Conférence de presse conjointe du ministre délégué aux Affaires étrangères, N. Xydakis et du ministre des Affaires étrangères des Pays Bas, B. Koenders lors de la visite des six ministres des Etats membres de l’UE à Athènes (MAE, 09.04.2016)

Ν. XYDAKIS : Bonjour. Je vous remercie de vous être donné la peine de venir ici et d’écouter les quelques mots, oh combien essentiels, que nous, ministres des Affaires étrangères et européennes de six pays d’Europe avons à vous dire. Cette visite et le travail accompli ont une particularité, une originalité et une valeur qui, je l’espère, seront prouvés à l’avenir. Premièrement, parce que comme nous l’espérions, ils attestent de la solidarité concrète, ils prouvent ce que signifie faire de la politique sur le terrain, là où le problème se produit et là où l’on tente de trouver des solutions. Comme l’avait dit le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas et président du Conseil, Bert Koenders au moment de l’annonce du premier accord dans le courant du mois de mars, « le diable est dans les détails ». Je pense que c’est ce que les ministres sont venus chercher : les détails, voir la situation de près et voir ensemble ce que nous faisons de juste, les erreurs que nous commettons, ce qu’il reste encore à faire.

Cette visite informelle est, à mon sens, l’une des choses les plus concrètes qui se soient produites au niveau transeuropéen en Méditerranée orientale depuis le début de la crise des réfugiés. Car d’une part, elle est couverte politiquement par des ministres et des hommes politiques élus et, dans le même temps, elle présente un savoir-faire accru et une volonté politique très ciblée.

Je pense que c’est une manière d’apprendre à travailler, à tirer des leçons politiques in vivo, sur le terrain et non in vitro, c'est-à-dire en élaborant des politiques dans un laboratoire. Les think tank sont bons, mais ici nous parlons de la pratique. Ici les gens rencontrent des gens, on leur pose des questions difficiles et ils sont contraints de donner des réponses difficiles. Depuis hier soir jusqu’à aujourd’hui c’est ce qui se passe. Des questions difficiles sont posées, des réponses difficiles données, en toute honnêteté, on apprend, on s’informe et il y a la volonté d’apprendre. Je pourrais tirer deux, trois conclusions de cette expérience petite, certes, mais oh combien précieuse. Premièrement, nous comprenons – à l’occasion de ce projet particulièrement ambitieux, radical et difficile qu’est le plan d’action commun entre l’UE et la Turquie – que l’histoire elle-même, la nécessité historique et les besoins pratiques nous imposent de nous diriger dans la pratique vers des formes d’union politique. Ces formes d’union politique, qui font l’objet de discussions depuis de nombreuses années aux Conseils, à Bruxelles et dans les capitales nationales, avancent très peu. Ici nous sommes contraints d’appliquer une politique commune d’asile et sans avoir institué un système d’asile européen commun, nous commençons à travailler pour nous conformer aux valeurs européennes, à l’acquis européen, au droit international pour les réfugiés et pour être dans le même temps pratiques et efficaces. J’ai eu le plaisir de constater que nous sommes sur la même longueur d’ondes avec mes collègues et les ministres et qu’ensemble nous ferons face au problème. Il y a une deuxième leçon politique que nous tirons de ce projet tout aussi ambitieux que nouveau. Nous faisons face à un nouveau problème qui nous fait réfléchir du point de vue politique, à savoir comment trouver un nouveau mode de coexistence constructive et créative entre les Etats membres de l’Union européenne supranationale et les institutions des organisations non gouvernementales, à savoir la société civile. C’est également un défi que nous pose l’histoire elle-même et je pense que nous sommes désormais sensibilisés sur la question, que nous sommes prêts à relever ce défi, à réfléchir et à commencer par apporter des solutions. Il n’y a pas qu’une seule réponse, il n’y a pas qu’une seule solution, toutefois, nous sommes prêts désormais, nous savons et n’avons aucune excuse pour dire que nous ne savions pas et là encore il y a ces détails dont je parlais et le diable qui est dans les détails. C’est la nécessité historique elle-même qui nous place devant les problèmes et nous contraint à apporter les solutions les plus constructives.

