Éloge funèbre du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, lors de la cérémonie des obsèques de l'ancien président de la République de Chypre, Giorgos Vasilliou(Nicosie, 17.01.2026)

Éloge funèbre du ministre des Affaires étrangères, Giorgos Gerapetritis, lors de la cérémonie des obsèques de l'ancien président de la République de Chypre, Giorgos Vasilliou(Nicosie, 17.01.2026)

C’est avec une douleur sincère que je rends aujourd’hui, au nom de la République hellénique, un dernier hommage à l’ancien Président de la République de Chypre, Giorgos Vasilliou, un homme aux qualités exceptionnelles, aux distinctions et aux réalisations remarquables dans tous les domaines de sa vie. Un homme qui s’est distingué tout au long de son parcours par la douceur de son caractère, son esprit de conciliation et son intégrité morale.

En la personne de Giorgos Vasilliou coexistaient harmonieusement des qualités que l’on rencontre rarement réunies chez un même individu : de profondes racines démocratiques, une vaste érudition, l’amour des lettres et des arts, la raison autant que la vision, une ardeur exemplaire au travail et une présence avant-gardiste sur la scène politique. Il avait élevé l’art de la synthèse au rang de principe de vie, exprimant mieux que quiconque la doctrine aristotélicienne du juste milieu. Sur la scène politique, il sut coopérer de manière féconde et constructive, lorsque cela s’avéra nécessaire, même avec son grand adversaire politique, le regretté Glafcos Clerides, un geste qui confère un éclat immense à ces deux grandes figures de l’histoire contemporaine de Chypre.

L’œuvre de Giorgos Vasilliou à la présidence de la République de Chypre sera jugée par l’historien de l’avenir. Toutefois, trente-trois ans après la fin de son mandat, nous pouvons d’ores et déjà reconnaître certains jalons déterminants qui l’ont caractérisé. Il fut l’homme qui, par son œuvre modernisatrice et réformatrice, posa les fondations de la Chypre du XXIᵉ siècle : une Chypre vivante, dynamique et prospère, malgré la blessure profonde et encore béante de l’invasion et de l’occupation d’une partie significative de l’île. Permettez-moi d’évoquer tout particulièrement l’un des moments les plus emblématiques de son mandat : la fondation de l’Université publique de Chypre, un jalon majeur dans la longue et brillante histoire éducative de l’île. Sur le plan diplomatique, Giorgos Vasilliou s’est distingué par son attachement constant à une solution de la question chypriote fondée sur le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que par ses efforts inlassables pour mobiliser la communauté internationale en ce sens.

Trois décennies plus tard, la revendication d’une solution juste et viable à la question chypriote demeure d’une brûlante actualité, alors que l’image de Nicosie, seule capitale divisée d’Europe, reste une plaie ouverte, une honte pour la réalité européenne contemporaine. Chypre poursuit le combat juste de Giorgos Vasilliou en parfaite harmonie avec la République hellénique. Nous exprimons l’espoir que la récente revalorisation de ce dossier à l’agenda du Secrétaire général des Nations Unies conduira à des résultats tangibles au service de la paix, de la sécurité et de la prospérité à Chypre et dans l’ensemble de la Méditerranée orientale.

Cependant, les années ayant suivi l’achèvement de la présidence de Giorgos Vasilliou furent marquées par ce qui constitue peut-être l’opus magnum de sa contribution à l’histoire de Chypre, plus encore que son mandat à la plus haute fonction de l’État : son rôle de chef de la délégation de négociation pour l’adhésion de Chypre à l’Union européenne, avec la responsabilité de l’harmonisation et de l’application de l’acquis communautaire. Nous évoquons souvent, et à juste titre, la difficulté et l’importance politique de l’adhésion de Chypre à une époque où beaucoup la jugeaient irréalisable. Mais ceux qui connaissent le processus d’élargissement de l’Union européenne savent combien la dimension technique de l’adaptation à l’acquis communautaire est complexe et exigeante. Il s’agit d’un processus qui peut durer des années et maintenir un pays à l’écart de l’Europe pendant des décennies. Giorgos Vasilliou mena cette tâche à bien de manière exemplaire, si bien que Chypre était pleinement prête sur le plan technique lorsque le processus politique de son adhésion arriva à son terme.

Je me souviens de Giorgos Vasilliou déclarant, dans l’une de ses premières interventions après son élection à la présidence de la République de Chypre, qu’il était un homme optimiste. Cet optimisme, toutefois, ne relevait nullement de l’illusion. Il procédait au contraire de l’esprit positif qui caractérisait l’ensemble de sa personnalité et de son action, ainsi que de sa conviction qu’aucun combat ne doit être considéré comme perdu d’avance, tant que l’effort maximal n’a pas été consenti par tous ceux qui y sont engagés. Un patriote réaliste, loin des slogans faciles. La démagogie était pour Giorgos Vasilliou une notion étrangère.

Cher Président, tu nous as quittés, plongeant l’ensemble de l’Hellénisme dans la douleur. Mais tu es parti en des jours de grande importance pour l’Hellénisme, au cœur de la présidence chypriote de l’Union européenne, en des moments de fierté pour Chypre et pour l’ensemble du monde grec. Aujourd’hui, Chypre et l’Hellénisme tout entier te font leurs adieux comme à un fils digne, qui a laissé une empreinte indélébile sur l’identité contemporaine de l’île. Et il en va de même pour la mère patrie, la Grèce : ses habitants, les anciens qui ont connu ton époque, qui t’ont rencontré et ont collaboré avec toi, les plus jeunes qui t’ont découvert à travers les récits et les lectures, ainsi que les lieux - Vytina, terre d’origine maternelle, Mytilène, ville de ton enfance - que tu n’as jamais oubliés et que tu considérais toujours comme une part indissociable de ton parcours personnel.

À la respectable et belle famille de Giorgos Vasilliou, je transmets la gratitude éternelle de l’Hellénisme universel.

Immortel !

Janvier 17, 2026