Appel conjoint pour l’abolition de la peine de mort
« Une justice qui tue n’est pas la justice. Convaincus que l’inhumanité est inhérente à la peine de mort, les ministres des Affaires étrangères des 42 pays cosignataires du présent appel, s’opposent à l’application de la peine de mort en toutes circonstances et en tout endroit du monde. La peine de mort est une atteinte grave à la dignité humaine et son application est liée à un grand nombre de violations des droits de l’homme des condamnés et de leurs familles. En outre, la peine de mort n’a aucun effet positif sur la prévention des crimes et sur le renforcement de la sécurité publique et ne peut en aucun cas réparer les torts causés aux victimes et à leurs familles. Forts de cette conviction, nous saisissons l’occasion de la 11e Journée mondiale contre la peine de mort pour réitérer notre attachement sans faille au Mouvement pour l’abolition de la peine de mort en Europe et dans le monde entier.
L’objectif de notre appel n’est pas de donner une conférence, mais de partager avec vous notre expérience et nos convictions. Si nous devions tirer une leçon de l’histoire de l’abolition de la peine de mort dans divers pays, c’est que le chemin est encore long et semé d’embuches. La peine de mort n’a pas été abolie du jour au lendemain. Son abolition a été le résultat d’une prise de conscience accrue de l’opinion publique et d’un effort collectif permanent et continu. C’est au prix d’immenses efforts et de façon progressive que le nombre d’exécutions a diminué, la liste des crimes punis par la peine de mort s’est raccourcie, la justice est devenue plus transparente, des moratoires de facto ont été obtenus et – finalement – la peine de mort a disparu. Telle est la voie que devront suivre les pays qui continuent de pratiquer des exécutions au nom de la justice.
Tant les pays, que les particuliers devront faire preuve de la même détermination pour abolir la peine de mort et c’est l’un des messages de cet appel aujourd’hui. La voie vers l’abolition de la peine de mort n’a pas été pratiquée par des sociétés fermées ou des pays coupés du reste du monde. Grâce à des discussions éclairées et à l’échange continu d’idées entre nos pays et nos sociétés, la peine de mort a été presque abolie en Europe aujourd’hui.
Le Conseil de l’Europe et la Convention européenne des droits de l’homme ont contribué de manière déterminante à la suppression de la peine de mort. L’entrée en vigueur, il y a 10 ans, du Protocole n° 13 de ladite Convention relatif à l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances, est un exemple éloquent. Aujourd’hui, nous représentons 42 des 44 pays qui ont ratifié le Protocole n°13 et appelons instamment tous les Etats membres du Conseil de l’Europe qui ne l’ont pas encore fait à venir se joindre à nous. Nous engageons vivement le dernier Etat en Europe qui continue d’appliquer la peine capitale à adhérer à un moratoire mondial sur l’application de la peine de mort comme moyen d’aboutir à son abolition.
L’exemple de l’Europe souligne le rôle fondamental que jouent les organisations régionales et multilatérales dans l’effort consenti en vue d’abolir la peine de mort. L’abolition de la peine de mort dans de nombreux pays américains, africains et asiatiques atteste du caractère universel de ce droit. Elle souligne également la nécessité de faire passer un message politique fort et de faire participer l’ensemble des sociétés à ces efforts. Dans cet esprit, nous devons utiliser la dynamique du 5e congrès mondial contre la peine de mort qui s’est tenu à Madrid, en juin, l’année dernière. Nous réitérons ces principes aujourd’hui car nous entrons dans une phase cruciale du processus d’abolition de la peine de mort au niveau mondial.
Aujourd’hui, une cinquantaine de pays seulement continuent d’autoriser la peine capitale, alors qu’il y a vingt ans ce chiffre était quasiment le double. Comme l’indiquent les résolutions des Nations Unies, une majorité croissante d’Etats soutiennent l’application d’un moratoire mondial sur l’application de la peine de mort. Cette tendance positive nous donne à espérer que les prochaines générations pourront vivre dans un monde sans peine de mort et nous incite à consentir des efforts communs en vue de soutenir les pays dans leur cheminement vers son abolition universelle ».
Octobre 10, 2013