Je pense qu’à l’heure actuelle nous comprenons tous que devant le problème immense de l’instabilité géopolitique qui affecte la région élargie de la Méditerranée et du Moyen-Orient, nous, Européens devons apprendre non seulement à nous serrer les coudes, à réfléchir ensemble, à changer nos vues ensemble, à casser les stéréotypes et à aller vers plus de compréhension mutuelle. Je pense en avoir assez dit. A ce stade, j’aimerais donner la parole à Bert Koenders qui, avec Harlem Désir, a eu l’initiative, la première idée que nous avons embrassée, nous, ministres présents, mais aussi Mme Margarida Marques, ministre des Affaires européennes du Portugal qui, il y a quelques jours, nous a accueillis très chaleureusement à Lisbonne, Miroslav Lajčák, qui est ministre des Affaires étrangères de la Slovaquie, qui assurera la prochaine présidence de l’UE et qui assume d’ores et déjà des responsabilités. Bert Koenders est le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, qui apprend beaucoup de ce projet dont il a eu l’initiative. Harlem Désir vient pour la cinquième fois à Athènes. Il connaît bien ce projet commun ainsi que les affaires européennes. Sandro Gozi qui a également effectué plusieurs visites à Athènes, qui connaît bien les affaires du pays et qui est un fervent défenseur et ami de la Grèce.

Je passe la parole à Bert.

