2e réunion au sommet tripartite Chypre-Egypte-Grèce – Déclaration de Nicosie (29 avril 2015)

Nous, Nikos Anastassiadis, Président de la République de Chypre, Abdel-Fattah Al-Sisi, Président de la République arabe d’Egypte, et Alexis Tsipras, Premier ministre de la République hellénique, conscients des défis majeurs en matière de stabilité, de sécurité et de prospérité en Méditerranée orientale, au Moyen-Orient et dans la région élargie et reconnaissant la nécessité d'une réponse coordonnée et globale, nous sommes réunis à Nicosie, Chypre, le 29 avril 2015 à l'occasion de la 2e réunion au sommet tripartite Chypre-Egypte-Grèce afin de relever efficacement ces défis et de renforcer davantage notre coopération tripartite, dans le prolongement des progrès substantiels réalisés à ce jour.

La 2e réunion au sommet tripartite vient renforcer davantage notre coopération tripartite qui est d'ores et déjà axée sur des bases bien solides, tout en promouvant la paix, la stabilité, la prospérité et la coopération dans tous les domaines (politique, économique, commercial, culturel et touristique) en Méditerranée orientale. Dans ce contexte, nous reformulons la position commune de nos pays, telle que cette dernière est matérialisée dans la Déclaration de la réunion tripartite du Caire qui s'est tenue le 8 novembre 2014.  La présente coopération trilatérale peut servir de modèle à un dialogue régional élargi, par le biais, entre autres, d’une coordination et d'une coopération étroites dans le cadre des enceintes multilatérales et des efforts visant à promouvoir davantage les relations entre l’UE et le monde arabe.

Nous reconnaissons l'importance que revêt la Coopération euro-méditerranéenne pour les pays de la région. Plus particulièrement, nous soutenons pleinement les efforts consentis par l'Union pour la Méditerranée qui vont dans le sens de la croissance économique et du développement socioéconomique.

Nous soulignons et confirmons notre engagement précédent en faveur de la mobilisation de tous les moyens dont nous disposons en vue de promouvoir efficacement nos valeurs et nos intérêts communs. Le mécanisme de consultation tripartite qui est régulièrement convoqué à plusieurs niveaux a comme objectif de valoriser pleinement le potentiel de notre région dans l'intérêt des peuples de nos trois pays et de la région tout entière. Le fléau du terrorisme international menace le Moyen-Orient, l'Afrique du nord, la région du Sahel, l'Afrique subsaharienne, le Golfe et l'Europe.  La communauté internationale doit lutter contre cette menace universelle de manière cohérente, coordonnée et collective. Nous condamnons fermement tous les actes terroristes et invitons tous les Etats à lutter activement et efficacement contre cette menace et à accélérer la coopération en matière de sécurité, en vue d’éradiquer ces groupes et d’exposer leurs principaux défenseurs. Nous prenons note du communiqué émis lors de la dernière réunion au sommet de la Ligue des Etats arabes qui s'est tenue à Sharm Elsheikh, en Egypte les 28 et 29 mars 2015 et a porté sur la mise en place d'une force de réaction rapide arabe en vue de faire face de manière efficace à la menace terroriste. 

Nous sommes convenus d'accélérer la coopération en matière de contre-terrorisme, de défense/sécurité et d'engager un débat sur les informations existantes concernant ces questions en vue de lutter de concert contre le terrorisme et l'extrémisme violent et de promouvoir la sécurité régionale, la prospérité et la stabilité durables.

Les récentes réussites des forces irakiennes en Irak avec le soutien de la coalition internationale contre l'Etat islamique (ISIS) constituent des évolutions bien encourageantes. Toutefois, il parait que les défis majeurs demeurent, vu la capacité de l'Etat islamique à recruter des combattants ainsi que de ses dernières contre-offensives. 

S'agissant de la Syrie, nous continuons de soutenir les efforts de l'Envoyé spécial des Nations Unies, de Mistura en faveur d'un nouveau processus politique en Syrie et nous encourageons l'action collective sous l'égide des Nations Unies sur la base des résolutions 2174 et 2178 du Conseil de sécurité. Nous soulignons également la nécessité de continuer de soutenir les pays de la région qui sont touchés par les effets secondaires de cette crise et d'étendre notre soutien aux efforts de l'Egypte en vue de faciliter le consensus entre les groupes de l'opposition syrienne dans le but de promouvoir une solution politique à la crise syrienne conformément au Communiqué de Genève.

Nous exprimons notre profonde inquiétude face à la détérioration de la situation de sécurité en Libye et la menace terroriste grandissante dans le pays en question, ce qui a des conséquences sur la sécurité et la stabilité des pays voisins. Par conséquent, nous soutenons fermement l'application d'une stratégie contre le terrorisme parallèlement à l'engagement d'un dialogue politique, d'un processus de réconciliation nationale et à l'application des résolutions y afférentes du Conseil de sécurité et, plus particulièrement des résolutions 2213 et 2214. Nous exprimons notre soutien à la mission du Représentant spécial du S.G. des Nations Unies pour la Libye, Bernardino León et, dans le même temps, nous confirmons de nouveau notre position en faveur du soutien aux organes institutionnels légitimes, y compris au gouvernement actuel à El-Beida qui a été formé par la Chambre des Représentants jusqu'à la formation d'un gouvernement d'unité nationale.

