Déclarations du ministre des Affaires étrangères, Stavros Lambrinidis et de son homologue croate, Gordan Jandrokovic à l’issue de leur rencontre à Zagreb (6 septembre 2011)

M. Jandrokovic : Tout d’abord, Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue en Croatie. C'est avec un grand plaisir que nous accueillons parmi nous mon collègue, le ministère des Affaires étrangères de la République hellénique, son Excellence M. Lambrinidis. Il s’agit de sa première visite en Croatie et nous nous réjouissons particulièrement de l’avoir parmi nous.

J’aimerais féliciter M. Lambrinidis pour sa nomination au poste de ministre des Affaires étrangères de la République hellénique et pour sa position précédente au poste de vice-président du Parlement européen pendant laquelle il a fourni un soutien sans faille à la Croatie lors de ses négociations d’adhésion.

Nos deux pays entretiennent d’excellentes relations. Il n’y a aucune question en suspend entre nous et nous coopérons avec succès au sein des organisations internationales. Par ailleurs, nous travaillons ensemble sur la stabilisation de l'Europe du sud-est et je pense que cette réunion contribuera à la réalisation de cet objectif. J'aimerais souligner notre préoccupation commune pour la stabilité de l'Europe du sud-est. Nous avons tout intérêt à ce qu'il y ait la stabilité dans la région et nous pensons, nos deux pays pensent, que l’adhésion à l’Union européenne est la garantie de la stabilité et de la prospérité économique. Nous sommes également convenus que nous devons essayer, dans la mesure de nos capacités, d’assister tous les pays dans leur cheminement vers l’Union européenne. Tous les pays de l’Europe du sud-est bien entendu.

Nous sommes également convenus de coopérer sur le plan économique, ce qui est bien mais nous devons élargir cette coopération. Les échanges commerciaux se sont élevés à 141 millions d'euros en 2010 et il existe des possibilités d'amélioration dans ce domaine.

J'ai indiqué à mon collègue que nous étions disposés à coopérer avec les investisseurs grecs et qu’ils étaient les bienvenus dans notre pays. Je suis heureux que le consortium grec ait participé à l’appel d’offre concernant le projet de l’aéroport et qu’elle ait réussi à figurer sur la liste des cinq meilleurs candidats. Nous lui souhaitons bonne chance. 

Nous nous sommes également mis d’accord sur le fait que la coopération dans le secteur du tourisme est ce dont les deux pays ont besoin. C'est une industrie qui présente un grand potentiel d'amélioration. L'année passée, quelque 30 000 touristes grecs ont visité la Croatie et nous souhaitons améliorer ce chiffre et attirer non seulement les touristes grecs en Croatie, mais aussi envoyer les touristes croates en Grèce.

Enfin, nous avons abordé la situation en Afrique du nord et au Moyen-Orient. Nous avons échangé des vues sur la situation actuelle et sommes convenus que, si nécessaire, nos deux pays pourraient coopérer dans le but de contribuer à la stabilisation de cette partie du monde.

S. LAMBRINIDIS : Merci beaucoup Gordan, merci pour ce formidable accueil. Ma visite dans votre pays marque la première étape d’une série de visites que nous effectuerons ces prochains jours dans notre région. Je voulais envoyer un message et dire combien je suis heureux et fier que l’UE accueille prochainement la Croatie en son sein en tant qu’Etat membre. Je suis à la fois fier et satisfait et comme Gordan le disait toutes ces années, même devant le Parlement européen, moi personnellement mais aussi mon pays avons travaillé d’arrache pied pour que la Croatie puisse devenir membre de cette famille.


Permets-moi Gordan de préciser une chose : la réussite, la fierté t’appartiennent, elles appartiennent au peuple croate et vous avez tous mérité ce succès. Vous avez travaillé durement et avez réussi cet exploit par vous-même. Cette réussite vous appartient donc exclusivement.


Rien n'aurait été possible si le peuple croate n’avait pas consenti de gros efforts et si l’UE n’avait pas respecté ses engagements d’accueillir la Croatie, une fois que cette dernière aurait rempli tous les critères d’adhésion. Et force est de souligner combien il était important que vous ayez réussi cet exploit en une période particulièrement difficile marquée par la crise économique et un euroscepticisme bien affiché dans de nombreux pays européens.


