JOURNALISTE : Une journée difficile, un week-end difficile pour l'hellénisme. Car oui, nous célébrons après-demain le 50e anniversaire du rétablissement de la démocratie, mais il s'agissait d'un autre anniversaire. Un jour noir de souvenir et d'honneur, bien sûr, à Chypre. Et ma question est la suivante. Cinquante ans après l'invasion, il y a eu de nombreuses tentatives de réunification de l'île, qui ont toutes échoué. Qu'est-ce qui vous a fait croire que votre gouvernement, avec le gouvernement Christodoulides bien sûr, pourrait atteindre cet objectif ?
G. GERAPETRITIS : Le problème chypriote, Monsieur Papachliminzos, est une priorité absolue de la politique étrangère grecque. Il l'a toujours été et le restera. Il y a un an, nous étions dans une phase d'inactivité relative, d'inertie, où le problème chypriote n'était pas abordé dans les enceintes internationales. Il était en quelque sorte en état d’hibernation. Depuis lors, une série d'événements ont ramené le problème chypriote au premier plan de l'attention internationale, au premier plan de la scène internationale. Aux Nations Unies, la question chypriote est désormais une priorité. Le Secrétaire général des Nations Unies s'en occupe personnellement et a nommé une envoyée personnelle, qui a également présenté son rapport.
D’un autre côté, les conclusions du Conseil européen de juin 2023 contiennent une disposition explicite permettant à l'Union européenne de suivre le problème chypriote à tous les stades de son évolution. Par conséquent, la question chypriote est désormais une politique majeure de l'Union européenne. Pour cette raison, et parce qu'un effort très systématique est en cours depuis un an, j'ai le sentiment qu'il y aura une mobilité sur la question chypriote. Le premier pas ne pourrait être que celui du dialogue, c'est-à-dire que les deux dirigeants s'assoient pour parler, toujours dans le cadre des résolutions des Nations Unies.
JOURNALISTE : Pourtant, Nikos Christodoulides et Kyriakos Mitsotakis le croient et le proclament. Tayyip Erdogan non seulement n'y croit pas. Il semble dire que tout cela est terminé. Et il a été très dur dans ses déclarations, tant samedi qu'hier. Mais il nous y a habitués de toute façon au cours des deux dernières années, puisqu'il a mis sur la table la soi-disant solution à deux États, solution qu'il ne retire pas de la table.
G. GERAPETRITIS : La réalité est que la partie turque a évolué au fil du temps vers une ligne plus extrême, une ligne d'égalité souveraine, qui signifierait en pratique la séparation de l'île. Nous pensons qu'il est important, à l'heure actuelle, d'avoir une discussion. Et nous comprenons tous que poser une condition préalable à ce stade, en dehors du cadre des Nations Unies, est inacceptable. Nous avons le sentiment, et nous le disons avec un optimisme prudent, que les prochaines étapes apporteront plus de mobilité. Je tiens à vous dire, Monsieur Papachlimintzos, que le fait que la question chypriote soit actuellement une priorité pour le Secrétaire général des Nations Unies, est particulièrement important. La Turquie a développé ses positions fermes. Mais il n'en reste pas moins que sans discussion, sans consultation, il ne peut y avoir de paix et de prospérité. Je pense donc qu'en fin de compte, les parties devraient s'asseoir, discuter et trouver une solution viable, acceptable et mutuellement bénéfique.
JOURNALISTE : Nous avons également assisté à une rencontre entre le Premier ministre grec et le Secrétaire général de l'ONU il y a dix jours à New York. Quelle est donc la prochaine étape ? Que Mitsotakis s’asseye à la table avec Mme Holguin, avec M. Erdogan ou bien autre chose ?
