D. DROUTSAS : J’ai eu comme à chaque fois une discussion constructive et approfondie avec M. Ban Ki Moon. La Grèce, qui fonde sa politique étrangère sur le plein respect du droit international, soutient bien évidemment l’œuvre de l’Organisation des Nations Unies mais aussi l’œuvre personnelle du Secrétaire général, et c’est exactement ce que j’ai transmis à M. Ban Ki Moon.
Nous avons abordé une série de questions. Tout d’abord les dernières évolutions au Moyen-Orient, dans les pays arabes et notamment en Egypte, en Tunisie et dans les autres pays de la région élargie. J’ai souligné que nous suivions de très près ces développements. La Grèce fait partie de cette région qui est notre voisinage direct, c’est pourquoi nous nous intéressons particulièrement aux développements qui s’y produisent. Nous avons affirmé qu’il fallait éviter toute forme de violence dans cet effort des pays de la région, des peuples de la région, vers plus de démocratie. Nous avons indiqué que le respect de tous les droits fondamentaux et libertés individuelles revêtait une importance très particulière, ce que tout le monde doit respecter. J’ai partagé, avec M. le Secrétaire général une idée de la Grèce. La Grèce est le berceau de la démocratie et puisque l’on parle d’un processus de démocratisation de la région, d’un effort visant à bâtir de véritables démocraties, sur la base de symbolismes, la Grèce peut jouer un rôle tout aussi important que crucial. Nous avons exprimé l’idée de fonder un centre de la démocratie, comme on pourrait l’appeler, qui pourrait former les nouvelles personnalités politiques de ces pays. Nous pourrions aider au développement des nouveaux partis politiques qui émergent dans ces pays. Le SG a salué cette idée, cette pensée de la Grèce qu’il a qualifiée de très utile et nous examinerons dans un proche avenir les possibilités de coopération dans ce domaine.
Nous avons également abordé la question du nom de l’ARYM. J’ai de nouveau eu l’occasion de réitérer au SG la position de la Grèce en faveur d’une appellation avec déterminatif géographique et usage à l’égard de tous, erga omnes, et d’assurer le SG de la volonté de la Grèce, du gouvernement grec de parvenir à une solution. Nous invitons, si vous voulez, les dirigeants politiques de notre pays voisin et M. Gruevski à prendre les décisions nécessaires qui mèneront à une solution et dans le même temps conduiront le pays, le peuple de ce pays vers un avenir européen, une stabilité dans le pays et un avenir européen.
Notre discussion a bien entendu porté sur la question chypriote et les derniers développements dans ce dossier. J’ai eu l’occasion de souligner au SG la position de la Grèce, à savoir que nous soutenons de toutes nos forces les efforts en faveur d’un règlement de la question. Nous soutenons de toutes nos forces les efforts déployés par les Nations Unies et le SG personnellement. J’ai de nouveau souligné la base de la solution que nous souhaitons, c’est-à-dire conformément aux résolutions des Nations Unies et dans le plein respect de l’acquis communautaire. Il ne faut pas oublier que la République de Chypre est membre de plein droit de l’UE et cela doit être pris en compte lors des négociations et du plan final de solution. J’ai indiqué au SG notre volonté de voir toutes les parties faire preuve d’objectivité dans cette question et ce processus. Nous insistons pour que ce processus soit chypriote, qu’il émane des Chypriotes et soit pour les Chypriotes. C’est la procédure que nous devons suivre. Il ne faut ni embellir les choses, ni les simplifier. Nous voulons toujours pouvoir retranscrire les événements avec objectivité. Nous constatons, il est vrai, que la République de Chypre, la partie chypriote grecque et le Président Christofias personnellement soumettent des propositions très constructives et traitent cette question avec la plus grande objectivité. Or nous observons que la partie chypriote turque et personnellement le dirigeant de la communauté chypriote turque, M. Eroglu, ne font pas toujours preuve de la même objectivité. Nous constatons qu’ils expriment des positions qui font penser au passé et qui, à notre avis, s’éloignent de la base de la solution qui a été convenue, de temps à autres, pour ce qui est de la question chypriote.
Nous avons également abordé la question de la piraterie. C’est une question importante pour l’industrie maritime grecque et nous sommes convenus de la nécessité de coopérer étroitement avec la communauté internationale. Cette question ne peut être résolue que si des efforts communs de la part de la communauté internationale sont consentis. Enfin, j’ai de nouveau exprimé le plein soutien de la Grèce à la mission globale des Nations unies et aux efforts du SG personnellement.
JOURNALISTE : Pourriez-vous nous dire quelque chose au sujet des discussions de Genève ?
D. DROUTSAS: Je ne peux parler des discussions qui se sont déroulées à Genève. Le SG a eu l’amabilité de m’informer de la façon dont il a perçu ces discussions. Je tiens à redire que pour nous la réalité est que le Président Christofias présente ses propositions de manière très constructive et qu’il se consacre entièrement à la résolution de la question chypriote. Or parfois – et le dire ne me réjouis point – les dirigeants de la communauté chypriote turque ne réagissent pas toujours de la même façon directe et constructive aux propositions présentées par M. Christofias.
JOURNALISTE : M. le ministre, Israël a fait un pas en avant en reconnaissant la zone économique exclusive de la Grèce. Est-ce que cela, d’après vous, facilite la négociation avec la Turquie ? Et quand la Grèce décidera-t-elle de reconnaître sa propre zone économique exclusive ?
D. DROUTSAS: Ce sujet n’a pas fait l’objet de discussions avec le SG. Comme nous l’avons à maintes reprises affirmé, l’objectif du gouvernement grec, et pas seulement du gouvernement actuel, est la délimitation de toutes les zones maritimes avec ses voisins. Nous avons depuis longtemps – et je le répète non seulement sous le gouvernement actuel, mais aussi le gouvernement précédent – entamé cette procédure avec tous nos voisins en vue de délimiter les zones maritimes. Il en est de même avec la République de Chypre. Nos relations sont étroites, fraternelles. Et à ce sujet, nos vues convergent complètement. Nous objectifs sont communs et toute cette procédure se déroulera comme il le faut.
JOURNALISTE : En ce qui concerne la question chypriote, ces derniers temps, nous constatons que le SG fait preuve d’un optimisme sans faille en faveur d’une solution, d’un progrès, etc. alors qu’Athènes et Nicosie transmettent des messages contraires, à savoir qu’il n’y pas de progrès à partir du moment où M. Eroglu a assumé le pouvoir dans les territoires occupés. Que répond le SG à ce sujet ? Sur quoi son optimisme se fonde-t-il ?
D. DROUTSAS : Je pense avoir été très clair tout à l’heure. Nous voulons toujours que les choses soient présentées avec optimisme, qu’elles reflètent la réalité. Comme je l’ai dit, pour nous la réalité, la vérité est que la partie chypriote grecque, le Président Christofias contribue à la question de manière très constructive. Nous souhaiterions que la partie chypriote turque fasse preuve du même esprit constructif.
Février 18, 2011