B. KOENDERS : Merci beaucoup Nikos. Je suis heureux de me trouver ici avec sept ministres des Affaires européennes et étrangères, six qui ne sont pas grecs et un grec, pour faire face à ce défi commun. Hier, aujourd’hui et demain serons dans la région pour discuter de solutions à la question des réfugiés. Hier, nous avons été chaleureusement reçus par le Président de la République et le Premier ministre de la Grèce. J’aimerais remercier le ministre délégué, M. Xydakis pour l’organisation de ces discussions qui porteront sur la façon dont nous allons nous soutenir mutuellement pour faire face à cette crise commune. Au nom de mes confrères, j’aimerais dire que la Grèce joue un rôle clé dans cette crise des réfugiés et des migrants puisque les réfugiés et migrants économiques viennent d’abord en Grèce. Le peuple grec est un peuple accueillant qui fait face à des défis de taille. J’aimerais non seulement remercier les autorités grecques, mais aussi exprimer ma gratitude au peuple grec.
Heureusement qu’ils ne sont pas seuls. L’Union européenne est à leur côté et leur offre son aide. Ce n’est pas un problème que la Grèce doit affronter seule. C’est une affaire européenne commune et, en l’espèce, notre solidarité doit être exprimée non seulement en théorie mais aussi dans la pratique. C’est ce dont nous avons discuté aujourd’hui. Nous devons envisager la question conjointement, il ne s’agit pas des frontières de la Grèce seulement, mais des frontières européennes. C’est pourquoi, l’UE est active sur le terrain, dans la mesure du possible, là où cela est nécessaire. Nous, en tant que présidence néerlandaise, nous faciliterons et encouragerons ces efforts. Nous devons faire face à des questions de développement des moyens opérationnels, à des questions juridiques et les résoudre. Différents pays collaborent avec la Grèce pour résoudre ces problèmes conjointement. Il s’agit d’une question complexe, revêtant plusieurs facettes. Nous avons envoyé un groupe de Hollandais à Lesbos et à Chios pour aider à l’enregistrement des migrants entrant en Grèce. Nous contribuons également à garantir une aide humanitaire. Mais il est de notre responsabilité commune de faire preuve de solidarité et nous le faisons concrètement. C’est pourquoi nous sommes ici, hier et aujourd’hui. Nous traitons des détails, non seulement en théorie mais aussi dans la pratique. Ce sont des questions humanitaires auxquelles nous faisons face, comme convenu d’ailleurs, au niveau européen sous la houlette du gouvernement grec. La Grèce a besoin d’experts, d’interprètes, d’experts juridiques. Elle a besoin également d’engagements de la part des autres pays s’agissant de la question de la relocalisation. Nous avons visité des centres d’accueil, nous avons vu de quoi il en relevait, nous accélérons maintenant nos efforts. Par ailleurs, nous suivons de près les évolutions en Turquie. Certains d’entre nous se rendront en Turquie aujourd’hui. Je suis ici avec des collègues, en Grèce pour évaluer la situation, voir comment les réfugiés et les migrants sont traités et comment les retours sont organisés dans certains cas. Nous avons écouté très attentivement les préoccupations de la Grèce et connaissons bien le travail titanesque que fournissent les autorités grecques.
Au cours des deux derniers mois, nous avons été témoins de scènes bouleversantes sur les plages grecques. Des hommes continuent de mettre leur vie en péril pour se rendre en Europe. Ils sont exploités par les passeurs. Les hommes tentent de passer par-dessus des barbelés pour arriver en Europe. Nous ne voulons plus revoir ces scènes, jamais plus. Car elles sont contraires aux valeurs européennes, aux traités et aux conventions que nous avons signées. Nous voulons que ces hommes qui quittent les zones de conflit soient traités avec respect et dignité. Et c’est l’essence même de l’accord entre l’UE et la Turquie, mettre fin à l’exploitation, aux réseaux de passeurs, que ces personnes cessent de mettre leur vie en péril et que nous apportions enfin une solution à l’accueil des réfugiés. Cette semaine, 320 migrants illégaux sont retournés en Turquie, en deux fois. C’est un bon début, je dirais, dans l’application de l’accord. Dans mon pays, nous avons d’ores et déjà accueilli 34 migrants directement de Turquie, notamment des familles. La Finlande et l’Allemagne en font de même et c’est le sens même de l’effort de relocalisation de migrants, depuis la Turquie directement, de migrants dans d’autres pays européens. J’espère que le plus dur est passé, nous avons désormais des développements positifs devant nous. L’accord n’a pas été conclu facilement, nous continuons les efforts, nous devons assurer un traitement humain, digne aux migrants et aux réfugiés. Cela étant, toute demande sera examinée à titre individuel conformément aux standards valables au niveau international. J’aimerais dire deux choses avant de terminer et dont nous avons parlé aujourd’hui. Premièrement, la situation des mineurs non accompagnés. C’est une question de priorité absolue qui nécessite une action immédiate. Comme l’a d’ailleurs dit M. Xydakis, nous avons parlé de coopération avec des Organisations internationales et des organisations non gouvernementales. Je pense qu’il est très important que nous tous, conjointement, les organisations internationales, les autorités grecques, la communauté internationale et la société civile, que nous œuvrions ensemble pour affronter la crise. Nous savons tous que l’accord ne résout pas le problème des réfugiés en soi. Il y aura toujours des personnes qui voudront immigrer en Europe. Mais cet accord est un bon début. Il est très important. Par ailleurs, nous devons éradiquer la racine de ce phénomène, les causes de l’immigration, nous devons faire quelque chose pour les populations déplacées, faire face aux guerres au Mali, en Syrie, créer de meilleures perspectives d’avenir pour ces personnes et leurs familles. Des pays comme la Libye ont besoin d’aide pour pouvoir retomber sur leurs pieds, faire face aux organisations criminelles et aux passeurs. Nous devons également garantir de meilleures perspectives financières à ces personnes. J’aimerais à ce stade remercier encore une fois, au nom de la délégation, le ministre délégué, M. Xydakis.

Je suis à votre disposition pour vos questions.

JOURNALISTE : Une question pour le ministre hollandais des Affaires étrangères, M. Koenders. J’aimerais savoir si vous êtes satisfaits, en tant que pays qui exerce la présidence semestrielle de l’UE, de la façon dont le plan de relocalisation est appliqué. Vous avez parlé des réfugiés qui ont rejoint votre pays directement depuis la Turquie, mais je ne me réfère pas seulement à votre pays, je me réfère également à tous les Etats membres qui devront participer à ce projet.
Quel message transmettez-vous à la Turquie en vue de votre visite aujourd’hui dans ce pays ?

