Veuillez trouver ci-dessous les déclarations du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Evangelos Vénizélos aux journalistes grecs à l'issue de la réunion d'aujourd'hui du Conseil « Affaires générales » de l'UE :
E. Vénizélos: Ces trois jours derniers à Bruxelles, depuis dimanche après-midi jusqu'aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de participer à une série d'activités organisées dans le cadre de la Présidence hellénique ou en marge de celle-ci. La première réunion a été celle des 12 ministres des Affaires étrangères socialistes qui participent au Conseil des Affaires étrangères. La participation des ministres du Parti socialiste européen est dernièrement devenue plus large et ce rassemblement des 12 ministres des Affaires étrangères socialistes auquel participent les grands pays de l'Union, tels que l'Allemagne, la France, l'Italie nous permet de discuter dans un esprit amical et non officiel de toutes les questions majeures qui sont abordées officiellement au sein du Conseil.
L'occasion nous a également été offerte de présider deux réunions très importantes, les Conseils d'Association et de Stabilisation, avec l'Albanie et l'Algérie. Pour des raisons évidentes, l'Albanie qui est notre pays voisin dans les Balkans, ainsi que l'Algérie, pays méditerranéen et source d'approvisionnement d'une très grande partie du gaz naturel que nous utilisons, revêtent un intérêt stratégique particulier pour la Grèce. Et il était très important que nous ayons pu contribuer au renforcement de leurs relations avec l'Union européenne. Par ailleurs, notre objectif est d'octroyer d'ici à juin le statut de pays candidat à l'adhésion à l'Albanie.
Lors de la réunion d'aujourd'hui du Conseil « Affaires générales » à laquelle j'ai eu l'honneur de présider au nom de la Grèce, nous avons discuté de la préparation du Conseil européen du 26 et 27 juin, qui, en effet, se penchera sur toutes les questions majeures de la politique européenne. Car ce sera le Conseil européen qui se tiendra après les élections européennes, le Conseil européen qui formalisera probablement les choix pour l'attribution des grandes fonctions politiques de la construction institutionnelle européenne et qui, en effet, se penchera sur les deux grands volets de la politique européenne : le volet Sécurité, Justice et Etat de droit, le volet Compétitivité, Développement, Emploi, en liaison avec l'Energie et le Changement climatique.
Et cela en association avec le parachèvement dudit Semestre européen, à savoir le processus, la surveillance mutuelle de tous les Etats membres de l'Union européenne et de la zone euro. C'est une surveillance mutuelle que nous voulons. C'est ce qui se passe normalement au sein de l'Union européenne. Et nous voulons y revenir. Nous voulons revenir à la normalité d'un pays européen, sans le mémorandum, sans la crise et sans, bien évidemment, la Troïka qui est mise en place en raison de l'existence du Fonds monétaire international dans ce contexte.
L'occasion m'a également été offerte aujourd'hui de parler au nom du Conseil de l'Union européenne lors de la cérémonie de courte durée consacrée à la célébration du 10e anniversaire depuis le grand élargissement de la période 2003-2004, avec l'adhésion de dix nouveaux membres à l'Union européenne, laquelle est passée de 15 à 25 membres pour devenir une Union des 27 avec la Bulgare et la Roumanie et une Union des 28 avec la Croatie. Les grandes vagues de l'élargissement ont été historiquement assimilées aux présidences helléniques. Cela s'est également passé en 2003 avec la signature du Traité d'Athènes. Ainsi qu'en 1994 lors de la Réunion au sommet de Corfou. Par conséquent, la Grèce est assimilée à de très grands développements liés au projet de l'intégration européenne.
En marge du Conseil, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec le vice-président de la Commission européenne, M. Siim Kallas, lequel exerce les fonctions assumées à ce jour par M. Olli Rhen, autrement dit il est chargé du portefeuille de la Politique économique et monétaire. Et, bien évidemment, notre question principale a été, comme on pourrait l'envisager, l'officialisation de la viabilité de la dette publique grecque, qui, comme nous l'avons à maintes reprises affirmé, et comme le souligne le chef du Mécanisme européen de stabilité, M. Klaus Regling, est viable pour des raisons que nous avons détaillées, lesquelles, probablement ne sont pas comprises par des personnes de mauvaise foi, ces derniers ne voulant pas accepter que la Grèce ait préparé la voie, grâce aux sacrifices de ses citoyens, menant vers la sortie définitive de la crise. Et de retourner définitivement à la normalité européenne.
JOURNALISTE : Monsieur le vice-Premier ministre, pourriez-vous donner plus de détails concernant votre rencontre avec M. Kallas?