G. GERAPETRITIS : La première étape devrait être que les deux dirigeants, le Président de la République de Chypre et le dirigeant chypriote turc, s'assoient pour discuter, évidemment sous les auspices des Nations Unies et avec l'attention personnelle de l'Envoyée personnelle. Ensuite, si nécessaire, la Grèce est évidemment prête à offrir ses bons offices. En outre, je voudrais vous avouer qu’au cours de l'année écoulée, le ministère des affaires étrangères et moi-même avons déployé d'énormes efforts pour ramener le problème chypriote au premier plan de l'intérêt international. Il s'agit là d'un point particulièrement important. Nous pensons que l'inertie et l'immobilisme ne produisent jamais de mouvement. Au contraire, si nous sommes constamment en mouvement, la solution que nous recherchons tous, à savoir la réunification de l'île, peut se concrétiser.
Quelle est la différence ? Vous m'avez demandé pourquoi nous pensons que - alors qu’au cours des dernières décennies, au cours des 50 dernières années, il y a eu des efforts significatifs pour réunifier l'île – [pourquoi nous pensons que] cette mobilité actuelle pourrait également conduire à des résultats plus tangibles. La réponse est, d'une part, que la communauté internationale en a fait une priorité et, d'autre part, qu'il y a eu une amélioration relative des relations gréco-turques. Nous pouvons discuter sans nécessairement être d'accord. Nous avons accepté le fait que sur des questions fondamentales, il y a des différences de fond. D'un autre côté, nous pouvons aussi discuter de questions difficiles. C'est pourquoi je pense qu'il existe une fenêtre d'opportunité pour que nous puissions discuter. Et ce débat ne peut être qu’un débat basé sur le droit international.
JOURNALISTE : Cependant, il y a quelque chose de nouveau dans ces discussions, quelque chose que Tayyip Erdogan a dit avoir évoqué avec le Premier ministre grec lors de sa dernière rencontre. Tayyip Erdogan a déclaré à des journalistes turcs, à son retour des territoires occupés à Ankara, qu’il a dit au Premier ministre grec, tout d'abord, de remettre Nikos Dendias à sa place - j'aimerais avoir un commentaire à ce sujet - mais qu'il lui avait également dit qu’il ne s'attendait pas à quelque chose de semblable de sa part. Et le Premier ministre grec lui a répondu non. Il n’a pas exactement dit comment il lui a répondu mais Erdogan a compris qu'il n'y aurait pas de déclaration similaire à celle du ministre de la défense.
G. GERAPETRITIS : Les choses sont très claires, M. Papachliminzos. Les positions grecques sont formulées depuis des décennies, elles sont immuables et n'ont pas changé. Nous ne formulons pas notre politique étrangère et surtout nos positions nationales en fonction de la conjoncture. C'est pourquoi nous soulignons toujours la responsabilité historique de la Türkiye dans l'invasion et l'occupation illégale, ainsi que la présence de troupes turques. D'autre part, nous recherchons toujours le dialogue. Une démarche qui devrait toujours comporter des éléments de consultation et se fonder sur le droit international. Notre position est donc unanime, exprimée par le Premier ministre et par l'ensemble du cabinet et des ministres.
D'un autre côté, il est clair que dans la discussion qui peut avoir lieu entre les deux dirigeants, le Premier ministre grec et le Président turc, les questions qui ont trait aux grandes questions de politique étrangère, comme le problème chypriote, peuvent certainement être discutées. Mais je tiens à vous dire qu'il n'y a jamais eu de concession de la part de la partie grecque. Nos positions ne sont pas seulement des positions grecques, Monsieur Papachliminzos, ce sont des positions européennes. Et ce sont aussi des positions qui sont conformes au droit international. Par conséquent, nous pensons qu'en ce moment, nous sommes dans une position qui nous permet de défendre nos droits, non pas parce qu'ils expriment nos propres sentiments ou notre propre position immuable, mais parce qu'ils sont précisément l'essence du droit international. Nous continuerons à le faire.
Nous comprenons que la Türkiye ait une approche différente. Je tiens à vous dire que ce qui s'est développé au fil du temps et qui a été largement consolidé crée en effet un cadre de discussion très complexe. La position du Premier ministre et du gouvernement grec est très claire. Nous avons actuellement le droit international de notre côté. Nous avons la volonté, et je pense que le président de la République de Chypre l'a également souligné, d'améliorer les relations gréco-turques, ce qui ne peut qu'être bénéfique pour la question chypriote. D'un autre côté, nous comprenons qu'il n'y aura jamais de concession sur les principes fondamentaux.
