Ε. Vénizélos : Ma rencontre avec la nouvelle ministre italienne des Affaires étrangères a été tout aussi utile que pratique et fructueuse. Nous sommes d’accord sur tout. La présidence italienne du second semestre continue en fait les priorités de la présidence hellénique. L’Année méditerranéenne 2014 fonctionne. D’ailleurs, les sociétés d’Europe ont des préoccupations communes. Elles veulent la croissance, des investissements, des emplois. Elles veulent la protection de l’Etat social, elles veulent la solidarité. Elles ne veulent plus de politiques d’austérité et de chômage. Par ailleurs, il est très important de parachever l’Union bancaire, car les banques sont un levier pour les investissements, la croissance et la création d’emplois.
L’immigration, les flux migratoires, la protection de nos frontières sont par ailleurs très importants. Non seulement pour des raisons humanitaires, mais pour des raisons de sécurité. Ce sont deux éléments cruciaux. Et aussi, la politique maritime est pour nous, en tant que pays méditerranéens, une priorité. Elle est liée aux zones maritimes, à la zone économique exclusive, au plateau continental en Méditerranée. Elle est liée à l’environnement, l’énergie et à cet égard nous avons discuté de la question de la destruction de l’arsenal chimique en Syrie, car la nouvelle ministre italienne des Affaires étrangères a des sensibilités environnementales et elle ne veut en aucun cas porter atteinte à l’environnement marin méditerranéen.
Bien entendu, nous avons aussi discuté de l’Ukraine. La grande question est que le gouvernement de transition puisse fonctionner de manière consensuelle. Que toutes les forces d’Ukraine puissent s’exprimer, sans oublier les forces régionales. Que toutes les minorités et les groupes ethniques puissent sentir qu’ils ont le droit à un certain niveau européen. Cela concerne la population grecque, la communauté grecque à Marioupol, Odessa et autres régions comptant d’importantes communautés grecques et bien entendu il est très important de pouvoir résoudre le problème économique actuel accru de l’Ukraine, non en faisant des grandes déclarations et de belles phrases, mais en apportant une aide économique. Et cela n’est possible qu’à travers la coopération de l’UE, des Etats-Unis, de la Russie et autres acteurs comme le Fonds monétaire international, mais pas seulement le Fonds monétaire international car l’Ukraine doit pouvoir supporter les mesures politiques et économiques qui seront prises. Qu’elle puisse résister en tant que société.
Journaliste : Une question seulement. Vous vous êtes mis d’accord avec votre homologue italienne sur les paramètres de l’Europe. Est-ce qu’une plus grande flexibilité est nécessaire dans leur application ?
Ε. Vénizélos : Manifestement l’Italie aussi, qui est un grand pays industriel, une grande économie, participe au G8, aux huit plus grandes économies du monde ; elle a les mêmes problèmes que la Grèce, sans pour autant avoir pris un prêt, sans avoir obtenu l’aide que la Grèce a obtenu. Nous savons donc très bien comment les sociétés réagissent, lorsqu’on est contraint de mettre en œuvre des politiques d’austérité engendrant la récession et le chômage. De ce point de vue, la position de l’Italie est toujours très cruciale pour la création de rapports européens positifs.
Mars 1, 2014