A l’issue de la Conférence intergouvernementale UE – Serbie qui s’est tenue aujourd’hui, mardi 21 janvier, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Evangelos Vénizélos a donné une conférence de presse aux correspondants grecs à Bruxelles. Nous vous communiquons ci-dessous, les déclarations de M. Vénizélos et ses réponses aux questions des journalistes :
Ε. Vénizélos : Nous arrivons à la fin d’une mission diplomatique et politique assez complexe, qui a débuté il y a dix jours environ et se termine demain avec ma participation à la conférence de Genève II convoquée par le SG de l’ONU sur la crise dramatique en Syrie.
Demain, la Grèce, répondant à l’invitation adressée par le SG de l’ONU, participera à Montreux à cette conférence, en s’efforçant de contribuer à la gestion du problème militaire et politique majeur auquel la Syrie et le peuple syriens sont confrontés depuis longtemps, mais aussi aux conséquences collatérales pour les civils.
Nous mettrons particulièrement l’accent sur la nécessité de prendre des mesures humanitaires rapides, nous soulignerons la nécessité lors de la phase intermédiaire d’accepter et d’appliquer des mesures de confiance sérieuses et naturellement nous déclarerons notre volonté de contribuer à la réussite des négociations qui, espérons-nous, débuterons et se déroulerons sans heurt, dans le but de parvenir à une situation largement acceptable en Syrie qui garantira l’intégrité de l’Etat syrien et notamment préviendra le peuple syrien, indépendamment de ses caractéristiques religieuses et ethniques, du risque de la guerre et de l’expérience de la violence qu’il vit depuis longtemps maintenant.
Aujourd’hui nous avons eu la grande satisfaction, la satisfaction historique je dirais, de présider, en tant que pays, la Conférence intergouvernementale qui a débuté et qui porte sur l’ouverture des négociations d’adhésion de la Serbie avec l’UE. La journée d’aujourd’hui est très importante pour la présidence grecque, un moment très important pour toute la région des Balkans occidentaux, notamment le peuple serbe, qui après une très grande aventure historique change définitivement de cap vers l’Europe, change de page et nous espérons que la journée d’aujourd’hui scellera un nouvel état des choses non seulement pour la Serbie, mais aussi le Kosovo, car elle constitue un soutien très fort au processus des négociations continues entre Belgrade et Pristina.
La Grèce, la présidence hellénique, qui a eu l’honneur de représenter tous les pays de l’UE et de présider ce processus, félicite le peuple serbe et forme tous ses vœux de succès pour notre parcours européen commun, non seulement de la Grèce et de la Serbie, mais aussi de tous les peuples des Balkans occidentaux, à la condition bien naturellement que soient respectés les critères que doit remplir tout pays membre et tout pays candidat à l’adhésion à l’UE.
Hier, lors du Conseil « Affaires étrangères », nous avons eu l’occasion de discuter et d’aboutir à des conclusions sur toutes les questions majeures internationales ouvertes : la Syrie, bien naturellement, en vue de la Conférence de Genève II, l’Iran, en vue du rapport soumis par l’Agence internationale de l’énergie atomique, un rapport qui s’annonce positif, la République centrafricaine, le Soudan du sud, l’Egypte, la situation dans les pays influencés par la crise syrienne, comme le Liban ou encore la situation en Libye. J’ai tenu par la suite une séance d’information sur ces questions la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen (AFET) réunie sous la présidence d’Elmar Brok.
J’ai dans le même temps eu l’occasion de présenter devant la commission les priorités de la présidence hellénique et de répondre à toute une série de questions des membres de la commission : des questions d’actualité, des questions relatives aux priorités de la politique étrangère grecque, la situation de l’économie grecque, mais aussi les grands dossiers nationaux, comme la question chypriote, la situation en mer Egée et en Méditerranée orientale ou encore la fameuse question du nom de l’ARYM qui au niveau européen n’est pas posée en tant que telle, car ce qui est important c’est que ce pays puisse remplir les critères de Copenhague, les critères que doit remplir tout pays candidat à l’adhésion. Il doit donc satisfaire à tous les critères demandés par le Conseil dans ses conclusions du 17 décembre, qui en réalité sont une liste de conditions et modalités préalables qui doivent être remplies afin de permettre la perspective européenne et lancer des négociations avec l’UE. Je pense que cette discussion était particulièrement utile, car les membres de la commission ont eu l’occasion d’entendre de première main les positions grecques concernant non seulement les questions grecques, mais aussi européennes ainsi que les grandes questions internationales dont traite l’UE.
