Déclarations du ministre des Affaires étrangères, Ν. Κotzias et du vice-Premier ministre et ministre des Affaires, D. Reynders à l'issue de leur rencontre

Déclarations du ministre des Affaires étrangères, Ν. Κotzias et du vice-Premier ministre et ministre des Affaires, D. Reynders à l'issue de leur rencontreN. KOTZIAS : Bonjour. C’est un grand plaisir d'accueillir ici mon homologue, le ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre de la Belgique. Je lui souhaite la bienvenue dans notre pays et notre ministère. Nous figurons parmi les dix premiers pays de l'Union européenne et bien évidemment ce sont eux qui en sont les fondateurs, mais c'est nous qui avons donné, avec l'enlèvement par Zeus de cette belle femme de Libye, son nom à l'Europe.

Nous demeurons rattachés à notre relation et à notre qualité d'Etat membre au sein de l'Europe et de la zone euro. Nous pensons bien évidemment que de grands changements démocratiques doivent être faits au niveau de son mode de fonctionnement. Nous ne voulons pas renoncer à notre existence institutionnelle au sein de l'Union européenne et, bien évidemment, nous sommes contre ceux qui veulent que nous soyons soumis aux créanciers.

Nous sommes un pays qui, dans toutes les négociations et dans toutes les conditions, a toujours livré sa bataille et a proposé des meilleurs structures démocratiques. Nous pensons que notre position au sein de l'Union européenne est axée sur des propositions et sur la défense de la Démocratie. C'est pourquoi nous avions proposé d'insérer dans le projet de constitution européenne, tout comme dans le Traité de Lisbonne, l'institution du référendum.

Et, bien évidemment, nous savons que tous les processus de référendum tenus dans le passé au sein de l'Union européenne, ont toujours été démocratiques et l'Union européenne, en faisant preuve de son esprit démocratique, a accepté les résultats de ces référendums et a procédé à de nouveaux processus de négociation.

Comme je l'ai affirmé depuis lundi, lors de la réunion avec les ambassadeurs de l'Union européenne et d'autres Etats puissants à travers le monde, nous restons à la table de négociations, nous devons rétablir cette relation de confiance, et nous devons parvenir, en fonction des relations régissant l'Union européenne et les besoins de notre peuple, à une solution viable.

Je tiens à remercier la Belgique qui a toujours fait preuve de sa solidarité européenne avec tous les pays qui en avaient besoin et je voudrais aussi remercier mon collègue qui, dès mon premier jour au Conseil des ministres des Affaires étrangères, m'a amicalement accueilli et m'a toujours fait part de ses réflexions qui sont d'une profonde sagesse. Car c'est un homme qui a assumé les fonctions de Président de l'Eurogroupe, de ministre des Finances, et qui a une meilleure expérience en matière de questions européennes et c'est pourquoi je prête toujours une oreille attentive à ce qu'il dit.

Je me réjouis de la présence du ministre belge ici, dans un pays qui a investi dans notre pays et avec lequel nous pouvons développer davantage nos relations économiques et commerciales, et le gouvernement grec a avec satisfaction noté une série de propositions notamment dans le domaine énergétique.

Cette institution qui s'appelle le ministère grec des Affaires étrangères, en dépit des difficultés que nous traversons actuellement, est déterminée à accomplir ses devoirs. La politique étrangère doit contribuer à la stabilité du pays et de la région et doit être exercée de manière cohérente et active. Elle doit œuvrer pour développer des partenariats et établir des alliances.

Avec mon collègue, nous avons discuté des Balkans, de la Russie et de l'Ukraine, nous partageons les mêmes préoccupations à l'égard des questions migratoires et je voudrais le remercier de ses réflexions à l'égard de toutes ces questions.
Didier, je te souhaite la bievenue ici à Athènes et nous sommes très heureux de vous accueillir.

Je vous remercie.

D. REYNDERS: Je voudrais tout d'abord remercier Nikos de son accueil. C'est ma première visite en Grèce avec ce temps là. Il fait plus froid ici qu'en Belgique.