JOURNALISTE : Cependant, pour en revenir aux déclarations d'Erdogan aux journalistes, lorsqu'il y a de telles déclarations du président de la Turquie concernant le ministre grec de la Défense, ne pourrait-il pas y avoir une réponse plus sévère et plus dure de la part du gouvernement grec à Ankara pour ces mêmes déclarations ?
G. GERAPETRITIS : Avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi de dire qu'il y a eu une réponse, qui était appropriée. Moi, M. Papachliminzos, je ne comprends pas cette notion de réponse dure, et nous ne pouvons pas non plus entrer dans une logique de dispute pour savoir qui sera le plus dur. Le gouvernement grec s'exprime avec des faits et des positions fermes, qui ont leur fondement dans le droit international. Ce genre de propos peu coûteux ne sont d'aucune utilité.
Et permettez-moi de vous dire autre chose. Je pense qu'à l'heure actuelle, la politique étrangère grecque peut être menée en termes de force. Car il est important de pouvoir s'asseoir pour discuter, d'être dans le forum de dialogue. D'autre part, pour pouvoir discuter et avoir du pouvoir, il faut avoir des conditions de pouvoir.
Ce n'est pas seulement que la Grèce se trouve actuellement dans une position diplomatique extrêmement forte, ayant acquis un capital diplomatique très important, tant au niveau bilatéral qu'au niveau multilatéral. Elle a une économie très forte, elle a une défense très forte. Nous développons l'ensemble de notre politique de manière à ce que la politique étrangère soit menée en termes de force.
Je tiens à vous dire ceci, car j'entends souvent dire que la Grèce mène une politique étrangère de conciliation. Il n'y a pas de débat plus futile que celui qui a lieu entre les politiques dures et douces, entre ceux qui sont les conciliateurs et les patriotes. Nous avons payé un lourd tribut à cela dans le passé. Ce que nous devons faire, Monsieur Papachlimintzos, c'est faire de notre politique étrangère une politique de force. Nous devons pouvoir écouter les grandes puissances, les grandes organisations internationales, nous devons pouvoir faire des représentations, nous devons être un membre non permanent du Conseil de sécurité, où toute la politique internationale est élaborée, et nous devons pouvoir occuper des positions clés partout. C'est pourquoi nous pouvons avoir une position forte lorsque nous débattons.
Permettez-moi également de dire, parce que j'ai étudié au fil du temps à la fois l'histoire de la question chypriote et les positions de la Türkiye sur ces questions. En effet, les positions exprimées par les parties turque et grecque ont été réitérées. Et je voudrais souligner en particulier le fait que, pour la première fois depuis la tragédie de Chypre, un Premier ministre grec était à Nicosie pour ce triste anniversaire. Ce n'est pas seulement hautement symbolique, c'est aussi une grande déclaration internationale, faite par le gouvernement grec de concert avec le gouvernement chypriote.
Mais je tiens à vous dire ceci. Les positions fermes ont été exprimées par les deux parties. Dans le passé, M. Papachlimintzos, nous avons vu des déclarations beaucoup plus dures du côté turc. Et je pense que si vous avez également recours aux archives historiques de la chaîne ERT, qui sont très riches, vous verrez que les déclarations du président turc étaient beaucoup, beaucoup plus dures. Cela ne signifie pas que les positions de la Türkiye ne sont pas confrontées à des questions importantes liées au droit international.
Je tiens à dire catégoriquement au peuple grec qu'en ce moment, la Grèce est à l’apogée de sa puissance, à l’apogée de sa force. Nous continuerons à mener notre politique étrangère avec prudence. Nous continuerons à mener une politique étrangère fondée sur des principes. Nous ne reculerons pas devant nos positions nationales. Avec de la force, de la conviction et l'aide du droit international, nous pensons que ces positions seront justifiées et que nous mènerons à la réunification de l'île.