Et une dernière question qui se rapporte au référendum organisé dans votre pays. Pensez-vous que ce référendum aura des conséquences sur l’avenir de l’Europe, notamment en une période aussi cruciale en raison du problème des réfugiés ? Merci beaucoup.

B. KOENDERS : Je vous remercie. Tout d’abord, je voudrais dire que concernant la question de la relocalisation et de la réinstallation, je pense que certains de mes collègues veulent aussi prendre la parole car je sais que de nombreux pays participent actuellement aux programmes de solidarité européenne tout en assurant son efficacité. Tel est le rôle de cette délégation ainsi que de la présidence, c’est-à-dire assurer que tous les pays prennent des engagements suffisants afin que les processus de relocalisation et de réinstallation soient couronnés de succès. Le seul moyen d’arrêter les passeurs est de créer une route légale, comme convenu avec les leaders européens, mais aussi de faire preuve de solidarité dans les autres domaines aussi.

S’agissant de la deuxième question de savoir si nous sommes satisfaits de ces aspects, ma réponse est affirmative. Le début est excellent car une fois que les retours ont commencé entre la Grèce et la Turquie, il y a eu des vols organisés à destination de différents pays, tels que l’Allemagne dans le but de réinstaller les demandeurs d’asile qui étaient en Turquie conformément à la formule « one-to-one ».

Pour ce qui est du referendum dans mon pays, nous allons évaluer le résultat. Il s’agit d’un nouvel instrument démocratique dont nous disposons aux Pays-Bas. La participation a dépassé le minimum de 30% nécessaire pour la validation du scrutin et il a y eu aussi une forte abstention. La majorité a voté contre l’accord d’association avec l’Ukraine. Nous avons certaines préoccupations et nous allons en discuter avec nos partenaires européens ainsi qu’avec l’Ukraine pour voir comment nous allons procéder. Je voudrais vous assurer pour ma part que cela ne signifie en aucune manière que nous ne faisons pas preuve de solidarité avec le peuple ukrainien, mais nous devons discuter avec nos collègues européens de la manière dont nous allons procéder en vue de parvenir à une solution raisonnable à cet égard. Je vous remercie.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, il y a eu la semaine dernière un article publié par la chaîne CNN, puisque vous avez parlé de la Libye, d’après lequel des milliers de djihadistes au Moyen-Orient et en Afrique du nord attendent pour se rendre à l’Europe et 400 d’entre eux ont déjà pénétré sur le territoire européen à travers certains réseaux.
Pensez-vous que l’Europe prenne toute les mesures de sécurité nécessaires? Tout le monde s’accorde pour que dire que l’on doit traiter les réfugiés de manière humaine, mais il y a aussi cet aspect de la sécurité pour protéger l’Europe notamment après les attaques terroristes à Bruxelles et à Paris.

B. KOENDERS : Permettez-moi d’abord de dire que je voudrais aussi laisser mes collègues s’exprimer à cet égard. Je ne veux pas dominer la conférence de presse.

Je serai bref : tout d’abord, je pense qu’il est très important de souligner que cette question est une priorité non seulement pour la présidence néerlandaise mais aussi pour les ministres de l’Intérieur, des affaires européennes, des affaires étrangères. C’était également notre priorité au cours de notre présidence. C’est vrai qu’il ne faut confondre la question des réfugiés avec celle du terrorisme. Ce sont des minorités qui fuient la terreur dont nous avons parlé.

Deuxièmement, il est important de souligner – et je pense à l’accord que nous avons eu entre l’Union européenne et la Turquie – la nécessité de la surveillance des frontières extérieures de l’Europe ce qui constitue une priorité absolue. Dans ce cadre, le soutien à la Grèce mais aussi à d’autres pays fait également l’objet de nos discussions. Les nouvelles propositions ainsi que la nouvelle politique migratoire européenne mettent en avant la nécessité d’avoir des frontières intérieures ouvertes mais dans le même temps cela doit être assorti d’un contrôle des personnes entrant sur notre territoire.
En outre, je voudrais signaler que les ministres de l’Intérieur et de la Justice accordent une priorité à la nécessité d’une coopération concrète au sein de l’Europe entre les services d’information, les forces de sécurité et les corps des gardes-frontières.

