Mesdames et messieurs,
C'est un grand honneur pour moi d'avoir été invité par la Société hellénique de droit international et des relations internationales pour proclamer l'ouverture de son congrès annuel. Malheureusement, et ce, contre ma volonté, je n'ai pu y assister en raison d'obligations parlementaires urgentes.
Je voudrais tout d'abord féliciter la Société pour sa contribution importante à la promotion du droit international ainsi que pour ses multiples initiatives - à travers aussi l'organisation de séminaires tel que celui d'aujourd'hui - qui promeuvent le débat scientifique en matière de relations internationales.
Le congrès de la Société se tient quelques jours avant le début de la 5e Présidence hellénique du Conseil de l'Union européenne. A un moment où l'Europe s'efforce de sortir de la crise économique et où un grand débat est lancé sur les enjeux des élections européennes imminentes.
L'Europe a besoin d'un nouveau récit qui l'aidera à se rapprocher de nouveau des grandes valeurs de la civilisation politique et juridique européenne. Un nouveau récit pour l'Europe de la Démocratie, de l'Etat de droit, des droits, de la civilisation multiculturelle, de la cohésion sociale, de la justice, de la création, de l'innovation.
Le débat sur la nécessité de préserver le modèle social européen, l'Etat de droit et l'égalité institutionnelle entre les Etats membres revêt une importance majeure. C'est-à-dire tous ces éléments qui, jusqu'à très récemment, étaient considérés comme acquis, mais qui ont considérablement été affectés au cours de la crise.
Car, malheureusement, la crise européenne a montré que le fonctionnement d'institutions et d'organes très importants de l'UE ne s'intègrent plus dans le cadre juridique prévu par les Traités, le cadre de l'égalité institutionnelle des Etats car il existe des pays qui décident et des pays qui sont obligés d'accepter des décisions. Par ailleurs, d'autres structures ont commencé à être opérationnelles - telles que la Troïka - qui ne sont pas prévues par les traités et lesquelles n'étaient pas à ce jour contrôlées ou amenées à rendre des comptes. Ces pratiques alimentent l'euroscepticisme, tout en posant clairement la question du fonctionnement démocratique de l'Union.
La Présidence hellénique, ressentant ce climat préoccupant et souhaitant contribuer activement à la lutte contre la crise et les nouvelles formes d’euroscepticisme, a adopté des priorités qui ne sont pas le produit d’une bureaucratie impersonnelle, mais constituent la réponse aux besoins et aux inquiétudes fondées des citoyens européens.
La première priorité de notre Présidence répond exactement à cela et dicte la croissance, la mise en œuvre de politiques au niveau paneuropéen visant à promouvoir l’innovation, les transports, la marine et le tourisme, des politiques qui créent de l’emploi et contribuent au maintien de l’Etat européen social.
Notre deuxième priorité est l’approfondissement des institutions de la gouvernance économique européenne et de la zone euro ainsi que la sauvegarde de notre monnaie unique. Le grand pari de ce semestre est la mise en œuvre de l’union bancaire. Après les décisions prises hier lors de l’ECOFIN, la question soulevée est la promotion du mécanisme européen unique de garantie des dépôts, afin que chaque Grec, chaque citoyen européen puisse se sentir en sécurité pour ce qui est de ses dépôts.
Notre priorité réside également en la protection des frontières européennes commune, la lutte contre l’immigration clandestine et la répartition équitable des charges et des responsabilités parmi les Etats membres.
Enfin, notre priorité horizontale, qui transcende toutes les autres priorités, est la politique maritime intégrée, qui donne lieu à un grand nombre d’initiatives, comme la croissance bleue, le tourisme, les sources alternatives d’énergie, la pêche et l’application en Méditerranée des dispositions de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer dans le but de valoriser les zones maritimes.
La Politique de sécurité et de défense commune est la principale thématique du Conseil européen qui débute aujourd’hui. Une thématique qui met en lumière la grande question des relations entre l’Union européenne et l’OTAN, les relations euro-atlantiques et, de manière générale, l’entité internationale et politique de l’Union européenne. La façon dont s’exprime l’Europe au Conseil de sécurité de l’ONU, sa participation aux grandes initiatives internationales sur les crises ouvertes, comme celle en Syrie, sa participation aux négociations cruciales, comme celle sur le nucléaire iranien, sont des questions devant être débattues de façon plus ouverte et directe au sein de l’Union européenne. Toutes ces questions revêtent un aspect juridique qui concerne le droit international, sa dynamique et son ingéniosité. Votre principal domaine d’action.
Je vous remercie pour votre invitation et vous souhaite tout le succès dans les travaux de ce congrès qui est l’enceinte par excellence permettant de lancer ce débat public tout aussi nécessaire qu’actuel.
Décembre 20, 2013