Article du ministre des Affaires étrangères, S. Lambrinidis paru au journal KATHIMERINI et intitulé « Le rôle de la Grèce dans le « Printemps arabe » (04.09.2011)


Le voisinage sud de l’Europe et la Grèce sont secoués par un séisme politique. Ce sont des changements que la communauté internationale n’avait pas prévus. Nous avons tous été confrontés à une situation d’urgence qui était imprévisible.

Chaque cas est unique. Toutefois, les événements ont tout de suite prouvé qu’il y avait un facteur commun : l’exigence des peuples de la région en faveur de plus de démocratie et de chances égales face au progrès, à la croissance et à la prospérité.

C’est dans une situation d’urgence que le gouvernement a été invité à gérer une crise internationale qui aurait pu avoir des conséquences dangereuses pour la Grèce.

Nous devions dans un premier temps porter assistance à nos compatriotes qui étaient en danger. Nous avons réussi et nous avons rapatrié des centaines de Grecs qui se trouvaient en Egypte et en Libye.

Dans le même temps, nous avons fortifié le pays en appliquant, avec nos partenaires et alliés, des plans visant à contrôler une hausse éventuelle de la pression migratoire.

Nous avons valorisé la position stratégique du pays et nous avons renforcé notre arsenal diplomatique

Nous avons mis la Crète et ses infrastructures à disposition pour que puisse se dérouler l’une des plus grandes opérations d’évacuation de l’histoire contemporaine. Des milliers de ressortissants chinois ont fui les horreurs de la guerre en passant par notre pays, tandis que trois soldats hollandais - les seuls soldats occidentaux à avoir été arrêtés par les forces du régime - ont pu regagner leur pays.

Nous avons mis à disposition des installations militaires pour que puissent se dérouler des opérations conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce n’était pas seulement une obligation que nous avions en tant qu'alliés, mais un choix conscient pour protéger les civils menacés par le régime de Kadhafi, au moment crucial où Benghazi a été assiégé.

Dans le même temps, nous avons investi dans la diplomatie. Nous avons soutenu le rôle prépondérant de l'ONU et nous avons gardé ouverts des canaux de communication cruciaux. Nous avons suspendu le fonctionnement de l’ambassade de Grèce à Tripoli, tout en poursuivant nos contacts et nous avons été parmi les premiers pays à avoir établi une présence diplomatique à Benghazi et un contact avec le Conseil national de transition. Bientôt, le drapeau de l’ambassade de Grèce flottera de nouveau à Tripoli.

Notre participation, dès le début, au groupe de contact international sur la Libye a réaffirmé la reconnaissance internationale du rôle de la Grèce.

Nous avons assuré notre présence au cœur du monde arabe

Nous avons revalorisé nos relations institutionnelles avec la Ligue arabe, où nous avons acquis le statut d'observateur. En Egypte, nous avons commencé très tôt à jeter les bases de notre relation avec la nouvelle direction politique. Des hauts fonctionnaires grecs ont été les premiers Européens à visiter le Caire après le changement et à rencontrer des représentants de l'ensemble de l'échiquier politique égyptien. Nous avions alors fait un investissement politique juste qui a d'ores et déjà porté ses fruits. Nous avons renforcé les liens avec des pays clés comme le Qatar ou les Emirats arabes unis, en faisant des visites fréquentes.

Le lendemain de la crise
En Libye, la normalisation de la situation prévaut, sans représailles qui marqueraient de leur sceau la cause juste des insurgés. Les richesses naturelles du pays, qui jusqu'à présent constituaient une malédiction pour le peuple, doivent devenir une bénédiction. Au lieu d’être un outil visant à enrichir la masse, elles doivent devenir un outil de croissance pour les plus nombreux. La transparence est nécessaire ainsi que le respect de la souveraineté du pays et la bonne gestion.

La Grèce s’est employée dès le début à lancer un processus de transition fiable, qui mènerait à la gouvernance démocratique. Or, la question de la couverture des besoins humanitaires est le pari le plus urgent à relever. A Paris, nous avons annoncé que la Grèce était capable d’accroitre immédiatement de 50% l’alimentation en eau de Tripoli, par le biais de son réseau national, l'EYDAP. La Crète, en raison de sa position géographique et de ses infrastructures demeure un point de référence pour l'effort humanitaire international.

La situation en Syrie ne peut se poursuivre ainsi

Le régime attaque ouvertement ses citoyens. Or la violence entraîne la violence. L’expérience a montré que les dirigeants qui s’opposent au changement n’obtiendront pas gain de cause. Nous avançons prudemment, car les conséquences régionales dans le cas de la Syrie peuvent être particulièrement déstabilisatrices pour l’ensemble du Moyen-Orient. Une chose est claire : le régime de Bachar el-Assad qui applique une politique de répression et de violence haineuse, se dirige vers une impasse.

La résolution équitable du problème palestinien est une nécessité impérieuse

Le problème palestinien qui perdure a une influence sur la stabilité dans la région. Les Palestiniens doivent enfin avoir la patrie qu'ils méritent. Les Israéliens doivent enfin vivre dans des conditions de sécurité qu’ils méritent également. La solution proviendra du processus de paix. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, la diplomatie européenne doit garantir l’union des forces et non un conflit. Cela est possible.
La Grèce entretient des relations amicales traditionnelles avec la Palestine et une nouvelle relation forte avec Israël. Nous nous entretenons avec les deux parties afin que la question palestinienne soumise à l'ONU soit l’occasion d’un début nouveau. Leur réussite sera la nôtre.

L’Europe doit être présente le lendemain de la crise

Pour que la démocratie puisse être florissante et que les changements se consolident, la croissance est nécessaire et les peuples de ces pays doivent pouvoir profiter du dividende social. Nous ne parlons pas d’une aide économique européenne. Nous parlons d’un immense investissement que l’Europe fera dans son voisinage sud, en tenant en définitive compte de son propre intérêt à long terme. Ici, la Grèce peut jouer un rôle particulier qu'elle revendiquera.

Septembre 4, 2011