Comme vous le savez, je reviens des Etats-Unis. Lors de cette visite, j’ai rencontré le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry, le Secrétaire au Trésor, M. Lew, les présidents des commissions des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants et du Sénat, MM. Royce et Menendez mais aussi avec les think tanks de la capitale américaine. Nous aurons l’occasion demain aussi de nous revoir avec M. Kerry, dans le cadre de la conférence de Genève II. Nous nous étions d’ailleurs entretenus plus spécifiquement sur ces questions et nous sommes prêts à contribuer à la promotion des objectifs de la communauté internationale et à l’application des initiatives du SG de l’ONU.
J’ai également effectué une visite à Paris et me suis entretenu avec M. Fabius et M. Moscovici. J’ai aussi présenté les positions de la présidence grecque devant le Sénat français. Avec M. Fabius, nous avions discuté de la préparation de l’opération en République centrafricaine, qui a été décidée hier lors du Conseil « Affaires étrangères ». La Grèce met à disposition son quartier général de Larissa pour la préparation et la formation de la mission, tout en ayant précisé qu’aucun soldat grec ne participerait pas à cette mission.
Par ailleurs, il a été précisé hier lors du Conseil « Affaires générales », sur recommandation également du Comité militaire de l’UE, que l’on ne choisira pas d’activer et de valoriser les dits groupements tactiques (battle groups). Cela revêt une importance d’autant plus particulière car à l’heure actuelle un groupement est en état d’intervenir, dans lequel la Grèce joue un rôle de premier plan. Cette formation n’est pas jugée appropriée pour faire face à des crises comme celle d’Afrique centrafricaine, donc la mise à disposition du quartier général de Larissa n’est pas liée à l’activation des battle groups et comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai précisé à plusieurs reprises que les soldats grecs n’y participeraient pas, mais il est important pour Larissa d’accueillir cette activité, cela est important pour le reste de la région, mais aussi pour la politique étrangère de la Grèce.
En ce qui concerne la question qui préoccupe largement l’opinion publique en Crète et autres régions méditerranéennes côtières, la question de la destruction des armes chimiques en Syrie, j’aimerais rappeler que depuis plusieurs jours le ministère grec des Affaires étrangères a pris une initiative diplomatique intense en vue d’écarter tout éventuel danger pour la Méditerranée, pour l’environnement, pour le tourisme, la chaîne alimentaire. Nous sommes en contact avec l’ONU et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et notamment avec les pays qui ont proposé de participer à cette opération.
Comme j’ai eu l’occasion d’informer hier la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen, en réponse à certaines questions, il ne sera pas question d’enfouissement en Méditerranée des déchets chimiques provenant de l’opération de destruction de l’arsenal chimique de la Syrie. Mais pour nous le procédé de l’hydrolyse reste toujours la meilleure solution au moyen d’un navire américain hors de la mer Méditerranée, qui est une mer fermée. Ce sont les points qui ont fait l’objet de mes entretiens avec mon homologue italienne, Emma Bonino, puisque l’Italie s’est proposée de mettre à disposition un port en Calabre pour le transbordement des matériaux, un port spécialisé dans le transport des produits chimiques spéciaux et considéré comme étant particulièrement sûr.
Telle a été la teneur de ma discussion avec Mme Ashton et avec Mme Damanakis, commissaire en charge de la pêche et de la politique maritime mais aussi l’objet de mes contacts au niveau des directeurs politiques avec l’ensemble des Etats membres, dont le Portugal qui s’est proposé de mettre à disposition le port des Açores aux fins de ce transbordement.
Nous attendons que l’organisation compétente, l’OIAC, nous informe de la partie technique de cette procédure, afin que nous puissions évaluer et réagir si besoin est. Pour le moment, nous avons la confirmation que la destruction final des produits ne se fera pas en mer, mais sur la terre, très probablement en Allemagne, dans des usines hautement spécialisées. Mais nous voulons garantir qu’il n’y aura pas de problème lors des phases préliminaires du transbordement et de l’hydrolyse. Nous attendons le résultat de nos contacts, car d’autres pays, comme le Danemark qui a mis à disposition un navire ou encore la Norvège, pays non membre de l’UE, doivent nous fournir les informations nécessaires, mais avant tout, comme je l’ai dit tout à l’heure, l’Italie, qui a mis son port à disposition – c’est un pays méditerranéen, un pays ayant les mêmes sensibilités écologiques que la Grèce – il est donc très important de voir quelle sera sa position finale et comment elle évalue exactement les données techniques. Nous suivons donc la question de très près et entreprendrons toutes les actions nécessaires.