E. Vénizélos : Non! Je ne peux pas. Nous avons, à maintes reprises, évoqué le fond du sujet et vous êtes au courant.
JOURNALISTE : Avez-vous discuté du calendrier?
E. Vénizélos : Non. Le calendrier est déjà fixé par les décisions de l'Eurogroupe et du Conseil européen.
JOURNALISTE : En ce moment, M. Tsipras se trouve en Russie. Est-ce qu'il a eu des contacts avec le ministère des Affaires étrangères avant d'aller là-bas? Est-ce qu'il a voulu entrer en contact avec vous? Est-ce que vous avez voulu entrer en contact avec lui à cet égard?
E. Vénizélos : Non. M. Tsipras ne nous a pas informés, au moins au niveau de la direction politique du ministère des Affaires étrangères, de son intention de se déplacer à Moscou. On pourrait lui fournir des informations, du matériel et des documents. J'ai constaté avec une très grande tristesse qu'il s'est entretenu avec Mme Matvienko à Moscou et en présence de la Présidente de la Chambre haute du parlement russe - qui est une amie de longue date de la Grèce et mon amie personnelle - il m'a accusé de m’être empressé, en ma qualité de ministre des Affaires étrangères, de reconnaître le gouvernement actuel de l'Ukraine. Il a oublié que le gouvernement ukrainien actuel a été reconnu par le Président Poutine ainsi que par le gouvernement russe qui négocie sans cesse avec le Président, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine et participent tous ensemble au processus de Genève. En outre, je voudrais le remercier car il pense que tout ce qui est lié aux grandes décisions nationales et à la politique étrangère du pays est mon affaire personnelle. Mais les gouvernements et notamment les gouvernements de coopération ne fonctionnent pas ainsi. J'espère que lorsqu'il formera son propre gouvernement avec M. Kammenos, il se concertera avec son partenaire avant de prendre les grandes décisions en matière de politique étrangère.
JOURNALISTE : Quelle est la position du gouvernement grec à l'égard de la condamnation hier de la Turquie par la Cour européenne des Droits de l'Homme?
E. Vénizélos : Nous considérons que la décision de la Cour européenne des droits de l'Homme est extrêmement importante. Le fait que Chypre ait obtenu gain de cause et que la Turquie a encore une fois été condamnée, puisqu’elle considérée comme l'auteur d'une violation continue de toutes les dispositions du droit international et humanitaire, mais aussi des droits de l'homme, est très important pour la situation actuelle s’agissant du dossier chypriote. Chypre s'efforce de parvenir à une solution, conformément au droit européen et à l'acquis communautaire. La Turquie en est responsable, ce qui lui est reproché depuis très longtemps par la Cour européenne des Droits de l'Homme. Il serait extrêmement utile et constructif pour la Turquie de prendre en considération les décisions de la Cour européenne des Droits de l'Homme afin de pouvoir contribuer au façonnement d'une solution applicable, juste, viable, conforme aux résolutions du Conseil de sécurité et à l'acquis communautaire. Cette décision constitue une réparation morale pour les familles des personnes disparues. Une réparation morale et juridique pour les personnes enclavées. Et, le montant de la réparation que la Turquie doit verser - un montant très élevé - a une signification importante pour la conviction européenne commune au sein de la Grande Europe du Conseil de l'Europe, une conviction matérialisée dans la Convention européenne des droits de l'homme concernant la situation à Chypre.
JOURNALISTE : Pourriez-vous nous parler de l'accord conclu sur l'utilisation des dénominations géographiques avec l'Albanie?
E. Vénizélos : L'accord conclu entre la Grèce et l'Albanie est très important car l'Albanie s'engage à utiliser la liste des dénominations géographiques grecques conformément aux normes de l'ONU et de l'OACI. Cela est extrêmement simple et pratique. En outre, la déclaration de mon homologue albanais qui a affirmé qu'aucune question de souveraineté nationale, d'intégrité territoriale ne se posait et que tout est régi par le droit international et les relations de bon voisinage, est très importante. Cet accord signifie tout simplement que les actes de naissance porteront la dénomination géographique donnée par la Grèce, à savoir l'endonyme comme on l'appelle. Sur les passeports, lorsqu'il s'agit d'un Albanais né en Grèce, figurera tout simplement l'indication Grèce, à savoir GR. Par conséquent, aucune question de connotation ne se pose. Telle est par ailleurs la plus simple pratique internationale.
JOURNALISTE : Dans le cas où un enfant est né de parents albanais?
E. Vénizélos : Sur son passeport figurera l'indication GR. Sur son identité albanaise figurera l'indication visée dans la liste grecque.
Je vous remercie beaucoup.
Mai 13, 2014