consultations se deroulent toujours dans un climat tres chaleureux, sincere et amical.

Bien evidemment, lors des discussions qui ensuivront nous aborderons a fond la question chypriote. Je tiens a confirmer de nouveau le soutien sans faille de la Grece a Chypre. La fin de l’occupation et de la colonisation turques ainsi que l’atteinte d’une solution globale et convenue a la question chypriote sont en tete de liste des priorites de la politique etrangere grecque. Sans le reglement de la question chypriote les relations greco-turques ne pourront pas etre normalisees et, bien evidemment, le parcours europeen de la Turquie ne pourra pas egalement etre paracheve. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir en vue de parvenir a une solution juste, viable et fonctionnelle qui sera axee sur les resolutions de l’Organisation des Nations Unies, les principes et valeurs europeens et l’acquis communautaire. Le processus des negociations menees sous l’egide de l’ONU doit etre poursuivi sans que ce dernier soit sape par la partie turque. La Turquie doit elle aussi contribuer dans ce sens, tout en renoncant a des projets obsoletes visant a la division de l’ile.

Avec Erato nous allons passer en revue nos questions bilatérales. Nous aborderons à fond les développements dans notre région élargie, notamment au Moyen-Orient et en Syrie. Comme vous le savez, jeudi dernier j’ai rencontré Erato au Caire, dans le cadre d’une mission importante qui a été accomplie par les quatre ministres des Affaires étrangères des pays de l’Union européenne qui voisinent avec l’Egypte, à savoir, la Grèce, Chypre, l’Italie et Malte. Au Caire nous nous sommes entretenus avec le Président de l’Egypte et nous avons transmis le message de solidarité et de soutien de l’Union européenne alors que le pays traverse une période de transition critique.

Par la suite, nous avons participé ensemble à la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Paphos. Il y a d’ores et déjà deux mois et demi que Chypre exerce la Présidence de l’Union européenne et les signes sont clairs et incontestables. La présidence chypriote remporte un succès complet. Elle fait preuve d’une mobilité substantielle au niveau organisationnel, mais aussi au niveau de la gestion d’importantes questions qui préoccupent l’Union européenne.

C’était une erreur de la part de la Turquie de ne pas valoriser l’opportunité offerte par la présidence chypriote ainsi que par les travaux de prospection de gaz naturel dans la zone économique exclusive chypriote afin de normaliser ses relations avec Chypre et régler la question chypriote. Je pense qu’Ankara a en fait manqué une occasion importante et a ainsi sapé son propre parcours européen, tout en portant finalement atteinte à l’Union européenne et à l’une de ses institutions les plus importantes.
L’Union européenne est confrontée actuellement à un grand nombre de questions que la présidence chypriote doit en assumer la gestion. Inutile de dire que la Grèce continuera d’être aux côtés de la présidence chypriote, comme elle l’a toujours fait.

Erato, je voudrais te souhaiter de nouveau la bienvenue. Je ne te dis pas de te sentir chez toi car le ministère grec des Affaires étrangères est en fait ta maison. Je te souhaite de nouveau la bienvenue et un bon séjour à Athènes. Je voudrais que tu transmettes de notre part un message de soutien et de solidarité à nos frères chypriotes.

E. KOZAKOU-MARCOULLIS : Cher ami Dimitris, je suis tres satisfaite de ma visite a Athenes qui s’integre dans la suite de ta visite a Chypre le 1er juillet. Une visite marquante car elle a coincide avec le debut de la presidence chypriote du Conseil de l’Union europeenne.

C’est un grand plaisir pour moi de me trouver a Athenes, en ma qualite egalement de ministre des Affaires etrangeres du pays qui exerce la presidence du Conseil de l’Union europeenne en une periode ou Chypre est appelee a relever de maniere efficace le grand defi que constitue la mission de la presidence, et ce quelques jours apres la reunion informelle – qui, au moins, a notre avis a ete couronnee de succes – des ministres des Affaires etrangeres que nous avons eu l’occasion d’accueillir a Chypre les 7 et 8 septembre. Je voudrais te remercier publiquement ainsi que le gouvernement grec pour l’aide et le soutien accordes par la Grece au niveau de l’organisation de la presidence chypriote du Conseil de l’Union europeenne qui est constituee d’experts de la fonction publique grecque qui sont en detachement aupres de la presidence et qui travaillent avec nous pour la presidence chypriote. Un grand merci alors.