Je voudrais dire deux mots sur les questions internationales dont nous avons parlé, en commençant par les Balkans. J'ai écouté avec un grand plaisir les propositions de Nikos concernant certaines mesures de confiance proposées à Skopje dans le but de pouvoir commencer à sortir de cette impasse difficile avec l'ARYM. Et je dois dire que je suis d'accord avec ce processus, avec cette série de propositions adressées à Skopje, en vue de parvenir à une véritable solution, tout comme avec les propositions faites à la Turquie en vue de régler la difficile question chypriote.

Je voudrais confirmer qu'à l'égard de la question de la Russie, nos positions ne sont pas très éloignées. Bien évidemment, il faut prendre des mesures immédiates pour régler la question de l'Ukraine, et il faut dans le même temps prendre des mesures à court et à long terme. Je sais l'importance que revêtent ces mesures pour la Grèce dans cette situation difficile, mais nous sommes tous sur la même longueur d'onde pour ce qui est de la nécessité de faire cesser les attaques contre l'Ukraine de l'est.

Nous devons toutefois avoir des contacts avec la Russie en vue de discuter de ces graves questions, de la Syrie, de l'Irak, ainsi que de la question du programme nucléaire iranien et de la grave question de l'énergie. S'agissant de l'énergie, je me réjouis particulièrement du fait que les propositions des entreprises belges soient favorablement accueillies et il existe la possibilité pour nous de participer à certaines privatisations.

Nous soutiendrons ce point de vue envers la Commission européenne concernant la nécessité d'avoir des axes verticaux, vu qu'il est important que la région soit approvisionnée en énergie.

Deux mots sur l'immigration vu que hier soir l'occasion m'a été offerte de dîner avec ma collègue en charge du dossier de l'immigration. Nous sommes bien entendu conscients de la situation difficile à laquelle est confrontée la Grèce après l'arrivée d'un aussi grand nombre d'immigrants et notamment de réfugies en provenance de Syrie.

Il s'agit en principe d'un problème d'asile. Nous sommes disposés à jouer notre rôle, d'offrir plus que ce que demande la Commission européenne, mais aussi, j'ai dit que cette question devrait être réglée par l'adoption d'une disposition obligatoire afin que les choses s'améliorent au sein de l'Union européenne.

Et, bien évidemment, nous essayerons de persuader nos partenaires à l'Union européenne de la nécessité de consentir plus d'efforts concernant la question des immigrants. Il ne s'agit pas seulement d'une question de réfugiés, mais d'une approche plus générale.

Nous avons, bien entendu discuté de la situation actuelle en Grèce et de sa relation avec tous les partenaires à l'Union européenne. Force est de rappeler qu'il s'agit d'une affaire intérieure de l'Europe, vu que la Grèce est un membre de l'Union européenne et de la zone euro.

En ma qualité de ministre des Finances, j'avais affirmé à l'époque qu'il fallait donner à la Grèce plus de temps et j'avais aussi signaler d'autres questions concernant les taux d’intérêt, afin de pouvoir réaliser des progrès, une fois, bien entendu, que des progrès seront effectués au niveau de la compétitivité et dans le domaine budgétaire.

Dès le début de la crise, nous avons demandé à la population belge de soutenir la Grèce et c'est justement cela que nous avons fait à travers les décisions qui ont été prises. Nous avons également offert une aide technique, par exemple, nous prêtons actuellement une aide technique en matière de douanes, de TVA et éventuellement, dans le domaine aussi de la collecte et du recouvrement d'impôts.

Avant-hier, j'ai discuté avec le comité compétent en la matière du parlement belge, de la prise d'une décision en faveur de l'échange de très importantes informations bancaires qui concernent des questions fiscales. Et, ainsi nous sommes disposés, si besoin est, à échanger certaines informations avec la Grèce sur certains comptes d'épargne dans nos banques.

Je ne voudrais pas bien entendu m'exprimer sur la question du référendum. Je suis le ministre de la Belgique et je ne veux pas m'impliquer dans une affaire de la Grèce. J'aimerais dire deux mots sur le jour d'après. Il n'existe qu'une seule certitude : le jour qui vient après dimanche, c'est lundi. Et, bien évidemment, l'autre chose est que nous devons faire notre travail, nous devons promouvoir des mesures pour instaurer la confiance, pour restaurer la confiance. Un nouveau processus de négociations devra de nouveau commencer, et les négociations seront longues et porteront sur un nouveau plan.