La question du terrorisme a été largement abordée lors de mes contacts. Tous mes homologues ont réitéré leur confiance aux autorités grecques compétentes et cela est très important car la Grèce est un allié et un partenaire fiable. Nous livrons un combat international contre le terrorisme et toute forme de violence et de crime organisé. La Grèce a enregistré d’importants succès au cours de ces dernières années. Ces réussites constituent un chapitre de crédibilité, que nous devons garantir, toujours dans le respect de l’Etat de droit et des droits de l’homme. Mais le droit à la sécurité est lui aussi un droit fondamental.
Sans aucun doute l'évasion de Xiros et tous les événements qui s'en sont suivis constituent un fait regrettable ce qui impose actuellement un réexamen de la législation et des pratiques et, bien entendu, la Grèce doit consolider le sentiment de sécurité, avant tout chez ses citoyens. Nous comprenons, bien évidemment qu'en Grèce et en Europe et partout dans le monde, la violence n'est pas un choix politique et la position unanime et ferme de la société grecque à cet égard constitue justement la condamnation de la violence et du terrorisme.
J'aurais également l'occasion dans le courant de la journée, avant de partir pour Genève, de visiter la grande exposition - avant son ouverture officielle- qui est organisée par la Présidence hellénique au musée BOZAR sur le thème "Nautile". Il s'agit d'une manifestation importante organisée par les ministères des Affaires étrangères et de la Culture. Je suis ravi d'apprendre que cette exposition est attrayante car elle se trouve au cœur du message de la Présidence hellénique qui renvoie à la mer, une valeur intemporelle de l'Hellénisme et un élément de l'identité grecque. Mais ce qui constitue un élément de l'identité grecque actuellement, au cours de la Présidence hellénique, est également un élément de l'identité européenne. Et non seulement au cours de la Présidence. En général, il doit être un élément de l'identité européenne dans le cadre aussi de l'égalité institutionnelle des Etats membres.
JOURNALISTE : Monsieur le Président, pourriez-vous nous parler de vos discussions avec vos interlocuteurs. Est-ce qu'ils font confiance dans les autorités grecques ? Vos interlocuteurs n'ont-ils pas lancé des piques, exprimé leur mécontentement ou leurs préoccupations à l'égard de tout ce qui se passe dernièrement?
E. Vénizélos : Les préoccupations suscitées par le terrorisme ne cessent jamais. Tous les Etats peuvent avoir des moments infortunés dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Ceux qui gèrent ces questions d'une manière responsable savent qu'il faut être toujours prêt à parer à toute éventualité. Le système est complètement étanche et il n'y a aucun moment de relâche ou infortuné. Nous ne cachons pas la vérité. Nous sommes ouverts à la coopération internationale, et ce toujours en respectant notre souveraineté nationale, notre dignité institutionnelle, la Constitution et les lois de l'Etat. Mais la Constitution et les lois de l'Etat imposent la coopération internationale pour la protection et la sauvegarde de la sécurité de tous les citoyens ainsi que le renforcement du sentiment de sécurité.
JOURNALISTE : Y-a-t-il des piques? Des préoccupations ont-elles été exprimées à cet égard?
E. Vénizélos : Non, il n'y a pas eu des piques. Je vous ai répondu qu'il y a bien évidemment des préoccupations. Nous sommes les premiers à exprimer nos préoccupations et à faire notre critique personnelle. C'est pourquoi ont été mobilisés les services compétents en la matière et sont ouverts à la coopération internationale afin de gérer la situation avec la meilleure efficacité.
JOURNALISTE : Monsieur le Président une question. C'est hors sujet. Sur la Troïka. Pourriez-vous nous donner un aperçu de la situation actuelle?
E. Vénizélos : Je ne connais pas le calendrier. Cela relève du ministère des Finances. J'ai eu l'occasion de répondre à de nombreuses questions sur la Troïka hier, au cours de la réunion de la Commission des Affaires étrangères et j'ai dit que je répondais à ces questions devant la Commission des Affaires étrangères car cette institution hybride de la Troïka met sur le tapis des questions de souveraineté et d'égalité institutionnelle des Etats membres, tout comme des questions portant sur la protection du rôle de la Commission européenne, la délimitation du rôle de la Banque centrale européenne et en général la question du rapport entre la zone euro et le Fonds monétaire international dans la gestion des crises.