L'aggravation de la situation au Yémen menace de déstabiliser la région du Golfe, la Corne de l'Afrique, la Mer rouge et la région élargie du Moyen-Orient. Nous exprimons notre soutien ferme au gouvernement yéménite légitime et à la préservation de son unité et de son intégrité territoriale. Les efforts consentis par les Nations Unies en vue de la réouverture des négociations avec la participation inconditionnelle de toutes les parties impliquées constitue la seule voie à suivre et nous saluons les efforts du Conseil de coopération du Golfe qui viennent compléter les initiatives des Nations Unies. Toutes les parties doivent appliquer pleinement les résolutions y afférentes du Conseil de sécurité des Nations Unies et plus particulièrement la résolution 2201 du 15 février 2015 et 2216 du 14 avril 2015. Nous soulignons la nécessité de lutter avec détermination contre la menace que représentent les groupes extrémistes et terroristes au Yémen. Par ailleurs, toutes les parties doivent assurer la protection des civils et permettre à la population civile d'avoir libre accès à l'aide humanitaire. 

Nous  appelons à une solution pacifique équitable, globale et pacifique au Moyen-Orient conformément aux résolutions y afférentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, en vue de l’établissement d’un Etat palestinien souverain, durable et contigu sur les territoires occupés depuis le 4 juin 1967 avec Jérusalem Est comme capitale, et qui coexistera dans des conditions de paix et de sécurité avec tous ses voisins, conformément aux positions et aux initiatives prises par l’Union européenne et la Ligue arabe.  Une telle solution est la seule garantie permettant d’éviter la récurrence des décès de civils innocents, la destruction et l’escalade de la tension. Nous soutenons de manière ferme la réouverture des négociations visant à parvenir à un règlement global sur la base de la solution à deux Etats. Dans le même temps, nous considérons que les efforts de l’Egypte pour parvenir à un cessez-le-feu durable à Gaza et à l'instauration de la paix au Moyen-Orient sont dignes d’éloges.

L'augmentation des flux migratoires constitue un défi majeur pour nos pays. Nous consentons à la mobilisation de tous les moyens dont nous disposons en vue d'éviter d'autres pertes de vie humaines en mer et de faire face aux faits générateurs de cette tragédie humaine à laquelle nous sommes confrontés en coopération avec les pays d'origine et de transit. 

Nous reconnaissons que la découverte d’importants gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale peut servir de catalyseur pour la coopération régionale.  Nous avons souligné que cette coopération sera mieux promue à travers l'adoption de la part des pays de la région des principes établis du droit international. Dans ce contexte, nous soulignons le caractère universel de la Convention des Nations Unies pour le droit de la mer et décidons d’avancer, dans les plus brefs délais, dans les négociations sur la délimitation de nos zones maritimes, là où cela n’a pas encore été fait.

Nous lançons par ailleurs un appel pour une solution équitable, globale et permanente à la question chypriote qui réunira l’île selon les principes du droit international, y compris les résolutions y afférentes du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une telle solution non seulement serait dans l’intérêt du peuple de Chypre dans son ensemble, mais contribuerait de manière déterminante à la stabilité et à la paix dans la région. Nous saluons la possibilité renforcée qui existe pour ce qui est de la réouverture des négociations et de l'application de mesures de confiance.

Nous sommes convenus d'examiner toutes les possibilités existantes en vue de renforcer les synergies entre nos économies dans le but de créer un environnement économique plus favorable au développement, de relever les défis d'un environnement économique international en constante évolution et de profiter ensemble de grandes opportunités offertes par notre région.

En reconnaissant que le tourisme et l'industrie maritime constituent des composantes d'importance vitale pour l'économie des trois pays et après la signature le 29 octobre 2014 de l'accord tripartite sur le tourisme entre Chypre, la Grèce et l'Egypte, nous sommes convenus de continuer d'œuvrer de concert en vue de faciliter et de renforcer notre coopération sur la réalisation de projets communs, avec la participation des entités du secteur public et privé. Ces projets comportent, entre autres, le développement de forfaits touristiques et de croisières, le renforcement des liaisons maritimes entre les trois pays pour le transport de marchandises et de passagers et l'établissement d'une coopération en matière d'éducation et de formation maritimes.

Nos pays, étant convaincus de l'importance stratégique de ce mécanisme tripartite, continuerons de coopérer étroitement en vue de valoriser le potentiel existant de leur coopération, dans l'intérêt de leurs peuples et de la région élargie.

Avril 30, 2015