Allocution d’ouverture du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, D. Kourkoulas lors du colloque franco-grec sur la lutte contre la traite des êtres humains (Institut français)

Nous vous communiquons ci-dessous le texte du discours du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Dimitris Kourkoulas, lors du colloque franco-grec qui a été co-organisé aujourd’hui, jeudi 27 novembre, à l’Institut français par le ministère des Affaires étrangères (Bureau du Rapporteur national pour la lutte contre la traite des êtres humains) et l’Ambassade de France :

« Je voudrais tout d’abord souhaiter la bienvenue aux amis et collaborateurs, représentants de la France qui nous honorent de leur présence. Je voudrais également adresser mes remerciements les plus chaleureux au cher Monsieur l’ambassadeur qui a pris cette initiative louable d’unir nos forces et nos expériences afin de contenir enfin ce phénomène de la traite des êtres humains et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Je voudrais également souhaiter la bienvenue aux autres personnes qui ont contribué à l’organisation de ce colloque et tout particulièrement à la Coordinatrice de l’UE chargée de la lutte contre la traite des êtres humains, Mme Vassiliadou, laquelle, en coopération étroite avec le nouveau Commissaire aux migrations, M. Avramopoulos et le Réseau des 28 Coordinateurs de l’UE, ont mis en place un front dynamique doté d’une vision et d’un plan d’action bien définis et qui a pour objectif de changer la situation actuelle en matière de protection et d’assistance aux victimes, de punir de façon exemplaire les trafiquants ainsi que de prendre des actions de prévention contre le « trafficking », par le biais des campagnes visant à la sensibilisation de la société et à la formation continue des entités impliquées dans ce processus.

Sans aucun doute, au niveau politique il existe une très grande mobilité. La Directive et le Plan d’action de l’UE, le Protocole de l’ONU, la Convention du Conseil de l’Europe, le Plan d’action de l’OSCE ainsi que l’implication de l’Organisation internationale des Migrations, attestent de l’intérêt et de la mobilisation de la communauté internationale dans ce domaine.

Cela atteste également de nos engagements légaux et de notre volonté politique pour ce qui est de l’application d’une stratégie novatrice axée sur l’identification des victimes et l’assistance apportée à ces dernières. Toutefois, dans le même temps, l’ampleur de ce rassemblement atteste de la puissance, de l’originalité et de la capacité d’adaptation des réseaux de trafiquants, de passeurs et d’exploiteurs des êtres humains.

Le « trafficking » n’est pas une activité criminelle neutre du point de vue social. Il revêt un caractère clairement social tant dans les pays d’origine que dans ceux de destination. Dans les pays d’origine, on constate que les victimes du « trafficking » appartiennent aux classes sociales les plus défavorisées. Les trafiquants choisissent leurs victimes parmi les armées de pauvres et de désespérés. Et dans les pays de destination, on constate le même phénomène. Les victimes du « trafficking » sont automatiquement classées sous la catégorie sociale inférieure et font partie d’une zone grise, elles sont déchues de leurs droits du travail, privées de leur identité et du soutien des réseaux sociaux et familiaux.

Ces victimes forment en quelques mots, une classe de prolétariat moderne, laquelle bien évidemment, entre en conflit, involontairement, avec les groupes sociaux respectifs dans les pays de destination. Et si à cela, on ajoute les conditions actuelles liées à la crise économique dans notre pays, on a un mélange explosif. Par conséquent, si, avant la crise on était, en tant que société et Etat, bien motivés pour organiser notre lutte contre les réseaux du « trafficking », aujourd’hui notre motivation est considérablement renforcée et la nécessité devient impérieuse.

Chers amis,

Les trafiquants agissent au-delà des frontières, des lois et des préjugés nationaux. Leur objectif est le profit et leur marchandise, l’Homme. Des milliards de personnes sont traitées comme des esclaves et comme des marchandises.

Les trafiquants abusent, soit au moyen d'enlèvements, soit par des moyens frauduleux, des personnes désespérées dont le rêve de s’affranchir de la pauvreté se transforme en le pire des cauchemars.

Le « trafficking » porte atteinte à la dignité humaine, aux droits de l’homme fondamentaux, corrompt les consciences tout en incitant à la corruption, sape la sécurité et la croissance internationales et tire d’énormes profits qui financent le crime organisé.

La crise économique mondiale alimente ce phénomène sous la forme d’une coercition qui fait que la victime « accepte » sa situation car cette dernière n’a ni le choix ni la possibilité de s’affranchir de la pauvreté.

Malheureusement, les réseaux criminels de passeurs sont souvent un pas en avant par rapport aux mécanismes de répression, aux structures de solidarité sociale publiques et aux organisations humanitaires. Leurs armes sont les énormes profits qu’ils tirent et qu’ils « blanchissent » à travers des entreprises légales ainsi que leur possibilité de se présenter sous un profil social irréprochable.