Actuellement, à travers l'approfondissement de la gouvernance économique, à travers les nouvelles institutions de l'union bancaire, à travers l'application du Pacte de stabilité et de croissance, on assiste au façonnement d'un autre cadre institutionnel. Mais, il est également vrai que ce cadre institutionnel difficile pour nous, ces conditions difficiles et très strictes qui ont eu souvent des conséquences tragiques, qui ont accablé et accablent le peuple grec, qui ont renforcé malheureusement la récession et ont alimenté le chômage, ces choix - difficiles et durs- ont été, vu la conjoncture actuelle, les plus anodins qui puissent être faits. Ce parcours concerté et si difficile est bien meilleur que le choix d'une faillite désordonnée et l'effondrement - économique, social et institutionnel -global de la Grèce.
Par conséquent, en dépit du fait qu'il est difficile de persuader le peuple grec que la situation actuelle n'est pas la pire chose qui puisse arriver, nous sommes obligés à insister sur l'application du programme pour sortir du mémorandum et de la crise. Il y a certains qui "investissent" du point de vue politique dans le maintien du mémorandum, de la Troïka et dans la poursuite de la crise, car ils profitent, au niveau politique, de cette situation qui est une situation urgente. Dans des conditions normales, ils n'auraient eu aucun rôle politique substantiel.
Tandis que certains investissent dans le scénario noir, nous, pour notre part, essayons de sortir de ce cadre stricte et de retourner à la normalité. Et le respect du peuple grec, le respect de ses sacrifices, de sa peine et de ses angoisses, impose que nous ferons tout ce qui est nécessaire maintenant que nous nous rapprochons de la fin du chemin, afin de libérer le peuple de la pression et de l'humiliation. De l'insécurité et de l'angoisse. Mais le peuple grec doit faire le choix entre un plan bien précis et difficile qui arrive à sa fin et un soi-disant plan inconnu qui viendra annuler tous les efforts consentis à ce jour. Et, qui plus est, il serait dommage de faire tous ces sacrifices en vain.
Les questions des institutions européennes, du Fonds monétaire international, de la Troïka seront réglées. Mais il ne faut que cela soit en dépens de la Grèce. Nous demandons la reconnaissance de nos exploits, le respect des sacrifices du peuple grec, l'annulation de ce débat injuste concernant la capacité ou l'incapacité de la Grèce ou la viabilité ou non de sa dette. Car la dette est viable comme le montrent les chiffres. Et la Grèce est un pays viable, fier et plein d'avantages. Et nous devons nous libérer de cet étau si nous voulons appliquer un plan de redressement national intégré. Avec le regard tourné à l'avenir.
Car certains ont le regard tourné au passé. Ils proposent au peuple grec un retour à la situation de l'avant de 2009 et ils lui proposent de vivre de nouveau cette expérience de la crise, de faire des sacrifices encore plus durs et dans des conditions tragiques. Ils ne parlent pas d'un nouveau système. Ils parlent du retour à l'ancien système. Et ils accusent nous d'être les partis de l'ancien système alors qu'ils proposent l'application de la politique de l'ancien système. Telle est la grande contradiction qui caractérise aujourd'hui le système politique grec et le débat public en Grèce.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, toutefois les gens sont fatigués de cette situation. Jusqu'où êtes-vous disposés à aller dans cette négociation?
E. Vénizélos : Bien évidemment, les gens sont fatigués. Mais je dois vous dire que les gens sont également fatigués dans de nombreux autres pays de l'Union européenne. Et tel est le grand pari de la nouvelle proposition pour l'avenir de l'Europe. Car tous les pays subissent, directement ou indirectement, les pressions de ces politiques d'austérité. Et je ne parle pas de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne ou encore de l'Italie. Je parle de grands pays, tels que la France et les Pays-Bas. Des pays qui se présentaient comme des modèles de stabilité budgétaire. Même la Finlande entre, selon le Fonds monétaire international, dans la zone dangereuse. Par conséquent, il existe un problème paneuropéen très grave lequel toutefois- si nous voulons être sérieux et précis - ne peut être réglé qu'à travers les propositions du Parti socialiste européen, à travers la coopération de ce dernier avec le Parti populaire européen, à savoir par le biais de la coopération des grands partis européens et pas à travers des canaux marginaux qui ne conduisent nulle part.
Janvier 21, 2014