JOURNALISTE : En dehors de Chypre, passons à deux autres questions, examinons nos positions et ce qui peut être fait à partir de maintenant. Nos positions sont contestées par deux voisins : l'Albanie et la Macédoine du Nord. Je commence par l'Albanie parce qu'avant-hier, Fredi Beleri, après avoir enfin prêté serment en tant que député européen, a pris son congé, est retourné en prison où il est toujours détenu en Albanie. Nous n'avons donc pas atteint notre objectif, qui était la libération de Fredi Beleri.
G. GERAPETRITIS : Vous comprenez que notre objectif est avant tout de sauvegarder les droits de notre minorité ethnique. Il s'agit de garantir l'application de l'État de droit par un pays qui souhaite devenir membre de la famille européenne. La Grèce a soulevé ces questions dès le début et dans tous les forums. Nous comprenons la position dans laquelle se trouve la Grèce pour pouvoir exercer une influence substantielle sur les États membres de l'Union européenne, mais aussi sur l'Union européenne elle-même. Malheureusement, au cours des deux dernières années, un an et demi après la condamnation de Fredi Beleri, de sérieux doutes ont été émis quant à l'État de droit, à la présomption d'innocence, mais aussi aux circonstances dans lesquelles ce procès s'est déroulé. Nous continuons à soulever cette question. Je pense que c'est un acte de bonne volonté que d'avoir permis à M. Beleri non seulement de prêter serment, mais aussi d'assister à tous les travaux du Parlement européen. M. Beleri a également présenté une demande de réduction de peine afin de pouvoir être libéré directement. Le gouvernement grec suit ce dossier de très près et met l'accent sur les questions qui se posent. Et vous pouvez être sûrs que ceux qui seront récompensés seront plus que récompensés.
JOURNALISTE : Donc, votre évaluation est, par exemple, que les prochaines élections - parce qu'il y aura à nouveau des élections, malheureusement, dans la municipalité de Himara - se tiendront sous un régime démocratique et libre, tel que défini par le droit international, l'état de droit.
G. GERAPETRITIS : Nous avons des élections le 4 août dans la municipalité de Himara, Monsieur Papachliminzos. Pour l'instant, il semble qu'il y aura deux candidats, tous deux d'origine grecque. Nous suivons cette question. Je répète que ce n'est pas seulement la demande de la Grèce pour des élections justes et libres, mais c'est aussi une demande du Conseil de l'Europe, qui surveille le déroulement de ces élections, et de l'OSCE. Nous comprenons donc que ces élections feront l'objet d'une attention tant de la part de la Grèce que de la communauté internationale. Je pense qu'il va de soi et que le moins que l'on puisse faire est que ces élections se déroulent dans des conditions démocratiques.
JOURNALISTE : Donc, chez notre autre voisin du nord, la Macédoine du Nord. Sur le papier, la direction politique du pays est toujours la Macédoine du Nord, dans les mots, c'est la Macédoine. Est-ce que c'est comme ça que ça va se passer à partir de maintenant ? Je ne sais pas si vous êtes en contact ou si vous voyez votre nouvel homologue au ministère des affaires étrangères et si vous vous attendez à quelque chose.
G. GERAPETRITIS : Tout d'abord, prenons les faits. Nous avons aujourd'hui l'accord de Prespès, qui a été approuvé et ratifié par les deux parlements. Il produit donc des effets juridiques qui ne peuvent être annulés par aucun des deux pays. En effet, l'accord de Prespès lui-même stipule expressément que la question du nom, c'est-à-dire le titre de la Macédoine du Nord, ne peut être révisée, même par un accord entre les parties. Cette disposition est éternelle. Nous comprenons donc qu'en ce moment, il y a une violation claire de la part des dirigeants politiques et de l'État. Et permettez-moi de dire que l'argument selon lequel un dirigeant politique ou étatique peut se référer, au-delà du cadre formel, à un autre nom pour son pays n'a aucune valeur juridique. En effet, cela constituerait une violation directe. Le Président ou le Premier ministre d'un pays ne peut pas, dans un discours public, invoquer l'autonomie privée. Cela ne tient pas, ni dans le droit constitutionnel national, ni dans le droit international.
