Déclarations du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias, à l’issue de sa rencontre avec son homologue de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine, N. Dimitrov (Skopje, 31.8.2017)

Déclarations du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias, à l’issue de sa rencontre avec son homologue de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine, N. Dimitrov (Skopje, 31.8.2017)N. KOTZIAS : A Thessalonique, chaque fois que je viens, et à Skopje il fait toujours beau. Ce qui veut dire que c’est le même soleil qui nous illumine.

J’aimerais vous dire que je suis heureux d’être ici, de constater que votre pays est entrain de sortir de la crise, qu’il a surmonté sa crise politique, tout comme la Grèce est entrain de sortir de la crise économique. Cela montre combien de points communs nous avons et pourquoi Nikola et moi-même devons être optimistes.

Je suis heureux de me retrouver dans cette salle où, il y a un peu moins d'un an, j’ai eu l’honneur de parler à vos diplomates.

Et encore plus heureux d’avoir discuté avec Nikola et nous continuons nos discussions que nous avons engagées à Athènes, lors de nos différentes communications téléphoniques.

Nous discutons des grandes questions qui nous préoccupent, sur l’avenir commun de nos deux pays. Je salue les résultats très positifs que nous avons eus sur les mesures de confiance lors de la rencontre qui s’est tenue avant-hier entre les grandes délégations des deux parties, 17 personnes de votre côté et 25 du nôtre. Ce qui montre que les relations entre les deux pays se développent de manière plus intensifiée par rapport aux autres voisins. Nous allons tout faire. De nouvelles lignes ferroviaires, de nouveaux gazoducs, des coopérations entre les universités et les académies diplomatiques. Nous abordons les questions énergétiques, les questions ayant trait au transport, à la recherche, à la coopération policière et à la sécurité de la région tout entière.

Et nous discuterons de nouveau dans deux mois, lors de la nouvelle réunion des pays balkaniques, le vôtre, le nôtre, la Bulgarie et l’Albanie, sur les questions de sécurité et de coopération économique dans notre région élargie.

Par ailleurs, je suis ravi, en tant que ministre des Affaires étrangères de la Grèce, que notre politique de non intervention dans les affaires internes de votre pays ait obtenu gain de cause. Vous avez sans doute pu voir que, les deux dernières années et demie, la Grèce n’a publié aucun communiqué sur les questions internes de notre pays ami au nord, qu’elle a soutenu et continue de soutenir de toutes ses forces la stabilité, la souveraineté, l’intégrité territoriale de ce dernier.

Votre stabilité alimente notre stabilité. Votre croissance alimente notre croissance. Il y a de nombreux investissements, du commerce à faire, que nous pouvons développer ultérieurement.

Et a posteriori je suis ravi que la Grèce se soit élevée dans le passé contre toute idée de sanction à votre encontre. Nous avons l’expérience de ce genre d’inepties. J’aimerais le souligner, permets-moi mon cher Nikola, tu le sais bien, mais je vais le dire aux médias de nos deux pays: la Grèce se positionne fermement en faveur de la stabilité de nos deux pays et de nos relations. En faveur de l’intégrité territoriale et du non changement des frontières dans toute la région. En faveur de la souveraineté de chaque Etat dans son espace. Et nous sommes en faveur du cheminement euro-atlantique de tous les Balkans occidentaux.

Nous sommes profondément convaincus que l’intégration des pays des Balkans occidentaux – et notamment de notre pays ami au nord – dans les structures euro-atlantiques facilitera notre vie et contribuera au développement de la région tout entière.

Cette voie nécessite également que nous développions nos relations économiques, sociales et que nous surmontions les problèmes et tout irrédentisme existant et qui créé des problèmes géopolitiques inexistants, car nous n’avons pas de problèmes géopolitiques entre nous, nous n’avons pas de problèmes géostratégiques. Bien au contraire, nous avons des intérêts communs. L’irrédentisme transforme souvent nos intérêts communs en un combat, un conflit sur la civilisation, comme on le dit en sciences politiques.

