Nous, Alexis Tsipras, Premier ministre de la République hellénique, Abdel-Fattah Al-Sisi, Président de la République arabe d’Egypte et Nikos Anastasiadis, Président de la République de Chypre, conscients des défis immenses à la stabilité, sécurité et prospérité de la Méditerranée orientale et de la nécessité d’une réponse concertée et collective, nous sommes réunis à Athènes, en Grèce, le 9 décembre 2015 pour le troisième sommet tripartite Grèce – Egypte – Chypre afin de relever efficacement ces défis, en valorisant les progrès considérables accomplis jusqu’à présent.
Le troisième sommet tripartite Grèce – Egypte – Chypre souligne notre coopération constante et bien établie dans le but de promouvoir la paix, la stabilité, la sécurité et la prospérité en Méditerranée orientale dans divers domaines (culturel, économique, commercial et touristique). Nous demeurons déterminés à promouvoir efficacement nos valeurs et intérêts communs et à poursuivre notre œuvre en vue de l’amélioration de notre consultation tripartie dans tous les domaines. Ce cadre sert de modèle de dialogue régional par le biais, entre autres, d’une coordination et coopération étroite dans les fora multilatéraux ainsi qu’à travers les efforts visant à promouvoir davantage les relations entre l’UE et le monde arabe.
Nous reconnaissons le caractère mutuellement bénéfique de la relation entre l’Union européenne et l’Egypte. Nous convenons de la nécessité pour l’Union européenne de soutenir l’Egypte du point de vue politique et économique, y compris le combat de cette dernière contre le terrorisme, en reconnaissant son rôle central pour la sécurité et la stabilité en Méditerranée orientale.
Dans ce contexte, nous reconnaissons l’importance sans cesse croissante de la coopération euro-méditerranéenne pour les pays de la région et soulignons à l’occasion du 20e anniversaire de la Déclaration de Barcelone, le rôle renforcé que peut jouer l’Union pour la Méditerranée à cette fin, tel que formulé dans le Communiqué conjoint de l’UE concernant la Révision de la Politique européenne de voisinage du 18 novembre 2015. Nous saluons la récente réunion ministérielle de l’Union à Barcelone.
A la lumière des attentats récents au Moyen-Orient, en Europe et en Afrique, nous souhaiterions réitérer notre plein soutien à l’action globale, collective et ciblée de la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme international. Nous condamnons fermement toutes les actions terroristes et invitons tous les Etats à faire activement et efficacement face à cette menace et à accélérer la coopération en matière de sécurité dans le but de vaincre ces organisations et de démasquer leurs principaux partisans.
Le terrorisme international constitue une menace mondiale et sans précédent pour la paix internationale et la sécurité. Dans ce contexte, nous réitérons notre engagement en faveur de l’effort international collectif de la Coalition mondiale contre l’Etat islamique (EI / Daesh) et autres organisations terroristes, conformément aux dispositions du droit international et soulignons la nécessité de renforcer les efforts visant à contenir le flux de combattants étrangers, de lutter contre la propagande de l’Etat islamique (EI / Daesh) et d’interrompre la prestation d’aide économique et militaire à des organisations terroristes.
Les flux migratoires mixtes accrus, qui sont le résultat de la turbulence qui agite notre voisinage, nécessitent une approche globale et holistique axée sur les causes profondes du problème et notamment la résolution des conflits, l’éradication de la pauvreté et la promotion du développement social et économique. Nous affirmons notre engagement à déployer tout effort nécessaire en vue de prévenir, en priorité, toute autre perte de vie humaine en mer, en coopération avec les pays d’origine et de transit et à combattre les activités des passeurs. Nous exprimons de nouveau notre volonté de contribuer à traiter les aspects humanitaires de la crise des réfugiés qui perdure, en coopération avec tous les pays concernés.
La mobilisation de l’UE et de tous ses Etats membres revêt une importance primordiale dès lors que la crise des réfugiés constitue un défi de taille que nous pourrons relever que si nous demeurons unis dans nos efforts, en faisant preuve de solidarité et en adoptant une vraie approche de coopération et de répartition des responsabilités et des charges.
Nous soutenons fermement l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie et pensons que les participants au Processus de Vienne doivent renoncer aux actions visant à saper l’esprit de l’accord que nous avons signé. Nous continuons de soutenir les efforts de Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie et estimons que les deux conférences de Vienne ont constitué un important pas en avant, tant pour le train de principes convenus sur la situation future de la Syrie, que pour le calendrier défini concernant les actions à entreprendre dans un avenir proche afin de mettre fin au bain de sang.
Nous sommes gravement préoccupés par la situation de sécurité en Libye, qui influence la sécurité et la stabilité dans les pays voisins. Nous soutenons les efforts de Martin Kobler, envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies et invitons toutes les parties à œuvrer de manière constructive dans le but de former un gouvernement d’accord national dans les plus brefs délais.