Ma présence ici, suite à ta gentille invitation, atteste de la coopération et de la coordination étroites entre les ministères des Affaires étrangères de la Grèce et de Chypre, visant à l’atteinte d’objectifs communs au niveau bilatéral et européen. Dans ce cadre, les fonctionnaires qui m’accompagnent ont d’ores et déjà entamé leurs rencontres avec leurs homologues grecs.

Aujourd’hui, lors de notre rencontre en prive, nous avons engage une discussion tres productive deroulee dans un climat chaleureux, comme c’est toujours le cas, et de comprehension qui caracterise les relations fraternelles entre Chypre et la Grece, sur des questions figurant sur la liste des priorites de la presidence chypriote du Conseil de l’Union europeenne, telles que l’elargissement et les developpements dans les pays des Balkans occidentaux dont j’ai visite la plupart en juillet dernier et j’ai informe mon cher ami Dimitris des prochains pas de la presidence chypriote.

Nous avons, bien évidement, échangé des points de vue sur la situation en Syrie, tout en exprimant nos préoccupations à l’égard des victimes de la population civile dont le bilan s’élève à 27000 ainsi qu’à l’égard du problème humanitaire à cause des 300 000 réfugiés qui se rendent dans le Etats voisins. Nous avons également signalé le nombre de plus en plus accru de réfugiés en provenance de la Syrie qui se dirigent vers les côtes de la Méditerranée du Sud-est et nous allons explorer les moyens permettant de gérer ensemble ce problème ainsi qu’en coopération avec l’Union européenne.

Nous avons en général abordé les développements dans le voisinage du sud et avons dressé le bilan, comme l’affirmé cher Dimitris, de notre visite commune en Egypte avec nos homologues, les ministres des Affaires étrangères de Malte et de l’Italie, la semaine dernière et de notre réunion commune avec le nouveau président de l’Egypte. Il s’agit d’une importante initiative dont l’objectif était de transmettre au Président M. Morsy un message de soutien fort, de la part tant de nos quatre pays qui entretiennent de longue date des liens d’amitié et de coopération avec l’Egypte, que de l’Union européenne aussi.

Nous avons également échangé des points de vue sur les questions euro-turques, en mettant l’accent sur cette escalade des provocations de la part de la Turquie ainsi que sur son refus de coopérer avec la présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne.

L’occasion m’a été également offerte de souligner la stagnation au niveau du dossier chypriote, en dépit des efforts continus du Président M. Christofias, tandis que nous avons discuté des questions ayant trait aux travaux de prospection dans la zone économique exclusive chypriote, ainsi qu’aux menaces turques inacceptables contre les activités d’extraction d’hydrocarbures entreprises par Chypre dans le cadre de ses droits souverains. Nous avons également discuté de la crise économique dans la zone euro et des moyens de gestion de son impact sur les économies de nos pays, et j’ai eu l’occasion d’informer mon homologue grec des actions récemment entreprises par le gouvernement chypriote. Je voudrais également m’informer sur la récente visite du Président du Conseil européen, M. Van Rompuy. Je suis sûre que ces questions seront par la suite abordées.

En guise de conclusion, je tiens à vous remercier de nouveau pour cette opportunité de me trouver ici au ministère des Affaires étrangères et la possibilité de poursuivre ce débat et de coordonner nos actions pour les mois à venir, en vue de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies et du Conseil des Affaires générales en décembre – une réunion très importante – ainsi que dans le cadre de la présidence chypriote au cours de ce semestre tout au long duquel nous discuterons de questions d’importance majeure, et, bien entendu, dans ce contexte la coordination entre les deux gouvernements est nécessaire. C’est pourquoi je voudrais vous remercier pour cette opportunité que vous m’avez offerte afin de poursuivre ce débat.

