Ces derniers jours, des milieux européennes extrêmement conservateurs s'efforcent de stigmatiser la Grèce en la présentant comme la source du problème des réfugiés. Dans ce contexte, ils blâment les gardes-côtes grec qui soi-disant ne « protègent » pas les frontières maritimes, en interceptant les flux de migrants et de réfugiés par des moyens militaires.
Nous sommes tout à fait clairs.
La Grèce surveille ses frontières nationales, qui sont aussi des frontières européennes. Ce qu'elle ne peut faire – et ne commencera pas à faire – est de couler des embarcations et de noyer des femmes et des enfants car les conventions internationales et européennes l'interdisent, ainsi que les valeurs de notre civilisation. La Grèce est la gardienne de la civilisation européenne et il en va de même des pays qui soutiennent les réfugiés, comme par exemple l'Allemagne, l'Autriche, la Suède et autres. Jusqu'à présent, la Grèce a sauvé 104 000 enfants et adolescents de la Mer Égée.
La pression exercée à la Grèce pour changer les conditions de contrôle en Mer Égée (Et comment le ferait-elle ? En poussant et en coulant des bateaux pneumatiques?) risque d'accroître le nombre de décès déjà élevé : pas plus tard qu'avant hier, nous avons déploré 42 autres vies, dont 17 enfants. Par conséquent, quiconque demande une telle chose devrait avoir l'honnêteté politique de le demander directement, et non de manière détournée, cautionnant ainsi la politique illégale du refoulement. Le reste n'est qu'opportunisme politique.
Et pour réfuter certains mensonges encore : la Grèce a demandé, depuis juillet déjà, une aide supplémentaire en termes de personnel, bateaux, équipements et appareils Eurodac par la Frontex, ainsi que la revalorisation de l'opération Poséidon en Mer Égée. Cette aide a tardé à venir. Malgré cela, ne serait-ce qu'avec des effectifs restreints, la Frontex, une institution européenne, opère aux côtés de la Grèce depuis des années en Mer Égée. et est coresponsable de la surveillance des frontières européennes. Quiconque émet des critiques sur les règles en vertu desquelles la Frontex opère, qu'il le fasse ouvertement dans le cadre de l'UE.
Par ailleurs, en dépit de tout retard, la Grèce terminera les centres d'enregistrement des migrants, lesdits hotspots, dans le courant des prochains jours. Force est de noter que ces centres sont de toutes façons déjà opérationnels. Néanmoins, que les détracteurs susmentionnés répondent : lorsque les hotspots seront achevés, est-ce que leur problème sera résolu ? Ou bien est-ce qu'ils se souviendront alors que c'est le nombre des réfugiés qui les préoccupent ?
Que doit faire l'Europe ? Elle doit appliquer sans plus tarder le programme de relocalisation de 160 000 migrants – décidé par le Conseil européen. Ce programme rencontre de nombreux problèmes car beaucoup de pays européens tergiversent ou tardent à répondre aux centaines de demandes de relocalisation de la Grèce ou, pire encore, rejettent totalement cette procédure. Est-ce là encore la faute de la Grèce ? Un pays qui, depuis 1990, accueille dans des conditions de totale harmonie, un million de réfugiés – soit 10 % de sa population – et qui accepte elle-même la relocalisation des réfugiés. Est-ce la faute de la Grèce si l'UE n'a pas été capable d'exercer des pressions pour le retour des migrants dans leur pays d'origine ?
Il est nécessaire que le plan d'action joint de l'UE avec la Turquie fonctionne. Depuis le début, la Grèce était d'accord avec ce plan prévoyant une diminution drastique des flux, une relocalisation en toute sécurité des réfugiés depuis le territoire turc et la réadmission des migrants en Turquie dans le cadre de l'Accord de réadmission Grèce-Turquie.
L'Union européenne doit, dans le même temps, se pencher sur le vrai problème, la guerre en Syrie et la crise humanitaire au Liban, en Jordanie, en Turquie, en assumant avec ses instances et la présidence hollandaise, de concert avec l'ONU, le rôle de pacificateur qui lui convient. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons résoudre, tous les Européens ensemble, la crise actuelle et future qui est inévitable dans le monde où nous vivons.
Janvier 24, 2016