Déclarations des MAE de Grèce et d’Azerbaïdjan, MM. D Droutsas et E. Mammadyarov

Points principaux :

[Concernant les relations Grèce – Azerbaïdjan :]


·          D. Droutsas : ceux qui suivent de près l’évolution de nos relations bilatérales constateront que les contacts entre les dirigeants politiques des deux pays sont assez fréquents ces derniers temps.

·          Ε. Mammadyarov : l’année dernière notre président a effectué une visite officielle à Athènes et cette année, au début du mois d’avril, nous attendons la visite officielle de votre président dans notre pays. Je peux dire que les relations entre la Grèce et l’Azerbaïdjan sont très bonnes, notamment dans les domaines de l’énergie et de l’économie.

[Concernant la coopération dans le domaine de l’énergie :]


·          D. Droutsas : Nos amis d’Azerbaïdjan savent que l’engagement de notre pays en faveur de la construction du gazoduc qui reliera l’Azerbaïdjan à l’Italie, via la Turquie, demeure ferme. Le gazoduc TGI est un projet mature et je pense que son caractère attrayant est d’autant plus renforcé par la perspective de le relier au système de transport de gaz bulgare, ledit GBI.

·          Ε. Mammadyarov : Le gaz naturel d’Azerbaïdjan est déjà sur le marché grec, à raison de 700 millions de mètres cubes et au niveau des sociétés nous parlons d’augmenter ces quantités. Le marché grec de gaz naturel est très important pour nous car la Grèce est le premier pays d’Union européenne à utiliser le gaz naturel du bassin de la Caspienne. Mes entretiens d’aujourd’hui et les négociations avec le premier ministre de Grèce, M. Papandréou, me permettent de dire que les perspectives d’avenir dans ce domaine sont importantes.

[Communiqué spécial du ministère des Affaires étrangères sur l’opération d’évacuation des ressortissants grecs en Libye :]

·          Hier, le ministère des Affaires étrangères avec l’aide du ministère de la Défense nationale ainsi que des ministères des Affaires maritimes et de la Protection du Citoyen, a mené à bien une opération très difficile d’évacuation de nos compatriotes par voie maritime et aérienne. Un certain nombre de nos compatriotes se trouvent toujours en Libye et nous continuerons l’opération jusqu’à ce que le dernier ait pu rejoindre notre patrie. Je souhaiterais remercier le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Dimitris Dollis, le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, l’Ambassadeur Yannis Zépos mais aussi les nombreux cadres du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Défense qui ont une nouvelle fois accompli leur devoir envers la patrie, avec professionnalisme, sérieux, et un sens accru des responsabilités et je les en remercie chaleureusement.

D. DROUTSAS :  C’est avec un grand plaisir que nous avons accueilli aujourd’hui à Athènes le ministre des Affaires étrangères de la République d’Azerbaïdjan et très bon ami, M. Elmar Mammadyarov. Je te souhaite la bienvenue à Athènes.

Ceux qui suivent de près l’évolution de nos relations bilatérales constateront que les contacts entre les dirigeants politiques des deux pays sont assez fréquents ces derniers temps.

Nous avons eu l’occasion de nous entretenir en privé avec M. Mammadyarov en septembre dernier à New York, lors de la session de l’Assemblée générale des Nations Unies, mais aussi par la suite, en décembre lors de la rencontre entre le Premier ministre, M. Papandréou et le Président d’Azerbaïdjan, M. Aliyev lors du sommet de l’OSCE. Et naturellement, le secrétaire d’Etat compétent pour la diplomatie économique, M. Spyros Kouvelis, se trouvaient au début de ce mois à Bakou dans le cadre de la réunion du Comité interministériel mixte pour la coopération économique entre nos deux pays. Ces rencontres donnent si vous voulez un aperçu précis de la dynamique de nos relations. Ce sont des relations basées sur la sincérité, qui se développent de façon stable, s’élargissent pour couvrir de plus en plus de domaines.

Et cela n’est pas dû au hasard. En effet, nos deux pays ont tout d’abord une position importante sur la région géopolitique élargie de la mer Noire. Ils ont, je dirais, des économies complémentaires et bien entendu la participation de nos pays à l’Organisation de la Coopération économique de la mer Noire, l’OCEMN, constitue un cadre très fertile de coopération. L’énergie, le commerce, le tourisme et le secteur financier ne sont qu’une partie des secteurs offrant des opportunités pour les deux parties.