L'accord de Prespès, comme nous l'avons dit à temps, présente des problèmes importants tant sur le plan juridique que politique. Mais pour l'instant, il lie tout le monde, et c'est quelque chose que nous exigerons. J'ai déjà fait un très grand effort, Monsieur Papachliminzos, pour que tous nos partenaires et toutes les organisations internationales disposent d'informations complètes et universelles. Et je peux vous dire qu'à l'heure actuelle, tout le monde est très préoccupé par l'attitude de la Macédoine du Nord.
Nous comprenons que si cette politique, qui est en contradiction directe avec les accords internationaux qui constituent la base de l'architecture de sécurité internationale, se poursuit, la partie grecque aura les moyens d'exercer une pression encore plus forte. Des moyens qui sont à la fois bilatéraux et multilatéraux au niveau des organisations internationales.
JOURNALISTE : Je vous ai interrogé sur le problème chypriote. Mais je ne vous ai pas interrogé sur le reste des discussions de Kyriakos Mitsotakis avec Tayyip Erdogan. Ils vont de rediscuter, si je ne me trompe pas, à New York en septembre, c'était prévu, au sommet des Nations Unies. Après un an et demi d'accalmie relative dans les relations gréco-turques, le gouvernement pense-t-il qu'il est temps d'aller un peu plus loin ? Et pour être clair, est-ce que ce petit peu plus loin pourrait être que les deux dirigeants s'assoient à New York et disent qu'il est peut-être temps de voir s'il est mûr de mettre la ZEE et le plateau continental sur la table, comment pouvons-nous arriver à une résolution ?
G. GERAPETRITIS : L'approche gréco-turque fait l'objet d'une évaluation permanente. Dans certains cas, il y a effectivement des régressions. Nous comprenons que les positions fondamentales des parties ne changent pas facilement.
D'un autre côté, nous comprenons également que des étapes importantes ont été franchies en termes de relations positives entre les deux parties. Il existe un agenda positif, qui comprend un certain nombre d'accords, principalement dans le domaine commercial. Des accords qui produisent des résultats mutuellement bénéfiques. Il existe une bonne entente au niveau du problème migratoire, de sorte que l'immigration illégale puisse être combattue à la source.
La coopération permet également d'arrêter les passeurs, les trafiquants d'êtres humains. Il existe une très bonne diplomatie citoyenne. À l'initiative du gouvernement grec, le ministère des affaires étrangères, en coopération avec le ministère de l'immigration et avec l'accord de la Commission européenne, nous avons mis en place un programme de visas sur place pour permettre aux citoyens turcs de visiter nos îles. Je tiens à vous dire que cette mesure a été très bien accueillie par les résidents des îles, les Grecs, qui voient également l'économie locale se développer rapidement. Mais il est également très important que les citoyens des deux pays soient en contact direct. Cela crée également les conditions d'une compréhension mutuelle.
Nous comprenons, bien sûr, que les problèmes sous-jacents, importants et substantiels, qui alimentent et multiplient les tensions, n'ont pas encore été mis sur la table. Je parle principalement de la délimitation des zones maritimes. C'est un sujet dont nous avons dit à plusieurs reprises que nous aimerions en discuter lorsque les conditions seront mûres.
JOURNALISTE : Elles ne sont donc pas encore mûres...
G. GERAPETRITIS : La maturité des conditions est liée à la fois à la mise en œuvre des accords et à la volonté des parties. Les dirigeants eux-mêmes, qui se réuniront en septembre en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies, feront le point et détermineront les prochaines étapes.
Je tiens à vous dire que le gouvernement grec est prêt à discuter des questions liées à la délimitation, tout en restant fidèle aux lignes fondamentales du droit international de la mer. Bien sûr, nous comprenons que ce sera difficile. Mais je veux vous avouer - et je pense qu'au regard de l'histoire, cela a été prouvé au fil du temps - que la seule façon d'avoir une paix durable, la prospérité, tant régionale que bilatérale, est de résoudre les questions liées aux zones maritimes et, bien sûr, au plateau continental et à la zone économique exclusive. Notre souhait est d'avoir une discussion dans la période à venir. Mais c'est quelque chose qui sera décidé au plus haut niveau.