Troisièmement, la plupart des pays ont établi une coopération avec des pays tiers à deux niveaux :

Premièrement, au niveau de la répression. Cela signifie que nous échangeons des informations. Et je suis sûr que mes collègues français et d’autres pays on une meilleure expérience en la matière et peuvent vous donner plus d’informations. Mais cela est toujours une priorité.

Deuxièmement, au niveau de la prévention. En ma qualité de ministre des Affaires étrangères je peux vous dire que notre priorité avec l’Italie et d’autres pays, est la situation en Libye où un nouveau gouvernement d’unité nationale commence à être formé. Mais nous nous trouvons tout au début du chemin et nous devons soutenir ce processus. Nous devons prendre de l’avance, nous devons être préparés. Nous soutiendrons le nouveau gouvernement libyen et je dis cela pour souligner encore une fois que la question de la sécurité est très importante pour chaque pays et pour l’Union européenne qui veut protéger ses citoyens contre les attaques terroristes.

D. ΜANOLIS (« Agence de presse athénienne ») : Je voudrais adresser une question au ministre slovaque des Affaires étrangères. C’est la deuxième visite que vous effectuez en deux jours. Qu’est-ce que cela signifie pour le niveau des relations entre les deux pays ? Pourrait-on parler d’une amélioration de ces relations ? En outre, à l’occasion de la présidence européenne qui sera bientôt assumée par votre pays au cours du deuxième semestre de l’année en cours, est-ce que la question des migrants et des réfugiés sera en tête de liste de vos priorités ?

M. LAJCAK : Il est vrai que c’est ma deuxième visite au cours de cette semaine à Athènes. Il y a quelques jours je suis venu à Athènes après ma prise des fonctions de ministre des Affaires étrangères. Je suis venu à Athènes pour des raisons symboliques mais aussi pratiques, en vue de souligner l’importance des relations bilatérales et d’assurer mes collègues grecs de notre amitié et de la volonté de la Slovaquie d’avoir une bonne coopération avec la Grèce, pays avec lequel elle entretient de longue date des relations très bonnes. Je tiens à remercier mes homologues grecs de l’accueil chaleureux qu’ils m’ont réservé. Je viens ici cette fois en tant que membre d’un groupe très important pour faire preuve de ma solidarité. Dans le même temps, je suis venu ici afin de m’informer sur la situation réelle des réfugiés et des migrants. En fait, nous allons bientôt exercer la présidence du Conseil de l’Union européenne et je voudrais vous assurer que cette question constitue notre première priorité et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir afin d’assurer la continuité des efforts déployés par l’Union européenne pour faire face à cette crise. Nous sommes tous influencés par cette crise, et je le répète, il n’est s’agit pas d’un problème seulement grec mais européen qui ne pourra être réglé qu’à travers un effort européen commun. Le temps presse, nous devons consacrer toute notre énergie dans ce sens. De ce point de vue, les rencontres que j’ai eues lors de mes deux visites ont été très utiles. Je peux dire que désormais nous savons exactement où nous en sommes par rapport à l’application de l’accord signé entre l’Union européenne et la Turquie, un accord très important. Ce que j’ai appris ici sont des informations très utiles pour la présidence à venir.

Μme KOURBELA : Je voudrais tout d’abord signaler que c’est la première fois qu’une dimension européenne aussi grande est donnée à une réunion ministérielle, au niveau des représentants des Etats membres. Cela est très positif et je souhaite que cela se reproduise. Ma question est adressée à M. Désir : Etes-vous optimiste que la France mettra en œuvre la relocalisation ? Car bien que cela soit intégré dans la loi communautaire, on voit souvent une réticence à cet égard. Merci.

