Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, N. Dendias, au journal télévisé du soir de la chaîne de télévision Star (11.03.2020)

Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, N. Dendias, au journal télévisé du soir de la chaîne de télévision Star (11.03.2020)Propos recueillis par la journaliste M. Zacharea

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, commençons par l’incident survenu aux premières heures de ce matin à Kos, lorsqu’un navire des garde-côtes turcs a volontairement percuté un navire des garde-côtes grecs, comme l’indiquent les faits et sur la base de la vidéo y relative. On voudrait un premier commentaire à cet égard. Est-ce que vous, en tant que ministère des Affaires étrangères, envisagez de faire une démarche de protestation auprès d’Ankara ?

N. DENDIAS : Tout d’abord, cet incident est inacceptable car il est manifeste qu’il ne s’agit pas d’un fait fortuit, que deux navires sont par hasard entrés en collision. Il est manifeste que le navire des garde-côtes turcs a volontairement percuté le navire grec. L’ambassadeur de la Turquie a été convoqué cet après-midi par le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et on procédera à toutes les actions nécessaires. Toutefois, je voudrais être franc avec vous :  nous pensons que ce comportement provocateur de la Turquie est une tentative de cette dernière d’entraîner la Grèce dans cette voie. Nous ne sommes pas du tout disposés à suivre la Turquie sur ce chemin.

JOURNALISTE : Le Premier ministre a eu des contacts à l’étranger ces derniers jours et Tayyip Erdogan est reparti en Turquie sans avoir pu obtenir quelque chose de la part des Européens.  Que pensez-vous à ce sujet ? Pensez-vous qu’il y aura une escalade des tensions de la part de la Turquie à nos frontières maritimes et à Evros ?

N. DENDIAS : Je pense que le Président Erdogan n’a pas bien évalué les intentions de l’Europe. Il s’est rendu à Bruxelles muni d’une liste de demandes tout en pensant que ses demandes seraient satisfaites  en tant que contrepoids à ses propres concessions sur la question migratoire. L’Europe ne fonctionne pas de cette manière. Le Président Erdogan a plusieurs fois interprété les choses de manière erronée. Il est évident qu’une éventuelle réaction de la Turquie pourrait être une tentative d’alimenter les tensions dans le dossier gréco-turc. Nous nous attendons à cela. Mais, je le répète, nous n’allons pas nous laisser entraîner dans cette voie. Notre voie est la voie du droit et de la raison. C’est de cette manière que la Grèce met en avant ses positions. Nous n’allons pas changer les règles du jeu.

JOURNALISTE : Toutefois comment parviendrons-nous à résister aux pressions de la Turquie ? Avant-hier un autre incident est survenu à Evros lorsqu’un commando turc a tiré sur le côté grec. L’armée, la police se trouvent à la frontière mais  vu que les pressions sont fortes, pour combien de temps pourrons-nous les endurer ?

N. DENDIAS : Permettez-moi de vous dire que jusqu’à ce jour nous ne nous en sommes pas trop mal tirés. En dépit des tentatives, par divers moyens, volontairement ou non, de provoquer un incident, la partie grecque est extrêmement efficace dans la gestion de la situation. Tant les forces armées que la police et le corps de garde-côtes font preuve d’un haut niveau de professionnalisme et c’est de cette manière  que l’on doit gérer la situation. Si vous me demandez si la situation est agréable, elle ne l’est pas du tout. La situation est bien gênante et il y a bien des dangers. Toutefois, il est de notre devoir de maintenir notre attachement indéfectible aux intérêts nationaux et européens.

JOURNALISTE : Monsieur Stephanis a parlé d’une guerre sans balles. Est-ce que vous partagez ce point de vue ? C’est-à-dire que notre pays est confronté à une guerre hybride ?

N. DENDIAS : Ce mot est par lui seul très fort et très chargé.Par conséquent, en ma qualité de ministre des Affaires étrangères, j’éviterai de l’utiliser. Toutefois, il est tout à fait évident et il n’y aurait aucun sens de le nier, qu’une campagne de provocations est menée  vis-à-vis de notre pays et de l’Europe.

JOURNALISTE : Une dernière question. Ces dernières 48 heures, le coronavirus inspire de plus en plus la peur. Est-ce que cela vous préoccupe par rapport à la question migratoire ? Par exemple si des cas sont détectés à Moria ou à Vial ?

N. DENDIAS : Je ne suis pas en charge de la question migratoire. Je suis toutefois convaincu que les personnes responsables ont pris toutes les mesures nécessaires pour faire face à une telle situation. Si maintenant, me demandez si cela est extrêmement difficile, je vous répondrais que cela l’est bien évidemment. Mais que pourrons-nous faire ? Nous devons nous adapter à cette nouvelle situation et relever ce défi.

JOURNALISTE : Je vous remercie.

N. DENDIAS : C’est qui vous remercie.

Mars 11, 2020