J’aimerais mettre notamment l’accent sur la coopération dans le domaine de l’énergie. Nos amis d’Azerbaïdjan savent que l’engagement de notre pays en faveur de la construction du gazoduc qui reliera l’Azerbaïdjan à l’Italie, via la Turquie, demeure ferme. Le gazoduc TGI est un projet mature et je pense que son caractère attrayant est d’autant plus renforcé par la perspective de le relier au système de transport de gaz bulgare, ledit GBI.

Nous nous sommes naturellement entretenus sur les développements régionaux et internationaux et, pour ma part, j’ai eu l’occasion d’informer M. Mammadyarov de certaines questions qui préoccupent particulièrement la Grèce. Nous avons bien entendu échangé des vues et des estimations sur les événements en Afrique du nord et notamment en Libye, que nous suivons avec une très vive préoccupation.

Concernant ce point, permettez-moi, cher Elmar de dire deux mots encore. Hier, le ministère des Affaires étrangères avec l’aide du ministère de la Défense nationale ainsi que des ministères des Affaires maritimes et de la Protection du Citoyen, a mené à bien une opération très difficile d’évacuation de nos compatriotes par voie de maritime et aérienne. Un certain nombre de nos compatriotes se trouvent toujours en Libye et nous continuerons l’opération jusqu’à ce que le dernier ressortissant ait pu rejoindre notre patrie. Je souhaiterais remercier le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Dimitris Dollis, le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, l’Ambassadeur Yannis Zépos mais aussi les nombreux cadres du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Défense qui ont une nouvelle fois accompli leur devoir envers la patrie, avec professionnalisme, sérieux, et un sens accru des responsabilités et je les en remercie chaleureusement.

Enfin, j’aimerais me référer à un incident tragique survenu ces dernières heures. Ce matin un accident s’est produit, il s’agit d’un bus qui effectuait son trajet quotidien entre Istanbul et Thessalonique. Le bus est sorti de sa trajectoire faisant malheureusement des victimes. J’aimerais exprimer mes sincères condoléances aux familles des victimes et dire que le personnel de nos autorités consulaires à Istanbul se trouve sur place pour offrir toute l’assistance nécessaire.

Cher Elmar, encore une fois bienvenue à Athènes. Ta visite ici me réjouit particulièrement. Nous aurons bientôt, je pense, la visite officielle du Président de la République, M. Papoulias en Azerbaïdjan et je suis très heureux de notre coopération aussi étroite.

E. MAMMADYAROV
: Merci beaucoup Dimitris. Je suis très heureux de me trouver de nouveau ici, à Athènes, ce qui montre que nos deux pays entretiennent des relations étroites qui ne cessent de se développer, je dirais. L’année dernière notre président a effectué une visite officielle à Athènes et cette année, au début du mois d’avril, nous attendons la visite officielle de votre président dans notre pays. Je peux dire que les relations entre la Grèce et l’Azerbaïdjan sont très bonnes, notamment dans les domaines de l’énergie et de l’économie.

Le gaz naturel d’Azerbaïdjan est déjà sur le marché grec, à raison de 700 millions de mètres cubes et au niveau des sociétés nous parlons d’augmenter ces quantités. Le marché grec de gaz naturel est très important pour nous car la Grèce est le premier pays d’Union européenne à utiliser le gaz naturel du bassin de la Caspienne. Mes entretiens d’aujourd’hui et les négociations avec le premier ministre de Grèce, M. Papandréou, me permettent de dire que les perspectives d’avenir dans ce domaine sont importantes.

J’aimerais remercier mon confrère, Dimitris, qui m’a informé des questions revêtant un intérêt grec. Je l’ai également informé des questions d’intérêt pour mon pays, j’ai présenté les difficultés et les problèmes auxquels mon pays est confronté et notamment la question des négociations en cours entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabagh.

A ma connaissance, l’approche de la Grèce et l’Azerbaïdjan en termes de questions d’intérêt commun est pratiquement similaire et je pense que notre coopération évoluera non seulement dans le domaine de l’économie, mais aussi dans le domaine humanitaire. Et je pense que d’énormes possibilités existent dans ce domaine. Je vous remercie beaucoup.