JOURNALISTE : Avant de conclure, je voudrais vous demander votre avis sur l'évolution de la situation aux États-Unis. En effet, hier soir, nous avons eu la surprise, peut-être pas surprenante pour certains, du retrait de Joe Biden de la course à la présidence des États-Unis. Il a été, disons-le, une personne avec laquelle le gouvernement grec avait développé de bonnes relations à la Maison Blanche. Et en même temps, d'après les sondages, Je ne vous dis pas de faire de l'analyse électorale, mais il est fort possible que Donald Trump revienne à la Maison Blanche, et beaucoup à Athènes disent qu'il s'agit de quelqu'un qu'ils connaissent très bien, par exemple qu'il a une très bonne relation personnelle avec Tayyip Erdogan. Et il ne le cache pas, il le dit, mon ami Erdogan.
G. GERAPETRITIS : Permettez-moi de faire un commentaire de principe sur le retrait du président Biden de sa candidature à un second mandat. Je pense que c'était un choix, un choix sérieux et responsable de la part du président. Et nous sommes conscients qu'il s'agit d'un choix très personnel. Comme l'a écrit Nietzsche, le plus grand art est de savoir partir au bon moment. Et je pense que c'est dans ce contexte que le président Biden a subordonné toute vanité d'un second mandat au nom du bien, tel qu'il le concevait, de son parti et de son pays.
Je tiens à vous dire qu'en ce qui concerne les relations gréco-américaines, elles sont profondément enracinées à l'heure actuelle. Elles n'ont jamais été aussi bonnes. Je pense qu'elles ne seront pas affectées par les élections. Quelles que soient les bonnes relations personnelles qui peuvent exister entre un dirigeant et un autre, elles n'affectent pas les relations bilatérales institutionnelles qui se développent. Il existe des accords, qui sont extrêmement importants et à plusieurs niveaux.
Bien entendu, nous comprenons qu'une politique étrangère responsable, une politique de prudence et de circonspection, exige que nous soyons prêts à faire face à tous les scénarios. Et c'est exactement ce que nous faisons en ce qui concerne les États-Unis et toutes nos relations avec d'autres pays. Mais je suis profondément convaincu, et je vous le dis en toute connaissance de cause, qu'il n'y a aucune possibilité que les relations bilatérales soient affectées négativement.
Après tout, la politique étrangère grecque dispose de ces canaux pour discuter, non seulement avec les états-majors des dirigeants politiques, mais aussi avec le service, la diplomatie des États-Unis. Ces relations resteront donc bonnes et seront renforcées.
JOURNALISTE : Une dernière chose, personnelle, que je voudrais demander parce que je viens de m'en souvenir. Il y a eu récemment un certain nombre d’articles qui associent votre nom à celui du prochain commissaire de la Grèce à l'Union européenne. Est-il possible que vous quittiez le ministère des Affaires étrangères pour aller à Bruxelles pour le Berlaymont ?
G. GERAPETRITIS : Pour être honnête avec vous, je pense qu'il est absolument immodéré, alors que j'occupe un poste qui représente le plus grand honneur qu'un citoyen puisse avoir, celui de diriger la politique étrangère et la diplomatie grecque, d'aborder de telles questions. Je tiens à vous dire qu'à l'heure actuelle, il y a trop de questions en suspens, des questions nationales de grande importance, que nous devons traiter. Je resterai fidèle à ma position de ministre des affaires étrangères et j'espère que dans la période à venir, nous recevrons des signaux positifs à tous les niveaux qui nous préoccupent.
JOURNALISTE : Nous l'espérons et nous le souhaitons. Portez-vous bien, Monsieur le Ministre. Merci beaucoup d'être venu aujourd'hui à l'émission « SYNDESEIS ».
Juillet 22, 2024