H. DESIR: Je vous remercie. Je me réjouis d’être ici avec mes collègues. Je tiens également à souligner qu’il s’agit d’une excellente conjoncture, d’un effort particulier qui nécessite la mobilisation de tous. Il ne s’agit pas, bien évidemment, d’une crise grecque. La Grèce subit les conséquences d’une crise internationale, de la guerre en Syrie, de l’instabilité dans la région et dans nombreuses régions du monde. De nombreuses personnes essayent d’entrer en Grèce en vue de se rendre dans d’autres pays européens. Nous avons désormais un accord avec la Turquie, un accord portant sur la solidarité entre les Etats membres en vue de soutenir la Grèce, de l’aider à faire face à la crise humanitaire et de trouver les moyens juridiques qui nous permettront d’accueillir les réfugiés, d’éradiquer les réseaux des passeurs et de mettre fin à l’exploitation des êtres humains.

Ce qui ressort de manière claire des rencontres que nous avons eues avec mes collègues ainsi que des rencontres avec le Premier ministre, M. Tsipras, le Président de la République et M. Mouzalas, ainsi qu’avec les agences de Frontex et de l’EASO, est que nous devons intensifier et accélérer la matérialisation de ce projet. Nous avons pris des engagements et nous devons intensifier leur mise en œuvre. Chaque Etat membre est appelé à honorer ses obligations, cela est bien clair, pour ce qui des personnes qui apportent leur contribution à l’agence de Frontex, à l’EASO ou à travers l’EASO, afin d’assurer que tous les moyens ici, sur le terrain, soient à la disposition du gouvernement hellénique. Cela est un aspect de ce projet visant à mettre à disposition, entre autres, des centres d’accueil. Nous devons également honorer nos obligations pour ce qui est de la relocalisation. C’est un aspect extrêmement important des décisions que nous avons prises. Les personnes arrivant en Grèce et celles qui sont arrivées avant le 28 mars, peuvent soumettre une demande d’asile et nous souhaitons à ces personnes la bienvenue dans nos pays. Nous devons être prêts à les accueillir, je le répète, dans nos pays, nous commençons à le faire, nous montrons que cela est possible, car ces personnes ont besoin d’aide, tout en respectant, bien entendu, les règles de sécurité, afin d’assurer qu’il ne s’agisse pas de criminels, de membres d’organisations terroristes. Cela dit, nous sommes ouverts, il existe un mécanisme pour le traitement de ces demandes. Nous avons toutefois décidé que ces personnes en Turquie qui sont des réfugiés pourraient se rendre dans des pays européens à travers le mécanisme de relocalisation. Et cela sera fait dans les jours et les semaines à venir. Il y a d’ores et déjà une première vague de 200 réfugiés qui seront transférés depuis la Turquie directement en Allemagne et cela prouve que nous voulons tous réellement mettre en œuvre ce mécanisme qui est déjà opérationnel et est régi par des règles juridiques bien spécifiques et claires afin d’éviter que ces personnes risquent leur vie à bord des embarcations mises à disposition par les passeurs.

Dans le cadre de la relocalisation, la France fait figure d’exemple. Je pense que nous sommes parmi les pionniers dans ce domaine avec l’Italie et nous respecterons nos engagements. Je pense qu’il est très important de montrer que l’Europe protège et surveille ses frontières et dans le même temps, dans le cadre de la Convention de Genève, elle honore ses obligations à l’égard de ceux qui ont besoin de protection. De cette manière, nous éradiquerons les réseaux des passeurs et ceux qui viennent en Europe, viendront en toute sécurité.

Y. ΑLEXAKIS («reporter.gr») : Ma question est adressée au ministre portugais : Quelle est la contribution du Portugal dans le cadre des programmes de relocalisation ? Dans quelle mesure existe- t- il une coopération avec la partie grecque dans ce domaine ? Une deuxième question pour le ministre italien : quelle est la planification de l’Italie à l’égard de la gestion des flux migratoires au cas où la situation en Libye se détériorerait ? Est-ce que la décision de déployer des forces de sécurité aux frontières albanaises s’intègre dans le cadre d’une bonne coopération avec les autorités grecques ? Est-ce que cela est conforme au climat qui doit dominer en Europe pour ce qui est de la gestion de ce grand problème ?