JOURNALISTE: Vous avez exprimé vos préoccupations à l’égard de la situation en Libye. Comment pourrait-on à votre avis désamorcer les tensions ? Pensez-vous que les propositions relatives à la délimitation d’une zone d’interdiction de vols et au déroulement d’autres opérations militaires à caractère humanitaire pourraient apporter une solution à  la crise ?

D. DROUTSAS : Notre premier objectif était d’assurer le retour de tous les ressortissants grecs qui se trouvaient en Libye. Tel a été notre premier objectif. Bien évidemment, nous voulons que la violence cesse immédiatement et que la Libye ainsi que toute la région reviennent sur le chemin de la stabilisation. C’est le voisinage direct de la Grèce en  conséquence de quoi les questions relatives à la sécurité influent considérablement sur notre région aussi et la stabilité est étroitement liée à la croissance économique de notre pays. Ce sont des questions que nous avons signalées dès le début des évolutions non seulement en Libye mais aussi dans d’autres pays arabes, tels que la Tunisie et l’Egypte, tout en évoquant l’éventuel danger des flux migratoires vers l’Europe et bien entendu à travers la Grèce. Nous l’avons d’emblée signalé dans le cadre aussi de l’Union européenne et M. Papoutsis a eu l’opportunité  d’évoquer cette question lors d’une réunion spéciale de ses homologues des pays méditerranéens ainsi que lors de la réunion du Conseil de l’UE compétent en la matière. Nous avons affirmé que l’Union européenne devrait adopter une approche globale à l’égard de ce problème et que tous les pays de l’UE devraient apporter leur contribution et, si besoin est, fournir une aide financière. Nous sommes donc en concertation soutenue avec nos partenaires à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE en vue d’étudier les prochains pas à entreprendre et les moyens qui nous permettront d’assurer la stabilité et la tranquillité dans notre voisinage et notamment en Libye.

E. MAMMADYAROV : J’aimerais faire une remarque supplémentaire concernant la Libye. Nous nous sommes vus également obligés d’évacuer nos ressortissants de Libye par voie aérienne. D’après les informations qui nous sont parvenues par notre ambassadeur à Tripoli, certains de mes compatriotes demeurent dans les banlieues de grandes villes et croyez-moi, comme Dimitris l’a affirmé, il n’est pas du tout facile d’évacuer ces gens qui se trouvent dans ces régions. 

D. DROUTSAS :  J’aimerais ajouter à cela que cette crise et ces évolutions, notamment en Libye, attestent de nouveau de l’importance particulière du rôle de la Grèce dans la région car des pays tiers – qui plus est de grands pays comme la Chine –  se sont adressés à la Grèce et lui ont confié cette opération d’évacuation de leurs ressortissants, une opération qui, comme vous le savez déjà, a été menée à travers l’île de Crète sur la base d’un plan opérationnel coordonné par le ministère des Affaires étrangères en coopération avec la partie chinoise.

J’aimerais le souligner encore une fois car ces évolutions mettent en valeur le rôle particulier que la Grèce joue et peut jouer dans ces évolutions.

JOURNALISTE:   La guerre avec l’Arménie a pris fin en 1992, il y a à peu près 20 ans. En dépit de cela, les conflits aux frontières des deux pays se poursuivent et font des victimes – sur le plan militaire – des deux côtés tant du Karabagh que d’Azerbaïdjan. Le Karabagh est une République indépendante mais qui n’a pas été encore reconnue. L’Azerbaïdjan  par le biais de son Président Ilham Aliyev continue quotidiennement ses déclarations belligérantes qui alimentent la tension. Est-ce une politique en faveur de la paix ? Une politique en faveur de la croissance ? Merci.

E. MAMMADYAROV : S’agit-il d’un constat ou d’une question ? Je voudrais vous donner quelques informations sur les négociations menées avec l’Arménie en vue de résoudre ce conflit.