C’est pourquoi, l’éducation des jeunes dans tous les pays de la région est très importante, mais aussi notre législation, nos symboles et dans ce sens j’aimerais souligner de nouveau que je suis heureux que le gouvernement de votre pays, tout comme notre gouvernement, veuille développer les mesures de confiance.

Pourquoi veut-il ces mesures ? Tout d’abord, pour renforcer les relations entre nos deux pays. Deuxièmement, pour que nos sociétés voient combien elles sont proches et pourquoi nous devons développer nos relations. Mais aussi pour renforcer notre confiance mutuelle. Aujourd’hui, nous ne sommes pas à l’époque– lorsque j’ai assumé le portefeuille des Affaires étrangères – où tout le monde pensait que votre Etat officiel voulait s’étendre jusqu’à Larissa et que nous voulions vous anéantir. Autrement dit, que nous allions vers une quatrième guerre des Balkans. Une description extrême de questions que nous voulons résoudre – et nous le ferons comme convenu – car nous sommes deux pays pacifiques. Nous croyons aux traités internationaux, au droit international, nous nous apprécions mutuellement et nous estimons positif que nous soyons voisins.

Et si parfois nous avons des problèmes, je dirais qu’il y a des voisins bien pires que vous ou que nous. Je dirais donc que nous avons plutôt de la chance. Car quels que soient nos problèmes, nous pouvons les résoudre et devons les résoudre avec franchise dans le sens que nous avons évoqué.

Nous avons lu et suivons avec grand intérêt les déclarations du nouveau gouvernement. Nous comprenons que l’époque n’est pas facile et qu’il faut du courage. Ce que nous appelons du courage social pour surmonter les problèmes du passé.

Vous connaissez cette phrase que je dis - qui est ma préférée - et que tout le monde utilise désormais, à savoir que l’histoire doit être une école, un guide pour un avenir positif et non une prison et c’est ainsi que Nikola et moi l’envisageons. D’ailleurs, nous portons le même nom. Nikolaos est issu de l’ancien nom Laonikos. Laos veut dire peuple et Niko celui qui vainc. Celui qui entraîne le peuple. Avec l’avènement du christianisme, Laonikos est devenu Nikolaos. Et en Grèce, le diminutif de Nikolaos est Nikos. Nous avons donc le même nom, c’est bon signe. Nous sommes d’accord. Nous considérons comme étant positif l’accord conclu entre notre pays ami et la Bulgarie et nous l’avons suivi avec intérêt. Nous avons dit également que nous pouvons résoudre avec la même rapidité certaines questions en suspens qui nous divisent.

Et la Grèce – je tiens à le redire publiquement – veut apporter son soutien avec son expérience. Car cette expérience nous l’avons acquise parce que nous avons rejoint la famille européenne en 1981 et avons adhéré à l’OTAN dans les années ’50. Nous voulons aider et nous répondrons à toute demande pour que soit parachevé tout processus vers l’Etat de droit, la modernisation, l’européanisation de notre voisin.

Nous aurons également tout à y gagner. Cela nous permettra de nous rapprocher du point de vue géographique des autres partenaires, du système euro-atlantique. J’aimerais vous dire une chose. Un acteur international m’a demandé : « pouvez-vous résoudre vos problèmes » ? J’ai répondu que dans la vie nous avons toujours des problèmes, même si vous savez que toute solution à un problème peut en engendrer un autre, mais plus développé. Plus contemporain, plus européen je dirais de nos jours.

Le problème n’est pas là. Le problème est que nous devons parler en toute franchise et dire, voulons nous résoudre les problèmes ? Nous, les gouvernements, les sociétés et les citoyens ? Dès le premier jour où j’ai assumé les fonctions de ministre des Affaires étrangères, et si je peux parler pour Nikola, nous voulons résoudre les problèmes dans l’intérêt de nos peuples et de nos pays.

Nous sommes deux Etats qui peuvent et doivent avoir des « relations gagnant-gagnant ».  Et je dis cela en toute sincérité et c’est dans ce sens que j’ai œuvré et je discute du règlement des problèmes et de la promotion des mesures de confiance, de la coopération transfrontalière, de la coopération entre toutes nos institutions.