M. MARQUES : Merci beaucoup de votre question. Je voudrais tout d’abord dire deux mots concernant mon collègue qui était là avant-hier et qui est maintenant avec nous aujourd’hui. Le Premier ministre viendra à Athènes demain. Mais il ne faut pas tirer des conclusions hâtives. Nous nous trouvons ici parce qu’il y a un problème européen et c’est justement pour cela que nous avons besoin d’une réponse européenne. C’est la raison pour laquelle nous nous trouvons ici. La Présidence a jugé qu’il serait très utile d’effectuer de concert cette visite afin de pouvoir discuter ensemble de la situation actuelle en Grèce. Nous sommes venus ici pour discuter, pour organiser, pour parler avec des ONG. Nous sommes en train de nous mettre d’accord sur un programme spécifique. Nous nous rendrons aussi en Turquie en vue d’évaluer la situation. Et aussitôt après nous discuterons de ce que nous devons faire pour faire face à cette crise.

Le Portugal – pour répondre à votre question – pense qu’il s’agit d’une question de la plus haute priorité. Le Premier ministre portugais a envoyé, vers le début du mois de février, une lettre aux Premiers ministres de la Grèce, de l’Italie, de l’Allemagne, entre autres pays, en vue de les informer que le Portugal était prêt à accueillir plus de réfugiés. Notre intention est d’accueillir 5 000 réfugiés, outre le quota convenu au début, à savoir 10 000 réfugiés au total, dans le cadre du programme de réinstallation. Mon pays est ouvert. Il accueillera des réfugiés dans cet effort de solidarité mais aussi parce que nous savons très bien quelle est la situation, nous avons l’expérience des années 70 et 80. Toutefois, nous pensons qu’il s’agit d’un problème différent, d’un problème européen qui nécessité une réponse européenne. Cela constitue aujourd’hui un défi très important pour l’Europe dans son ensemble.

M. S. GOZI : Merci. Je tiens à remercier tous ceux qui ont pris l’initiative d’organiser cette réunion en Grèce. Et je dis cela car nous connaissons la situation en Grèce et nous en sommes bien conscients. Nous la connaissons en Italie, car nous avons nous aussi des frontières maritimes, nous avons également eu besoin de la solidarité européenne car tous seuls nous ne pouvons pas faire face à ce problème.

C’est le plus important. C’est pourquoi nous nous trouvons ici. Nous nous sommes entretenus avec le gouvernement, avec les ONG, avec des instances internationales et européennes, car, je le répète, il s’agit d’un effort collectif. Nous sommes nombreux et nous devons tous coopérer en vue de sauver, d’enregistrer, d’intégrer et d’accueillir les réfugiés et les migrants. Il ressort clairement du dernier Conseil européen que – et nous nous sommes parvenus à une constatation suffisamment claire – ce que nous faisons aujourd’hui en Grèce, avec l’Union européenne, est dans l’intérêt de l’Union européenne et nous le ferons dans d’autres pays européens si besoin est. Il s’agit d’un geste de solidarité, d’un engagement des partenaires de l’Union européenne en Méditerranée mais aussi ailleurs où pourrait surgir une crise similaire. En Grèce, nous avons assisté à une montée alarmante des flux des migrants et des réfugiés. Nous, en Italie, nous n’avons pas connu un phénomène similaire mais nous assistons à une montée des flux et nous nous préparons afin de mettre en place des hotspots et des procédures pour le traitement des demandes d’asile. Telle est la façon d’agir la plus appropriée. Nous agissons de manière préventive avec nos amis albanais. Il n’y a pas eu une montée des flux à travers l’Albanie mais nous pensons qu’il est important d’intensifier la coopération entre l’Italie et l’Albanie, en mettant à disposition des ressources pour la surveillance des frontières de l’Albanie. C’est pourquoi je me suis rendu à Tirana il y a quelques semaines. Il y a eu une réunion au niveau des ministres de l’intérieur de l’Italie et de l’Albanie, il existe une coopération étroite afin que nous soyons préparés face à toute éventualité, car nous savons qu’il est possible que des flux apparaissent dans des régions différentes.