Je pense donc que la Croatie a su prouver qu’elle méritait de devenir membre de plein droit de l’UE. Et je pense que l’Europe a envoyé un message à tous les pays de la région. A savoir que si ceux-ci assument leurs responsabilités, ils deviendront membres de plein droit de l’UE. Nous devons coopérer étroitement, tel est notre objectif, et ce, afin de pouvoir aider les autres pays à adhérer à l’UE. La Grèce, comme vous le savez, a, à cette fin, élaboré un agenda, le fameux « Agenda 2014 » et nous coopérons très étroitement avec la Croatie pour pouvoir assurer à la coordination nécessaire.


Nous avons bien entendu abordé de manière approfondie la question du Moyen-Orient. Dans cette région, l’Europe peut contribuer considérablement à instaurer la paix à ce stade et à établir des institutions.


Nous avons discuté de l’économie, comme l’a dit le ministre, les opportunités pour les entreprises grecques et croates sont nombreuses et ne cessent d’augmenter. Nous devons penser intelligemment et coopérer. Par exemple, le tourisme est l’industrie lourde de la Croatie et de la Grèce. Il n’y a aucune raison pour que les deux pays ne coopèrent pas étroitement dans ce domaine s’agissant qu’ils se trouvent si près l’un de l’autre et qu’ils puissent ainsi multiplier les avantages d’une vague touristique qui pourrait déferler sur les deux pays.


J’aimerais également souligner qu’il s’agit de ma première visite en Croatie. Je vous demande pardon pour n’être jamais venu dans votre pays. Et même si cette visite est la première, elle ne sera pas la dernière. J’espère pouvoir visiter bientôt la Croatie à titre non officiel et j’espère que des dizaines de milliers de Grecs en feront de même. Ce pays est magnifique et j’ai été très heureux d’avoir été à vos côtés pendant toutes ces années. Je me réjouis à la perspective de notre future coopération.

JOURNALISTE : Les deux ministres ont-ils discuté de la situation économique actuelle en Union européenne et de la situation économique particulière en Grèce ainsi que de leur coopération dans un tel contexte ?
S. LAMBRINIDIS : Nous avons examiné la façon dont la Croatie et la Grèce pourraient valoriser la crise en Europe et la transformer en opportunité afin que les deux pays puissent établir des relations économiques encore plus solides. En période de crise, les hommes d’affaires sérieux recherchent des opportunités en dehors du pays et c’est exactement ce que nous nous efforçons de faire. Hormis cela, nous avons bien entendu abordé la question de la situation économique en Grèce. Voyez-vous, en période de crise, les ministres des Affaires étrangères sont appelés à jouer le rôle des ministres des Finances. Mais nous ne sommes pas des ministres des Finances. Par conséquent, nous ne parlons en règle générale que de questions relevant de la politique étrangère. Nous aurons l’occasion, aujourd’hui pendant le dîner, d'aborder les autres questions également de manière plus approfondie.


JOURNALISTE : Vous avez parlé de l’Afrique du Nord et de la Libye. En ce qui concerne ces deux dossiers, quel rôle peut jouer la Grèce dans la région ? Je me demande également si vous avez discuté des développements et des relations entre la Turquie et Israël ?


S. LAMBRINIDIS : En ce qui concerne la Libye, nous avons eu l’occasion de parler avec Gordan des efforts déployés en Grèce sur le plan humanitaire. Aujourd’hui, deux avions ont transporté de l’eau potable à destination de Tripoli. Nous avons été chargés de coordonner cet effort avec la Commission européenne qui a un bureau de liaison sur place et j’ai proposé à mon collègue de coopérer pour pouvoir faire face à la crise humanitaire. Il m’a informé du soutien humanitaire offert par la Croatie.


Nous avons également abordé des questions relatives à la Turquie, au Moyen-Orient, à la Syrie et comme vous pouvez bien le comprendre, nous avons largement passé en revue toutes ces questions. Je pense que, tous deux, avons abouti à la conclusion suivante : il est très important d’envoyer un message à tous les pays de la région, à savoir qu’ils doivent promouvoir la stabilité concrètement, par leurs paroles et leurs actes, et ne pas déclencher l’instabilité dans la région. Nous soutenons tous deux la dimension de l’intégration européenne de notre région, y compris pour la Turquie. Toutefois, nous pensons que l’Union européenne doit transmettre le message suivant à ces pays : cette opportunité est corrélée à la responsabilité de respecter les relations de bon voisinage et la stabilité.

Septembre 6, 2011