Article de S. Lambrinidis, ministre des Affaires étrangères intitulé « La Grèce, le Kosovo et la perspective européenne des Balkans occidentaux » et publié au journal du Kosovo « Koha Ditore »

Article de S. Lambrinidis, ministre des Affaires étrangères intitulé « La Grèce, le Kosovo et la perspective européenne des Balkans occidentaux » et publié au journal du Kosovo « Koha Ditore »

Ma visite au Kosovo a lieu dans une conjoncture aussi cruciale que difficile pour le Kosovo et la région tout entière qui est notre voisinage direct. Je suis ici pour avant tout souligner l'importance qu'accorde la Grèce à la perspective européenne du Kosovo.

Les événements récents ont exacerbé les tensions et soulignent la nécessité impérieuse de faire preuve de modération et de consentir des efforts de réconciliation et de compréhension, deux éléments qui sont la pierre angulaire de la paix et de la stabilité. Or, des développements récents inspirent l’optimisme : les accords conclus à Bruxelles pendant les pourparlers entre Belgrade et Pristina – des pourparlers que la Grèce soutient fermement – notamment ceux concernant les tampons douaniers et les cadastres. Ces accords contribueront à améliorer les conditions de vie des peuples des deux parties et constituent un pas important vers l’intégration européenne de la région.

L’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE constitue le fondement de la politique et de la vision de la Grèce pour cette région. Membre depuis longtemps de l’UE et de l’OTAN et d’autres institutions euro-atlantiques, la Grèce s’emploie à instaurer la stabilité, la sécurité et la croissance dans la région en consolidant les relations de bon voisinage et en respectant les principes fondamentaux du droit et de l'ordre internationaux - tels que définis par la Charte des Nations Unies - et en intégrant pleinement notre région aux institutions européennes et euro-atlantiques.
Dans ce contexte a été inaugurée ladite initiative «Agenda 2014». Nous voulons, d’ici 2014, garantir le parcours des Balkans occidentaux vers l’UE et l’ « Agenda 2014 » a justement comme principal objectif de raviver la perspective européenne des Balkans occidentaux. La dynamique de cette perspective s’est dans une certaine mesure affaiblie en raison de la « fatigue de l’élargissement » au sein de l’UE et est venue se greffer à la baisse d’intérêt pour les pays des Balkans occidentaux. Cela était dû à une absence de calendrier précis pour l’adhésion à l’UE et, dans certains cas, à l’opportunisme politique prévalant au niveau intérieur. Notre initiative a pour objectif de renverser ces deux tendances négatives.
Dans le cadre de l’ « Agenda 2014 », la Grèce propose de convoquer une conférence au sommet UE – Balkans occidentaux, autrement dit une sorte de « Thessalonique II » pendant la présidence grecque de l'UE en 2014. Notre objectif est, dans le cadre de cette conférence au sommet, d'adopter une déclaration politique qui visera à définir une date butoir réaliste et ambitieuse pour l'intégration des pays des Balkans occidentaux.

Reconnaissant que chaque pays sera jugé en fonction de sa propre valeur, cette date butoir contribuera considérablement au changement et au progrès pour tous. Elle constituera une motivation au changement et un point de référence dans l’évaluation des gouvernements de la région. Elle sera l’engagement vivant de l’Europe en faveur de l’adhésion des Balkans occidentaux à la famille européenne.

Quelle est la position du Kosovo dans cet agenda ? La réponse à cette question va de soi : l’avenir du Kosovo est au sein de la famille européenne. Et les 27 Etats membres de l’UE se sont engagés pour l’avenir européen du Kosovo et investissent en grande partie dans cet avenir, en offrant leur assistance et leur soutien aux efforts que vous consentez pour l’adoption et l’application de ces réformes nécessaires. Le Kosovo doit également poursuivre ses efforts en adoptant des mesures et des politiques visant à garantir son avenir européen. Nous ne devons pas oublier que ces réformes contribueront à améliorer considérablement chaque aspect de la vie des citoyens.
Promouvoir l’avenir européen signifie aussi coopérer avec les institutions européennes, notamment celles du Kosovo. Par conséquent, la coopération maximale du Kosovo et de l’EULEX revêt une importance capitale : l’Europe est étroitement liée à l’instauration du droit.
Le respect et la protection de toutes les communautés religieuses et ethniques au Kosovo – et notamment des minorités – revêtent une importance cruciale dans le cadre de l’UE. Et dans un tel contexte, la Grèce, ses partenaires européens et la communauté internationale dans son ensemble accordent une importance particulière à la protection du patrimoine religieux et culturel de l'Eglise orthodoxe serbe au Kosovo.

Le peuple du Kosovo peut compter sur le soutien de la Grèce, pays ami et voisin. Nous respectons les sensibilités de toutes les parties s’agissant du Kosovo, tandis que nous suivons une politique visant à faciliter le développement de relations d’amitié et de coopération entre nos peuples. La politique des visas que nous appliquons est un exemple probant : nous délivrons depuis longtemps des visas pour les titulaires de passeports du Kosovo.
Cette politique a été élaborée en vue de promouvoir les contacts entre les peuples. Nous encourageons vos visites en Grèce, à des fins touristiques, commerciales ou éducatives. Nous encourageons également les Grecs à venir visiter le Kosovo, notamment ceux qui souhaitent y investir ou développer une activité professionnelle, contribuant ainsi à la création d’emplois et de conditions de prospérité pour le peuple du Kosovo.
La question des transports entre la Grece et le Kosovo est etroitement liee a une autre question qui revet une importance majeure pour le peuple du Kosovo, a savoir la liberalisation du regime des visas. Avec nos partenaires europeens, nous encourageons et soutenons la procedure d’adoption de mesures qui vous permettront de realiser cet objectif. La Grece a joue un role particulierement constructif dans la question de la liberalisation du regime des visas pour le Kosovo et notre position concernant le regime des visas n’a jamais ete un obstacle a cela. L’instauration de la stabilite et de la prosperite dans les Balkans – notre region commune a l’histoire mouvementee – revetent un interet crucial pour la Grece. L’Histoire continue de nous influencer tous. Notre devoir commun est egalement de trouver les moyens d'avancer, d'ecrire notre Histoire pour ne pas devenir les otages de cette Histoire.

Septembre 8, 2011