Nous communiquons ci-dessous un article du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères E. Vénizélos publié aujourd’hui dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung :
La Grèce a assumé la Présidence du Conseil des ministres le 1er janvier 2014, pour la cinquième fois depuis son adhésion à l’Union européenne en 1981, dans une conjoncture particulièrement importante pour le parcours de l’Europe, à quelques mois des élections pour le nouveau Parlement européen et au moment où le débat est lancé, au niveau européen, sur le cheminement et l’avenir du projet européen. Un débat fondamental sur la garantie du modèle social européen de démocratie, de l’Etat de droit, mais aussi de l’égalité institutionnelle des Etats membres, des notions et des réalisations qui jusqu’à présent étaient considérées comme acquises mais qui, sur fond de crise économique, de xénophobie menaçante et d’euroscepticisme, commencent à être contestées.
Consciente de ce climat et souhaitant contribuer activement à la lutte définitive contre la crise européenne, la Présidence hellénique a élaboré ses priorités en se fondant sur les besoins et les préoccupations des citoyens européens. La Présidence est d’ailleurs une occasion pour la Grèce de rappeler qu’elle est un Etat membre de l’UE « normal », égal du point de vue institutionnel et qui, lors de ses présidences antérieures, a contribué de manière décisive à l’élargissement de l’Union européenne et à son développement institutionnel.
La première priorité de la Présidence hellénique est la promotion de politiques qui donneront une impulsion à la croissance et à l’économie réelle, avec notamment le soutien aux secteurs jugés cruciaux pour la création d’emplois, le chômage étant le grand problème dans la plupart des pays membres.
La deuxième priorité est l’approfondissement des institutions de la gouvernance économique et la protection de la monnaie unique. L’accent sera mis sur la mise en œuvre des décisions du Conseil européen (19-20 décembre 2013) sur la création d’une union bancaire, sans inégalités internes et formes de concurrence déloyale sur le marché bancaire.
La troisième priorité est la protection des frontières européennes communes, avec notamment la gestion de l’immigration légale et la lutte efficace contre l’immigration illégale. Le sud européen et notamment les pays méditerranéens de l’Union subissent d’énormes pressions et sont confrontés à des crises humanitaires, comme la tragédie de Lampedusa, mais aussi à des problèmes de sécurité qui concernent l’ensemble de l’Europe.
Enfin, notre priorité horizontale est la mise en œuvre d’une politique maritime intégrée qui assurera la promotion de la croissance bleue, de la pêche, du tourisme, des transports maritimes, des sources alternatives d’énergie et valorisera les zones maritimes et les dispositions y relatives du droit international de la mer, conformément à l’étude y afférente de la Commission européenne.
Le semestre de la Présidence hellénique coïncide avec la reprise de l’économie grecque d’une crise qui a alimenté, au cours de ces sept dernières années, une récession cumulée de 25% du PIB et a vu le chômage exploser à 60%. Grâce aux sacrifices de ses citoyens, la Grèce – en dépit de cette récession de plusieurs années – a réussi à enregistrer un excédent primaire structurel de plus de 6% du PIB, mais aussi un excédent primaire nominal. Il s’agit d’une des meilleures performances européennes. Son déficit budgétaire sera en 2014 clairement en dessous du seuil européen de 3%. Dans le même temps, elle a fait d’importants pas dans le sens du regain de sa compétitivité, grâce à des changements structurels courageux concernant son système d’assurance, le marché du travail et l’administration publique.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Présidence hellénique elle-même a été conçue de sorte à pouvoir fonctionner avec des moyens particulièrement modestes, avec un budget de tout juste 50 millions d’euros, le plus maigre de toutes les présidences de ces cinq dernières années. Cette économie de ressources sera atteinte, non au détriment de l’efficacité et de la mise en œuvre des programmes d’actions de la Présidence hellénique, mais en valorisant au mieux les ressources humaines de l’administration publique et en centralisant la quasi-totalité des rencontres en un seul lieu à Athènes.
L’histoire de notre continent nous a enseigné que la clé à la gestion réussie des crises a toujours été l’esprit d’unité au niveau des dirigeants et des sociétés. Convaincus que cette unité n’est pas seulement théorique, mais une aspiration bien réaliste que nous devons tous suivre, nous commençons notre présidence, animés d’un sentiment de responsabilité à l’égard des préoccupations légitimes des citoyens européens, mais aussi d’un sentiment d’optimisme que les Européens, unis, pourrons réussir. Car, comme le dit la devise de notre Présidence, « l’Europe est notre quête commune » et « Ensemble, nous irons plus loin ».
Janvier 3, 2014