En dépit de cela, je me réjouis de notre discussion aussi sincère avec mon collègue et je dis cela en dehors du cadre imposé par les formalités diplomatiques. Je suis certain que les choses iront dans le bon sens et que la Grèce continuera de faire partie des institutions européennes.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, ces derniers jours nous avons vu les dirigeants européens prendre non seulement une position négative vis-à-vis du référendum, mais une position ouvertement favorable pour le OUI et non pas pour le NON, toute en utilisant des expressions très négatives. Qu'en pensez-vous?

D. REYNDERS : J'étais jusqu'à très récemment le Président du Comité des Affaires étrangères du Conseil de l'Europe et vous avez appris hier que le Conseil de l'Europe a indiqué dans la position qu’il a affirmée, qu'il serait difficile de consentir à ce processus, à un référendum qui est organisé en huit jours et dont l'objet est un enjeu ou plutôt une décision difficile que les citoyens sont appelés à prendre. C'est-à-dire le délais est très court et la question très difficile et je suis de la même opinion.

Pour ce qui est de la deuxième question, comme je l'ai tout à l'heure affirmé, je suis le ministre des Affaires étrangères de la Belgique et je ne peux pas donner des conseils sur cette question. La seule chose que je puisse dire, tout en ayant certaines réserves, est que le résultat sera soutenu et que le jour d’après, les négociations reprendront, mais elles seront longues et difficiles. Car dans un premier temps, certaines mesures doivent être prises pour instaurer la confiance et par la suite une discussion sera tenue sur un nouveau plan. Le plan sera nouveau.

C'est tout ce que j'ai à dire, je n'ai pas de conseils à donner au peuple grec. Je suis un homme libéral et je suis en faveur de la libre expression d'opinion.

JOURNALISTE : Si le résultat du référendum est OUI, que fera le gouvernement le jour d'après? Car M. Tsipras avait déclaré qu'il démissionnerait, tout comme M. Varoufakis. Et vous, qu'allez-vous faire? Vous démissionnerez vous aussi? Est-ce qu'il y aura un changement de gouvernement?

N. KOTZIAS : Tout d'abord, concernant le Conseil de l'Europe qui considère que le délai d'une semaine est très court, imaginez-vous quelle serait la situation avec les banques, si le délai était encore plus long. Mais je comprends les représentants du Conseil de l'Europe car ils n'ont pas vécu ici ces cinq dernières années. Si les citoyens ne connaissent pas tous les détails de ces propositions, ils ont bien ressenti leurs conséquences ces cinq dernières années.

Pour ce qui est maintenant du gouvernement. Vous venez juste de faire ma connaissance et vous voulez que je parte ? M. Tsipras n'a pas dit qu'il démissionnerait. M. Tsipras avait dit qu'il n'allait pas appliquer toute sorte de politique. Cela signifie que nous devons attendre le résultat qui d'après nous sera le NON, et nous devons aussi voir les vrais pourcentages.

Je pense que de très grands efforts sont consentis pour influencer l'opinion du peuple grec. Il y a eu même un Premier ministre d'un Etat membre de l'Union européenne qui a déclaré que lundi il négocierait avec un autre gouvernement. Nous avons réagi en tant que ministère des Affaires étrangères.

Il y a certains Etats membres qui ne se comportent pas comme des Etats membres de l'Union européenne qui représentent notre sort commun. Il doit y avoir du respect dans l'intérieur du pays et c'est pourquoi je tiens à remercier mon collègue, Didier car par sa réponse il a fait preuve d'européanisme.

Je pense que tout le monde doit comprendre que notre pays est dans une position de faiblesse économique, mais il maintient tous ses droits au sein de l'Union européenne et à ceux qui violent les règles de fonctionnement entre les Etats membres de l'Union européenne, je souhaite deux choses :

Qu’ils ne se retrouvent jamais dans une position de faiblesse économique, comme nous, et que, si c’était le cas, les autres Etats membres adoptent un comportement à leur égard similaire à celui de la Belgique. Et je voudrais vous dire quelque chose qui vient de mon cœur : il ne faut pas dramatiser la situation, et je parle des relations et des instances, et non pas de la situation économique car celle-ci est en fait dramatique.