Je te remercie beaucoup Dimitris.

D. AVRAMOPOULOS : Je te remercie beaucoup. Permettez-moi avant de conclure cette conference de presse, puisque Erato s’est referee a la question de la Syrie, de signaler, que la situation est particulierement inquietante, et, nous avons, bien entendu, aborde cette question aujourd’hui, une question qui a ete au c?ur de notre mission conjointe en Egypte.

Malheureusement, nous sommes chaque jour temoins de la violence brute et aveugle qui prend desormais les dimensions d’une guerre civile et qui a fait, comme vous le savez, beaucoup de morts parmi la population civile. Notre position est le retour a la normalite et la solution ne peut qu’etre que le resultat d’un processus politique auquel participeront les parties en conflit et lequel permettra au peuple syrien de s’exprimer et de decider de son avenir. Un cessez-le-feu immediat est indispensable ainsi qu’un debat entre toutes les composantes de la societe syrienne. Il est d’ores et deja communement admis que le depart d’Assad est necessaire pour entamer un processus politique qui marquera une nouvelle ere pour ce pays.

Il est egalement urgent de lutter contre la crise humanitaire en Syrie et la question des refugies. Il est necessaire que les organisations internationales aient acces a la population civile et aux personnes deplacees afin de subvenir a leurs besoins, a savoir leur fournir de l’eau, de la nourriture et des medicaments. Nous devons egalement soutenir les pays voisins de la Syrie qui ont accueilli a ce jour des dizaines de milliers de refugies.

Au cœur des efforts consentis pour l’établissement de la paix en Syrie doit être la protection – et nous mettons un accent particulier sur cette question – des minorités religieuses et, notamment de la population chrétienne de la Syrie. J’ai signalé cette question à plusieurs reprises lors de mes contacts et force est de rappeler que nous avons fait une référence particulière au sein du parlement européen, ainsi que lors de mes contacts ces derniers jours dans la région élargie.

Enfin, en tant qu’Union europeenne, nous devons nous preparer a une eventuelle hausse des flux migratoires vers l’espace europeen. Erato, dans le cadre de la presidence chypriote, a accompli un travail exceptionnel dans ce domaine, et, bien entendu Chypre et la Grece ont une coordination etroite et prennent toutes les mesures necessaires. Toutefois cette question concerne l’Europe dans son ensemble et c’est pourquoi il doit y avoir une reponse europeenne, en fonction des evolutions, et je pense que les prochaines initiatives de la presidence chypriote iront dans ce sens.

J’aimerai encore une fois remercier de tout mon cœur Erato pour l’excellente coopération que nous avons durant tout ce temps et lui souhaiter de nouveau la bienvenue en Grèce. Et, nous devons, bien entendu, fixer un nouveau rendez-vous, après la fin de nos consultations actuelles, soit à Chypre, soit en Grèce…ou

E. KOZAKOU-MARCOULLIS : A New York.

D. AVRAMOPOULOS : … a New York quelques jours d’ici. Je tiens a lui souhaiter de nouveau la bienvenue et je la remercie beaucoup.

JOURNALISTE : Bien que dans vos declarations, vous ayez evoque l’attitude provocatrice de la Turquie, je voudrais demander tant le ministre grec des Affaires etrangeres que Mme Marcoullis, quelles actions envisagez-vous d’entreprendre en vue de faire face a ce refus d’Ankara de reconnaitre la presidence chypriote ?

E. KOZAKOU-MARCOULLIS : De nombreuses actions ont ete entreprises a ce jour et, comme vous le savez, en decembre dernier le Conseil europeen au niveau du President du Conseil europeen et des chefs d’Etat et de gouvernement qui y ont participe, a envoye un message a la Turquie, a savoir que son comportement dedaigneux qui consiste a refuser de cooperer avec la presidence chypriote est inacceptable et a incite la Turquie a cooperer avec les institutions de l’Union europeenne, tel que vise dans les traites.

