N. KOTZIAS : «Je ne sais pas si je dois chaque fois dire que je vais à Chypre ou que je rentre à Chypre. Car cette île fait partie de ma jeunesse et occupe une place à part dans mon cœur. Et aujourd’hui cette visite à cette belle école de « Makedonitissa » et cette belle manifestation organisée à l’occasion de la fête nationale du 28 octobre célébrant le jour du « Non », m’ont beaucoup émues. C’est un plaisir particulier pour moi de m’entretenir avec le ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre, Ioannis Kassoulidis avec lequel nous avons une coopération non seulement sur des questions strictement gréco-chypriotes, mais aussi sur des questions liées aux évolutions internationales et européennes et son opinion ainsi que ses connaissances me servent toujours de soutien à mes propres réflexions.
Nous avons eu avec le ministre une discussion exhaustive sur les questions migratoires qui sont dans l’œil du cyclone en Grèce, pays bastion de l’UE. Nous avons abordé des questions énergétiques portant tant sur le dossier énergétique chypriote et ses perspectives, que sur celui de la Grèce concernant les gazoducs qui transiteront par la Grèce ou les terminaux de GNL qui seront installés dans le pays.
Nous avons engagé une discussion détaillée sur les partenariats tripartites que nous avons établis avec l’Egypte et Israël, ainsi que sur certaines réflexions que nous faisons concernant le développement des partenariats tripartites de ce genre avec d’autres pays aussi, tels que la Jordanie. Comme vous pouvez vous-mêmes le constater, ce modèle de coopération en Méditerranée orientale a gagné des partisans, c’est-à-dire des Etats qui veulent y participer.
Bien évidemment, le principal objet de notre discussion a été le dossier chypriote. Le dossier chypriote en tant que question d’occupation, de violation des règles internationales et du droit international, d’unification de l’île et de coexistence fonctionnelle qui sera sauvegardée par les institutions au sein d’une République de Chypre, fédérale, bizonale et bicommunautaire où les Chypriotes turcs auront accès à tous les biens et bénéficieront du maximum des droits dans la mesure du possible, tandis que les Chypriotes grecs, tout comme les autres trois minorités ici à Chypre, se sentiront en sécurité au sein d’une République de Chypre stable. Et, bien évidemment, pour ce faire, les armées d’occupation doivent être retirées et mon opinion sur la question des garanties est bien connue.
Dans le cadre des discussions engagées sur la question chypriote, nous discutons aussi avec des parties prenantes internationales, et nous nous sommes à plusieurs reprises entretenus avec M. Eide, avec la partie européenne, avec la partie américaine et avec tous les Etats membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et, je peux vous dire que le climat général est positif concernant les questions fondamentales auxquelles est confrontée la République de Chypre et du point de vue que cette dernière envisage ces questions.
J’aimerais aussi dire qu’avec M. Kassoulids nous avons discuté des questions majeures régionales qui sont au cœur de l’actualité et je l’ai briefé sur les initiatives que nous avons prises vis-à-vis de nos voisins dans les Balkans.
Je pense que chaque fois que je quitte Chypre, j’ai le cœur plus plein, et je suis plus optimiste et plus vigilant. Toutefois, cet optimisme est bien modéré et réaliste et j’ai le sentiment que lors de ce voyage aussi ça se passe la même chose tout comme à chaque voyage lorsqu’on discute des questions relevant de la politique étrangère. Je voudrais encore une fois remercier la République de Chypre et Son Excellence, le ministre des Affaires étrangères, M. Kassoulidis de l’accueil chaleureux qu’il nous réserve chaque fois qu’une délégation grecque effectue une visite à Chypre. Et je voudrais conclure en répétant ce que j’ai dit au début : je ne sais pas si je viens ici en tant que visiteur ou si je rentre ici, en République de Chypre, à un endroit qui fait partie de ma jeunesse et qui m'est aussi cher. Je vous remercie ».
JOURNALISTE : Question concernant l’immigration.
N. KOTZIAS : Je ne dirais qu’un seul mot. Il n’est pas possible que des pays tiers, tels que la Grèce payent pour les choix des autres. Nous n’avons pas contribué, ni nous n’avons voulu cette guerre en Libye ou en Syrie. Je pense qu’il est injuste que les pays qui ne sont pas responsables pour les flux migratoires payent le prix. En outre, je dois dire qu’il est impossible de ne pas soutenir les camps de l’ONU en Jordanie et au Liban afin que ceux-ci obtiennent une aide matérielle et financière et d’assister à ce nouveau phénomène du déplacement des 300.000 personnes partant de ces camps à destination de la Grèce.
L’Europe aurait dû, au lieu de discuter de la somme d’argent qu’elle va dépenser sur son propre territoire, ou au moins elle doit maintenant, même tardivement, veiller à ce que des fonds soient mobilisés en matière de ressources humaines, d’infrastructures dans les domaines de l’emploi et de l’éducation, pour soutenir les migrants à l’intérieur du monde arabe, à savoir en Jordanie et en Libye.
A savoir nous devons être très vigilants afin de ne pas déstabiliser des Etats comme l’Egypte, un pays derrière duquel il y a le Soudan de la guerre civile et l’Etat de Somalie en voie d’effondrement. Par conséquent, une série de mesures doivent être prise dans la région lesquelles empêcheront la naissance du problème migratoire lequel, vu son ampleur, est difficile à gérer. Il est possible que les phénomènes de déstabilisation se poursuivent ou que de nouveaux phénomènes fassent leur apparition. Personne ne peut prévoir l’ampleur du problème et c’est pourquoi que des mesures doivent être prises afin d’éviter que celui-ci ne soit pas d’avantage amplifié.
Octobre 26, 2015