Et lundi nous serons ensemble, nous devrons vivre ensemble et discuter. Et dimanche ce n'est pas un séisme qui se produira, mais un référendum démocratique, ce qui est tout à fait normal en Europe et conforme aux traités de l'Union européenne.

J'ai dès les premiers moments affirmé qu'il fallait user d'un instrument démocratique et nous devons tous assurer la continuité démocratique. Ainsi que la poursuite du dialogue démocratique de négociation avec nos partenaires. Depuis mon enfance, je ne cesse de dire que la politique de la Grèce n'est jamais ennuyante.

Merci.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, ma question s’adresse à vous. Dans l’éventualité où le NON l’emporte, et vous pensez que ce sera un NON retentissant, est-ce que le gouvernement peut, après tous les événements de ces derniers jours, après avoir dénoncé la zone euro et la BCE et parlé de chantage du peuple grec avec la fermeture des banques, peut-il constituer un interlocuteur pour ces mesures de confiance dont a parlé tout à l’heure le ministre belge et dans le cadre de cette procédure qui durera des années, pensez-vous que le pays et l’économie pourront tenir le coup avec la fermeture des banques ? Merci.

N. KOTZIAS : Vous savez, pendant les 20 années où j’étais employé au ministère des Affaires étrangères, j’ai travaillé sur ces mesures de confiance dans les domaines nécessaires. Je suis partisan des mesures de confiance et de la confiance.

La Grèce aura des difficultés ? Que ce soit le OUI ou le NON qui l’emporte, elle aura de toutes façons des difficultés, car nous vivons un drame depuis 5 ans, seulement le constat ne se fait que maintenant. Je pense que ce que ce qui est important n’est pas que le OUI ou le NON gagne, mais de vaincre la peur.

Nous avons besoin de calme, de modération, de réfléchir la tête froide, nous demander si nous voulons cette mort à petit feu qui rôde depuis cinq ans. Mon point de vue est que l’Europe a la capacité démocratique de percevoir la volonté d’un peuple après un référendum.

Certes, des négociations difficiles seront nécessaires. Des négociations qui ne peuvent se faire en un jour, mais des négociations dénuées de stéréotypes. Cela veut dire que la liquidité de la Grèce doit être garantie pendant les négociations.

Je ne pense pas que l’Europe ou le monde aient intérêt à ce que la Grèce soit déstabilisée, une déstabilisation qui risque de peser sur la région. C’est pourquoi je pense que nous allons trouver une solution dans les meilleurs délais pour ce qui est de la liquidité et que nous arriverons à un accord entre les deux parties au terme d’une négociation.

JOURNALISTE : Vous êtes venu ici parler des relations UE – Russie et de leur évolution. Vous vous trouvez en Grèce, un pays dont le gouvernement entretient de bonnes relations avec la Russie. Pourquoi avez-vous fait cette déclaration ici ? Pensez-vous que le gouvernement grec peut contribuer au développement des relations diplomatiques avec la Russie ? Peut-il contribuer à une évolution positive ?

Concernant le référendum. Dans le cas où le NON l’emporte, pensez-vous que la Grèce aura toujours sa place dans la zone euro, compte tenu des déclarations de nombreux hauts fonctionnaires européens faisant entendre le contraire ?

D.REYNDERS : En ce qui concerne le référendum, j’aimerais redire que le OUI ou le NON ne sont l’affaire que du peuple grec. J’espère qu’après le résultat du référendum, il y aura de longues négociations en vue d’un nouveau plan.

En ce qui concerne la Russie, je dois dire que mon approche est la même. J’ai rencontré M. Lavrov à deux reprises, à Moscou et à Bruxelles. J’ai affirmé la nécessité de mettre en œuvre des mesures à long et à court terme, mais en ce qui concerne les mesures à court terme, il faut imposer la pression et des sanctions pour que cesse la situation actuelle.

Et tout le monde doit, de concert, faire pression pour que soit respecté l’Accord de Minsk et nous devons avancer dans le cadre des lignes directrices définies par l’Union européenne. Si nous le faisons tous, alors il n’y aura pas de problème.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je vous remercie.

Juillet 3, 2015