Ce message est sans cesse transmis par tous les organes institutionnels et a ete egalement transmis publiquement par le President du Conseil europeen ainsi que par le president du Parlement europeen et la Haute Representante pour les affaires etrangeres et la politique de securite, tout comme par un grand nombre de presidents des groupes du parlement europeen, des groupes politiques du parlement europeen qui ont recemment visite Chypre, ainsi que par tous les gouvernements de l’Union europeenne. C’est un comportement inacceptable qui va a l’encontre de l’Union europeenne elle-meme, non seulement a l’encontre de la Republique de Chypre, c’est un affront a l’Union europeenne elle-meme et cela aura surement des consequences negatives sur le parcours d’adhesion de la Turquie. Un pays candidat qui souhaite adherer a une organisation, a une union telle que l’Union europeenne, ne peut afficher un tel comportement dedaigneux a l’egard de l’une des plus importantes institutions de l’Union europeenne que constitue le Conseil de l’Union europeenne.

Nos efforts ainsi que ceux consentis par les Etats-membres et les hauts fonctionnaires de l’Union europeenne se poursuivent. Malheureusement la Turquie fait la sourde oreille et continue de faire preuve de cette attitude inacceptable. Nous avons invite la Turquie a toutes les reunions auxquelles assistent les pays candidats. Il y a quelques jours, s’est tenue une reunion des directeurs generaux des Affaires europeennes de l’Union europeenne a laquelle la Turquie a ete invitee mais elle a choisi de ne pas y assister. Malheureusement, la Turquie doit comprendre que ce comportement ne porte pas une atteinte a la Republique de Chypre ou a la presidence chypriote mais au pays candidat lui-meme, a savoir la Turquie.

D. AVRAMOPOULOS : Je voudrais ajouter a ce qu’Erato a affirme que l’existence de l’Europe est axee sur ses institutions, ses valeurs et ses acquis. Les instances elles - memes de l’Union europeenne sont les garants de l’acquis communautaire. Ne pas reconnaitre ces instances est en fait un manque de respect envers cette organisation, qui plus est a une organisation a laquelle un pays candidat souhaite adherer. La Grece a eu d’emblee une position claire : nous sommes en faveur de la perspective europeenne de la Turquie, mais cette derniere doit surtout faire preuve quotidiennement de son respect tangible envers les institutions europeennes. Dans le cas en question, son attitude atteste d’irrespect envers les institutions europeennes et en tant que telle doit etre evaluee non seulement par la Grece et Chypre mais aussi par l’Europe dans son ensemble. Je dirais aussi que la Turquie, comme je l’ai affirme tout au debut de ma declaration initiale, a manque l’occasion, a travers la reconnaissance et pourquoi pas, sa participation aux processus prevus par la presidence, de mettre en avant cette perspective europeenne et, le plus important encore, elle a manque l’occasion d’envoyer un message clair, a savoir qu’elle est tres serieuse dans ses propos. Apparemment en Turquie, en depit des changements qui s’operent, et nous esperons que ceux-ci apporteront leurs fruits en faveur de la democratisation du pays et de sa perspective europeenne, il y a des poles de resistance que le gouvernement n’a pas pu soumettre a son autorite.

Le message que nous envoyons aujourd’hui est que nos convictions n’ont guère changé. Toutefois, nous faisons partie d’une grande famille européenne qui traverse actuellement une période de transition difficile, mais en aucun cas nous ne pourrons accepter que cette faiblesse de l’Europe puisse être exploitée par tous ceux qui contestent l’Europe. Espérons que tous ceux qui décident changeront d’attitude et feront preuve de respect envers les institutions européennes car telle est leur ambition, tel est leur objectif, à savoir devenir membres, comme je l’ai tout à l’heure affirmé, de la famille européenne. Mais la condition à cela est le respect des valeurs, des principes et de l’acquis européen et, bien entendu, le respect envers les institutions.

Συνάντηση ΥΠΕΞ Δ. Αβραμόπουλου με ΥΠΕΞ Κυπριακής Δημοκρατίας Ερ. Κοζάκου-Μαρκουλλή

Septembre 11, 2012