Honorables invités,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec un grand honneur doublé d’une joie immense que je vous souhaite la bienvenue au ministère des Affaires étrangères.
La manifestation d’aujourd’hui marque l’initiative du ministère des Affaires étrangères de mettre en lumière, au moyen du volume intitulé « Les Justes de Grèce parmi les Nations », un aspect de l’histoire de l’Occupation –malheureusement largement méconnu - qui concerne 327 citoyens grecs qui portent le titre honorifique de « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé, au péril de leur vie, des compatriotes juifs.
Pendant la seconde guerre mondiale, la Grèce a payé un lourd tribut – non proportionnel à sa taille – pour la liberté dont nous jouissons aujourd’hui. Après avoir combattu jusqu’au bout contre les envahisseurs, notre pays a souffert en raison de la faim, des crimes perpétrés contre la population et de la résistance courageuse contre les forces d’occupation.
La persécution des Juifs grecs compte, à mon sens, parmi les crimes les plus abominables commis par les forces de l’Axe en Grèce.
Les chiffres sont éloquents : avant la seconde guerre mondiale, la communauté gréco-juive florissante comptait plus de 75 000 Juifs, parmi lesquels 67 151 ont perdu la vie. En dépit du fait que l’Holocauste a littéralement décimé la communauté juive de Thessalonique – puisque sur les 56 000 Juifs grecs de la communauté sépharade la plus nombreuse d’Europe, seuls 1 950 ont été sauvés – les Juifs vivant à Athènes, Ioannina, Larissa, Corfou et Rhodes ont connu la barbarie des Nazis.
Tous ceux qui ont réussi à survivre aux persécutions et à l’Holocauste, y sont parvenu, dans la plupart des cas, grâce à l’aide d’amis, de voisins, voire de hauts fonctionnaires de l’époque. La meilleure façon pour nous d’appréhender l’ampleur morale réelle de ces actions de bravoure est de réfléchir sur la barbarie inédite de cette période sombre.
Néanmoins, nonobstant le courage de nombreux Grecs chrétiens – pas seulement ceux que nous honorons aujourd’hui, mais d’autres dont nous ne connaitrons sans doute jamais le nombre exact – 86% de la population juive grecque a été exterminée dans les camps nazis. Ainsi, notre pays s’est vu amputé d’une partie vitale de son polymorphisme traditionnel.
Mesdames et Messieurs,
La Grèce participe activement à toutes les initiatives internationales et prend toutes les mesures nécessaires au niveau national, dans le but de consolider des politiques contre la xénophobie, le racisme et autres formes de discriminations, y compris l’antisémitisme.
Le gouvernement grec condamne directement et prend les mesures appropriées contre les actes d’intolérance et d’antisémitisme, conformément aux principes et valeurs grecs et au droit européen et international. Ce n’est pas un hasard si notre pays compte parmi les pays européens ayant le moins d’actes d’antisémitisme. En outre, aucun de ces incidents sporadiques n’a entraîné des violences physiques – un fait reconnu par la communauté grecque juive.
Par ailleurs, l’Etat grec a adopté et appliqué, ces dernières années, une série de mesures et d’initiatives en faveur de la communauté juive. Dans ce contexte, trois initiatives législatives majeures ont été prises, sur la base desquelles :
i. Les citoyens israéliens nés en Grèce avant 1945 peuvent réacquérir leur nationalité grecque [Loi 4018/2011 (article 13)].
ii. Une indemnisation a été versée à la communauté juive grecque pour l’ancien cimetière juif de Salonique (Loi 3143/2011 (article 45)]
ii. La chaire d’études juives à l’Université de Thessalonique a récemment été réhabilitée.
Par décision du Parlement grec, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste est célébrée chaque année, le 27 janvier, avec l’organisation de manifestations à travers tout le pays et la participation officielle du gouvernement grec. Force est de noter que cette année, lors de la journée dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, le président de la République hellénique a inauguré un monument portant les noms des « 327 Justes de Grèce parmi les nations ». Il convient de préciser que, hormis la France, la Grèce est le seul pays européen à honorer de cette façon ses « Justes ».
Des monuments de l’Holocauste ont été érigés à Athènes et Thessalonique, dont un monument consacré à l’ancien cimetière juif dans l’enceinte de l’Université Aristote de Thessalonique.
Par ailleurs, nous participons activement à des organisations internationales et des réunions consacrées à l’Holocauste. L’Etat grec collabore étroitement avec le Musée de l’Holocauste à Washington DC, tandis que le Musée d’Auschwitz accueille une exposition grecque permanente.
Dans ce contexte, le service des archives diplomatiques et historiques du ministère des Affaires étrangère a entamé, en 2000, un effort pionnier louable de publication dans le but de mettre en lumière certains aspects de l’histoire des communautés juives de notre pays, en particulier leur contribution considérable au progrès de notre patrie.
Cette nouvelle publication du ministère des Affaires étrangères – la troisième de la série – démontre les liens fraternels indéfectibles qui ont uni et continuent à unir les Grecs de conviction chrétienne et juive, prouvant de ce fait qu’il existe en Grèce une mémoire nationale et des valeurs morales.
Dans le même temps, nous accomplissons notre devoir historique, national et moral. Nous sauvegardons notre société – et je me réfère avant tout à la jeune génération – contre le danger permanent de l’ignorance, de la falsification de l’histoire et de l’oubli des atrocités qui ont stigmatisé notre patrie et l’humanité tout entière.
Mesdames et Messieurs,
Les hommes sont capables du meilleur et du pire. L’Holocauste constitue l’exemple le plus frappant de cette vérité.
Au-delà de l’honneur due aux victimes, la vigilance sans faille, la sensibilisation et l’éducation sont la seule voie permettant de prendre conscience des pires crimes que l’humanité est capable de commettre afin de mobiliser le meilleur que nous portons en nous.
Défendant avec vigueur et constance les valeurs de notre civilisation, notre droit de vivre dans une société démocratique fondée sur l’égalité des droits, nous réussirons à écarter définitivement les voix de la haine, du racisme, de l’antisémitisme et de l’intolérance qui, malheureusement, continuent de menacer nos sociétés modernes.
Je vous remercie de votre attention.
Mai 30, 2016