Et dans ce cadre, au sein de l’Union européenne elle-même, nous insistons sur la promotion d’une culture des compromis et du consensus. C’est une expression qui est désormais – et je m’en réjouis – utilisée dans les documents européens ; il s’agit d’une culture qui porte sur l’Union européenne elle-même, sur les relations entre les Etats, ainsi que sur les relations intérieures dans chaque Etat membre.

Je voudrais aussi dire une autre chose du fond du cœur. La Grèce a connu une crise profonde, probablement la crise la plus longue de l’après-guerre au niveau mondial. Nous avons surmonté cette épreuve. Et en dépit de la crise, la Grèce demeure le pays le plus puissant de la région. Je ne le dis pas pour vanter mon pays mais pour signaler notre responsabilité à cet égard. Les plus riches ont beaucoup plus de moyens et de capacités et ils doivent être à la hauteur des responsabilités qui en découlent. La puissance n’est pas un privilège, ni un droit. Toutefois, dans le monde où nous vivons, notre puissance est une responsabilité et, de ce point de vue, nous voulons que tous les problèmes soient réglés et que notre pays voisin ait un parcours vers l’OTAN et l’Union européenne.

Nous voulons soutenir votre pays, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir car nous sommes aussi un pays de taille moyenne en Europe et un petit pays dans le monde. Nous ne disposons pas d’énormes capacités, mais nous voulons valoriser les capacités dont nous disposons aussi dans l’intérêt de nos voisins. Ainsi que notre expérience en tant qu’Etat membre de l’Union et celle en matière de sécurité. Mais nous avons beaucoup de choses à apprendre aussi de ce processus.

Le peuple de ce pays que je visite aujourd’hui – et je vous remercie de votre invitation – est un peuple fier. Un peuple qui est entrain de se façonner, un peuple qui, en dépit de ce que l’on affirme dans notre vie quotidienne, aime aussi notre pays. Chaque habitant de ce pays vient en Grèce en moyenne deux fois et demie par an pour passer ses vacances. C’est pourquoi je veux dire quelque chose, dont nous avons débattu, une fois, ici dans les Balkans, lors d’un débat public.

Ici, dans les Balkans, nous avons un grain de folie et un esprit un peu paradoxal. Il y a des pays qui se réveillent au son de la musique de l’autre et qui, une fois réveillés, l’insultent. Ensuite, nous sortons de chez-nous, nous allons prendre un petit-déjeuner typique de cet autre pays et après nous vantons ses mérites. Puis, dans l’après-midi, nous prenons notre déjeuner, nous discutons et nous disons que « nous sommes meilleurs, nous sommes un pays plus ancien, nous avons tel avantage et tel autre… ». C’est de la pure folie et une attitude paradoxale ! Mais cela est tout à fait normal.

Car notre vie personnelle ou celle des Etats n’est-elle pas faite de folie et de paradoxes? Mais au fond, si nous voulons parler en toute franchise, nous nous apprécions et aimons passer nos vacances sur les îles grecques ou à Chalkidiki. J’espère que les travaux pour la construction de la nouvelle route seront bientôt achevés – une société grecque a, parmi d’autres, une part de responsabilité à cet égard -  afin que tout le monde en provenance d’Europe du nord puisse se rendre dans votre pays et dans le nôtre.

Au fond, nous nous aimons, mais parfois l’amour est difficile et nous nous tourmentons sans raison.

Nous devons donc renforcer la confiance, régler nos problèmes de manière constructive, lutter contre l’irrédentisme qui fait que les gens, au lieu de danser au rythme d’une musique commune et d’apprécier les nombreux éléments de notre culture commune, de notre tradition culinaire,  se plaignent et se lamentent. Il ne s’agit pas seulement d’une expression à caractère politique, mais d’un mode de vie.