La situation au Yémen continue de constituer une menace pour la stabilité dans la région élargie du Moyen-Orient. Nous réitérons notre soutien au gouvernement légal du Yémen et au maintien de son unité et intégrité territoriale. Les efforts menés sous l’égide de l’ONU en vue de la réouverture des négociations avec la participation de toutes les parties impliquées, sans conditions préalables, constitue la seule voie appropriée vers l’avant et nous saluons les efforts déployés par le Conseil de coopération du Golfe visant à compléter les initiatives des Nations Unies. Nous soulignons la nécessité de lutter de manière décisive contre la menace des organisations extrémistes et terroristes actives au Yémen.
Nous sommes préoccupés par la crise humanitaire et lançons un appel afin que la population civile puisse avoir accès à l’aide humanitaire.
Nous réitérons notre soutien au gouvernement d’Irak et aux efforts déployés par ce dernier en vue d’instaurer la paix, la stabilité et la cohésion politique et de lutter contre le terrorisme. L’intégrité territoriale, la souveraineté et l’unité d’Irak doivent être respectées. Nous invitons le gouvernement irakien à accélérer le processus de réconciliation nationale avec la participation de toutes les parties concernées, sans exclusions.
Nous estimons que l’accord signé par le groupe des pays E3/EU + 3 et l’Iran à Vienne concernant le programme nucléaire de ce dernier est un pas important vers le renforcement de la sécurité internationale et régionale. Nous nous réjouissons à la perspective de l’application dudit accord selon le calendrier défini.
Nous réitérons notre engagement en faveur de la solution des deux Etats qui garantira au peuple palestinien un Etat durable, souverain, indépendant et contigu, sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale, et qui coexistera dans des conditions de paix et de sécurité avec tous ses voisins. Nous sommes fermement convaincus que le statut historique de tous les lieux saints à Jérusalem Est doit être pleinement respecté. Nous sommes gravement préoccupés par l’escalade actuelle de la violence. Nous sommes prêts à coopérer étroitement avec les deux parties ainsi qu’avec la communauté internationale afin d’aider à un retour au calme. La violence peut être combattue par le biais de la relance, le plus rapidement possible, d’un processus politique fiable qui réunira les conditions d’un environnement politique clair en vue de parvenir à un accord global. Dans ce contexte, le rôle de l’Egypte est crucial.
Compte tenu du vide politique au Liban, nous soulignons la nécessité impérieuse d’élire un nouveau Président. Nous soutenons fermement les efforts du Premier ministre Salam visant à maintenir le gouvernement stable et fonctionnel et nous sommes aux côtés du Liban dans sa lutte contre le terrorisme et ses efforts visant au maintien de la sécurité dans le pays.
Nous exprimons notre soutien sans faille au processus de négociation continue sous la mission de bons offices des Nations Unies pour une solution équitable, durable et globale à la question chypriote, en vertu du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une telle solution qui permettra la réunification de l’île, sur la base du respect des principes démocratiques, des droits humains et des libertés fondamentales de tous les Chypriotes ne sera pas seulement dans l’intérêt du peuple chypriote dans son ensemble, mais contribuera également à la stabilité et à la paix dans la région.
Nous souhaiterions souligner de nouveau que la découverte d’importantes réserves d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, y compris la récente découverte du gisement de gaz naturel « Zohr » dans la ZEE de l’Egypte, peut jouer un rôle de catalyseur pour la paix et la stabilité dans la région. Cet objectif serait mieux servi par le biais de l’adhésion des pays de la région aux principes établis du droit international. Reconnaissant le caractère œcuménique de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), dont nos trois pays sont parties contractantes, nous convenons d’accélérer les négociations concernant les questions en suspens de la délimitation des zones maritimes adjacentes à nos trois pays.
Reconnaissant que la marine marchande et le tourisme sont des éléments cruciaux de l’économie de nos pays, nous sommes convenus de continuer à travailler étroitement dans le but de renforcer notre coopération dans la mise en œuvre de projets communs, avec la participation d’entités tant du secteur public que privé, notamment le développement de forfaits touristiques et de croisières ainsi que le renforcement de la liaison maritime entre les trois pays pour le transport de passagers et de marchandises.
Nous sommes vivement préoccupés par la destruction du patrimoine culturel des pays du Moyen-Orient ainsi que par le pillage organisé et le trafic de biens culturels auquel est impliqué, entre autres organisations, l’Etat islamique (EI / Daesh). Nous nous sommes mis d’accord pour intensifier nos actions pour faire face à ce phénomène inquiétant et soulignons la nécessité d’une résolution forte du Conseil de sécurité des Nations Unies prévoyant des restrictions à portée mondiale sur le commerce et le transfert d’objets d’art en provenance de toutes les zones de conflit, l’obligation d’apporter la preuve de la légalité du commerce incombant aux commerçants, aux maisons de ventes aux enchères ainsi qu’aux acheteurs et non pour au pays d’origine.
Nous sommes convaincus du caractère stratégique de cette coopération tripartite et nous continuerons de coopérer étroitement en vue de libérer le plein potentiel de notre collaboration, dans l’intérêt de nos peuples et de la région élargie.
A cette fin, nous avons décidé de créer un comité permanent conjoint de coopération chargé d’élaborer, de développer et de promouvoir dans la pratique des projets d’intérêt trilatéral.
Décembre 9, 2015