L’Italie envoie également en Grèce 20 experts en matière d’asile lesquels assisteront la Grèce pour soutenir la procédure d’enregistrement et de traitement des demandes d’asile. Les experts sont très importants, nous avons envoyé 20 personnes, comme je l’ai déjà dit, l’Italie avait et a une présence marquée aux frontières de l’Union européenne avec la Turquie. Nous avons envoyé un hélicoptère et deux navires de surface, nous avons participé à des opérations de sauvetage de plus de 1 000 personnes avec les deux moyens navigables et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir à l’avenir afin que l’accord soit appliqué. Merci.

Ε. ΚΟLIOPOULOU («Agence de presse française ») : Deux questions à tous les ministres et une question à M. Xydakis. Comment expliquez-vous ce retard dans la mise à disposition des experts européens chargés du traitement des demandes d’asile ? Monsieur Xydakis, avez-vous des informations concernant le nombre d’arrivées en Grèce ? Deuxième question : quand aura lieu le prochain retour des réfugiés en Turquie ?

Ν. XYDAKIS : Il y a du retard mais cela n’influe pas sur la planification générale. On s’y attendait. Le commencement d’une opération d’une ampleur aussi grande était extrêmement ambitieux car nous étions à peine préparés. Tout le monde savait qu’il y aurait du retard car c’est une opération qui est menée pour la première fois. Actuellement, des officiers et des fonctionnaires viennent aider les autorités grecques. La Frontex dispose de personnel à peu près suffisant. Le Bureau européen d'appui en matière d'asile a fait appel à un plus grand nombre de participations de la part des Etats membres et du personnel commence à venir de cette agence aussi.

Je pense que la plus grande pression sera exercée sur l’EASO au cours des semaines à venir mais le gouvernement grec et bien entendu d’autres gouvernements apporteront une aide.

S’agissant des arrivées, on enregistre une réduction significative et celles-ci s’élèvent à 100 ou 200 personnes. La situation est gérable. Cela est un petit réconfort car depuis le 20 mars les besoins en matière d’identification et d’accueil sont énormes et ce sont les besoins en matière de traitement des demandes d’asile qui ralentiront les processus dans les semaines à venir. Il y aura des retards mais la situation sera bientôt réglée. Comme je l’ai tout à l’heure affirmé, on s’y attendait. Comme vous le comprenez, les autorités grecques, le mécanisme européen doivent être adaptés à une situation totalement différente. Je pense que dans deux ou trois semaines, la situation s’améliorera, les choses seront beaucoup mieux.

Force est de répéter qu’il s’agit d’une opération nouvelle et ambitieuse. Nous nous trouvons au stade de l’apprentissage. Nous testons nos forces intellectuelles et notre volonté politique.

En guise de conclusion, permettez-moi de dire que nous réagissons toujours à une réalité historique, nous sommes en train d’apprendre et d’un point de vue purement politique, je dirais que tous ces mois nous entendons parler de scepticisme, d’euroscepticisme, de l’extrême droite etc., de l’extrémisme, mais maintenant nous transmettons le message contraire. Telles sont les forces qui nous rassemblent et qui nous rapprochent. C’est l’Europe progressiste, une Europe plus cohérente. Ce sont les forces du centre, du centre-gauche, les forces qui défendent les principes de la révolution française, les valeurs fondamentales de l’Europe. Ce qui nous rassemble sont les valeurs humanitaires.

Comme je l’ai tout à l’heure dit, la réalité historique nous apprend des leçons. Sans les obsessions qui émanent du passé historique. En bref, il s’agit de l’émergence de la coalition des volontaires. C’est cela dont vous êtes les témoins aujourd’hui. Je vous remercie de votre présence.

Avril 9, 2016