Je n’entrerai pas dans les détails. Je voudrais remercier Nikola de cette invitation et des bonnes discussions que nous avons eues et celles que nous aurons à l’avenir. Je voudrais le remercier de son hospitalité  mais je voudrais aussi vous remercier de l’intérêt dont vous manifestez à l’égard de nos points de vue et de la façon dont nous discutons avec votre pays.

Je pense que l’avenir appartient à notre coopération et nous devons faire preuve de courage et d’audace pour surmonter ces paradoxes et arrêter de nous plaindre pour que puissent se manifester nos sentiments d’amitié profonde. Il est bon que les peuples s’aiment et règlent leurs problèmes sans aucune hésitation.

Ce que j’entends par cela est que l’irrédentisme n’est pas le seul élément de la vie. Il y a aussi les bons sentiments et dans la vie quotidienne nos peuples partagent de nombreux sentiments profonds. Et c’est justement ces sentiments que nous devons cultiver et lutter contre l’irrédentisme. Je vous remercie.

JOURNALISTE : Vous avez dit que la Grèce s’intéressait à la stabilité des Balkans et vous avez demandé au gouvernement de Skopje de faire preuve de courage. Est-ce que la Grèce a assez de courage pour soutenir l’adhésion de l’ARYM à l’OTAN et procéder au règlement de la question du nom ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je vous remercie de votre question. La Grèce soutient le parcours euro-atlantique de tous les pays des Balkans. Il y a eu des pays des Balkans qui sont devenus des pays candidats à l’adhésion lors de la réunion au sommet de Thessalonique. Et l’adhésion de certains pays de la région qui sont des Etats membres de l’OTAN, a eu lieu sous la Présidence hellénique du Conseil de l’UE. Par conséquent, il n’est pas besoin pour nous de faire preuve de courage. Et je dis cela car cette attitude fait partie de notre politique. Ce n’est pas seulement le bien des autres qui nous motive. Nous agissons ainsi parce que nous pensons que cela est bon pour l’Europe et aussi pour l’avenir de notre pays.

Nous étions pendant des décennies entières le seul pays de la région à avoir adhéré à l’OTAN et à l’Union européenne. Ceci n’était pas non plus dans notre intérêt, car cela nous a séparés et éloignés des autres pays.

Pour ce qui est du parcours européen de notre pays voisin, nous voulons le soutenir et à l’aide des experts que nous avons, si on nous demande de les mettre à leur disposition, nous voulons transmettre notre savoir-faire et nos connaissances en la matière.

Notre expérience et nos connaissances ne comportent pas seulement nos points forts, mais aussi nos faiblesses, afin que les autres ne fassent pas les mêmes erreurs que nous.

S’agissant de l’OTAN, il y a les décisions de Bucarest et sur la base de ces décisions et de leur mise en application, ce pays deviendra membre de l’OTAN. La façon dont ces décisions de l’OTAN seront mises en œuvre ne relève pas de notre compétence, mais de ceux qui en décident.

En ce qui nous concerne, nous voulons que notre pays voisin au nord adhère à l’OTAN et à l’Union européenne. Mais nous voulons que cela se fasse conformément aux règles et aux modalités de l’Union européenne et de l’OTAN.


Et puisque je comprends que certaines fois il existe de fortes émotions à cet égard, lors du dernier conseil informel des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Malte, nous avons tenu une longue discussion sur la Turquie. Les Européens ont des doutes quant à l’adhésion ou non de la Turquie. Moi je dirai une chose :

C’est la Turquie qui décidera si elle veut ou non devenir un pays européen. Si la Turquie veut devenir un pays européen, elle deviendra un Etat membre de l’Union européenne. Si la Turquie ne le veut pas, tant pis…C’est à elle de décider. Et cela est valable pour tout pays souhaitant adhérer à la famille européenne.

Je pense que le pays dans lequel je me trouve aujourd’hui, il y a une direction animée par l’esprit européen, ayant une volonté européenne et, par extension, une perspective européenne. Mais le respect des règles, des critères et des modalités, ainsi que des décisions de l’OTAN constitue un élément de la perspective européenne. Ce n’est pas une question qui me concerne.

Aout 31, 2017