Le conflit n’a pas pris fin en 1992. Il y a eu un cessez-le-feu en 1994 et une ligne de contact a été établie entre les forces armées de l’Arménie et d’Azerbaïdjan. En 1993, au plus fort de la crise, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté quatre résolutions. Dans les quatre résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’organe international qui est chargé du maintien de la paix et de la stabilité, il est affirmé que les armées arméniennes devraient se retirer des territoires occupés, que le nettoyage ethnique devrait cesser, à savoir le nettoyage de la population ethnique d’Azerbaïdjan et du Haut – Karabagh, et enfin que la région devrait être dotée d’une intégrité territoriale et d’une souveraineté. En 1992, nous avons entamé des négociations avec l’Arménie dans le cadre du groupe de Minsk de l’OSCE. En 1997, dans le cadre du groupe de Minsk a été établie une coprésidence avec les Etats-Unis, la Fédération de Russie et la France.

Au cours de cette coprésidence, les négociations se sont poursuivies et divers plans ont été présentés. Toutefois, les fusillades meurtrières au parlement arménien ont obligé le Président du parlement, le vice-président, le ministre de la Défense et autres de suspendre le processus de paix.

En 2004, a débuté à Prague ledit processus de Prague dans le cadre duquel ont été menées les négociations entre les deux ministres des Affaires étrangères d’Arménie et d’Azerbaïdjan et des coprésidents, des Etats Unis, de la Russie et de la France.

Après quatre ans de négociations extrêmement intensives, les coprésidents ont présenté lors de la réunion ministérielle de l’OSCE à Madrid en 2007 des propositions écrites. Celles-ci constituent les principes fondamentaux d’un règlement qui servira de base pour le processus de paix.

Et en 2009 ici à Athènes, lors de la réunion ministérielle de l’OSCE, les coprésidents ont présenté des propositions actualisées. Ces documents actualisés de Madrid ont fait l’objet de négociations intensives entre les deux présidents car l’Arménie avait été dotée d’un nouveau président.

En 2010, après avoir étudié les propositions des trois coprésidents, l’Azerbaïdjan, a décidé d’accepter ces propositions en tant que base du processus de paix. Malheureusement, la partie arménienne a demandé plus de temps pour pouvoir évaluer ces documents et décider si elle les utiliserait comme base. Et après nous avons la clé du plan qui est le suivant : l’Arménie doit retirer toutes ses armées de toutes les régions environnantes du Haut – Karabagh ce qui permettra l’ouverture des routes et de toutes les communications. Pour des raisons de sécurité, des observateurs des forces de paix seront présents et il y aura la possibilité d’appliquer plus de mesures de confiance et d’assurer plus contacts entre les peuples afin que les personnes déplacées en raison du nettoyage ethnique puissent retourner dans leurs foyers et que la communauté arménienne de la région tout comme la communauté azerbaidjanaise puissent obtenir un statut transitoire. Et une fois que la normalité sera établie dans la région, le statut officiel du Haut – Karabagh sera défini.

Ce que vous avez dit n’est pas valable. Parler d’autodétermination de notre part n’est pas possible lorsqu’il s’agit d’une région qui a subi un nettoyage ethnique.

Cela doit être décidé par les personnes qui vivent dans cette région. Et nous considérons que nous avons suffisamment d’arguments pour pouvoir convaincre le peuple arménien qui vit dans le Haut-Karabagh qu’il est au profit de son avenir, de sa vie, de sa prospérité, de la stabilité et de ses enfants de prendre une telle décision.

C’est ainsi que nous envisageons le parcours vers la croissance sans lignes séparatrices et sans murs. Nous pensons que cela n’est pas un parcours vers l’avenir, nous pensons que par ces moyens les difficultés ne seront pas surmontées et la stabilité ne sera pas de nouveau consolidée dans la région. Je suis convaincu que nous atteindrons notre objectif. Merci.

D. DROUTSAS : Permettez-moi de faire une brève remarque à l’égard de cette question. Lors de notre rencontre d’aujourd’hui, M. Mammadyarov m’a informé sur les positions d’Azerbaïdjan et de toutes les dernières évolutions et comme vous le savez, la Grèce demeure attachée aux principes du droit international et c’est dans ce cadre que nous soutenons les efforts de médiation dudit groupe de Minsk en vue d’un règlement pacifique de la question. Je pense que le dialogue est nécessaire, le dialogue est toujours nécessaire quand il y a des vues divergentes. L’Azerbaïdjan joue un rôle de premier plan dans une région revêtant une importance cruciale pour l’Europe aussi et nous poursuivrons notre coopération en vue de promouvoir la sécurité, la stabilité dans la région du Caucase du Nord ainsi que dans toute la région de l’OSCE.


Merci.


Février 25, 2011