Toutefois, leur pire arme est ledit « smiling trafficking ». Un processus attentatoire à la dignité de la victime laquelle cesse progressivement d’espérer et de revendiquer sa liberté.

Si l’on veut démanteler les réseaux de trafiquants, il faut offrir les incitations prévues par la loi en matière d’identification et d’assistance aux victimes en vue de pouvoir coopérer avec ces dernières, une coopération qui nous sera précieuse pour les coupables punir de façon exemplaire.

Chers amies et amis,

Il y a quelques jours nous avons célébré dans notre pays la Journée mondiale contre la traite des êtres humains. C’était, avant tout, une journée de réflexion sur les milliards de victimes de la traite des êtres humains. Une journée consacrée à toutes ces personnes vulnérables qui souffrent dans le noir et en silence, les victimes invisibles d’ « un crime invisible ». Un crime qui est classé au niveau mondial dans la catégorie des « crimes rares », dont les entrées ne dépassent pas les faibles taux d’homicides en Islande.

Mais comment un crime qui fait des milliards de victimes peut-il être « invisible » et « rare » ? En effet, c’est sous nos yeux que ces femmes, ces hommes, ces petits enfants sont « vendus et achetés » contre quelques euros. Le crime, mes chers amis, est « invisible » car on ne cherche pas à trouver ces personnes car on ne s’intéresse pas à les identifier comme victimes de la traite des êtres humains.

Ceux qui acheminent vers les marchés de l’Occident des « produits de consommation » humains de toute sorte, bafouent la dignité de leurs victimes pour que ces dernières ne puissent pas demander de l’aide et renoncent à tout espoir. Afin qu’elles acceptent leur destin. Toutefois, dans cette chaîne de la honte, le maillon le plus important n’est ni la victime, ni le trafiquant, mais le client. Et, malheureusement, les clients sont des milliers et vivent parmi nous.

Il s’agit donc d’une exploitation opaque et muette. Mais le silence est assourdissant ! Nous voulons renverser la situation et bon nombre d’entre vous viennent renforcer notre espoir et notre optimisme à cet égard.

L’objectif de la Grèce est de figurer parmi les pays qui jouent un rôle de premier plan dans la campagne internationale de lutte contre les formes modernes d’esclavage et elle s’acquitte pleinement de ses obligations dans le cadre de la nouvelle législation européenne particulièrement novatrice. Dans notre pays, une aide et un soutien sont offerts aux victimes, par le biais de programmes de la Commission européenne et du CRSN visant à former les organismes co-compétents à un système commun d’identification, d’orientation et de référence des victimes, à une base de données nationales et à une coopération systématique avec la société civile et le secteur privé.

Aujourd’hui, au-delà de nos partenaires étatiques et internationaux et des organisations de la société civile, nous voyons que la culture et l’art du théâtre sont ici, mobilisés dans cet effort commun de sensibilisation de la société. Nous les félicitons, car la coopération avec le monde de la culture et de l’art constitue une plateforme idéale de réflexion sur nos responsabilités vis-à-vis de l’exploitation de groupes sociaux vulnérables et sans défense. Et aussi sur notre sensibilisation et notre contribution dans la lutte contre cette exploitation de l’homme par l’homme.

En appliquant le plan d’action de l’UE au cours de ces prochains mois, nous voulons en faire de même avec le secteur privé, par le biais de la coopération du Réseau grec de la responsabilité sociale avec notre autorité de coordination qui est le Bureau du rapporteur national pour la lutte contre la traite des êtres humains. Nous unirons nos forces pour créer une « empreinte sociale », sensibiliser les consommateurs à ce problème et appliquer une politique de tolérance zéro.

Au moyen de l’initiative « Ecole sociale » du ministère de l’Education, nous travaillerons avec les enseignants pour enseigner les droits de l’homme à l’école. Nous voulons créer des consciences jeunes et lutter contre les stéréotypes qui alimentent des niveaux élevés de « demande » et de tolérance à l’exploitation de l’homme par l’homme, avant qu’il ne soit trop tard.

Nous voulons travailler avec les collectivités locales et nous avons débuté avec les municipalités, en promouvant la coopération des municipalités de Londres avec Athènes et Thessalonique.

Nous voulons exercer des pressions au niveau politique, au moyen de comités informels composés de députés et d’eurodéputés sensibilisés à ce sujet.

Nous voulons beaucoup et tout ce que nous voulons faire s’avère peu par rapport aux tragédies qui se produisent au quotidien tout autour de nous.
Enfin, je pense que nous tous souhaitons transmettre un message de soutien et d’espoir, en cette période difficile de crise qui risque de voir notre vision d’une société juste, humaine et solidaire, anéantie ».

Novembre 27, 2014