Je dirais que cette manifestation importante est d’actualité, tout comme l’idée d’établir un dialogue sur les expériences anciennes et actuelles des pays de l’Europe centrale et orientale et des Balkans afin que nous puissions tirer les leçons nécessaires dans ce processus dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui ou dont nous sommes témoins dans le monde arabe. Je pense qu'il s'agit d'une initiative très actuelle et j'aimerais également saluer ceux qui ont conçu l'idée, qui ont organisé cette conférence et notamment le ministre M. Mladenov.
Je m’efforcerais d'être concis pour gagner du temps car je pense qu’il est toujours très intéressant de pouvoir entendre les questions et les réponses. Je suis sûr que les interventions de l'audience seront très intéressantes. J’aimerais tout d’abord dire l’évidence, à savoir que les développements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient sont en cours et nul ne peut prévoir l'issue finale. Je pense que nous devons en tenir compte et à mon sens il est dommage que les évolutions, notamment en Libye, fasse de l’ombre aux évolutions en Egypte et en Tunisie.
Je pense également qu’il faut tenir compte du fait que dans les pays arabes chaque situation est incontestablement un cas unique. Par conséquent, je ne pense pas que nous puissions prendre comme modèle une « feuille de route » et l’appliquer à tous les cas, pour ce qui est de la modernisation institutionnelle du pays, notamment en ce qui concerne le monde arabe. Il faut également être clair sur le fait qu'aucun changement ne pourra être appliqué de façon appropriée si deux conditions essentielles ne sont pas remplies. Et ces deux conditions sont avant tout le respect de l'identité des peuples et de la culture et deuxièmement la nécessité d'un soutien réel de la part des sociétés elles-mêmes. Je pense que sans ces conditions, il ne peut y avoir vraie modernisation des institutions et une transformation réelle de la région en ce que nous souhaitons tous, à savoir une vraie démocratie.
Permettez-moi de me référer brièvement à l'expérience des Balkans qui a constitué l'idée de base de cette conférence. Je pense que ce sujet revêt une importance majeure pour notre discussion. Et la Grèce, en tant que voisin direct de la région des Balkans suit de très près cette période de transition et j'oserais dire que la Grèce a également contribué substantiellement à la stabilisation de la région et au processus de réformes dans de nombreux pays des Balkans.
Pour ce qui est de cette question, il convient de souligner que ces efforts de réforme dans les pays des Balkans sont animés par une motivation qui n’est autre que la vision d’adhésion à l’UE. Il est communément admis que cette vision – une vision bien particulière – en faveur de l’adhésion à l’UE a été une force motrice pour les pays des Balkans afin que ces derniers puissent achever les réformes nécessaires qui sont en cours.
Et je dois dire, puisque nous nous trouvons en Bulgarie, dans les Balkans, qu’un progrès notable a été accompli dans tous les pays des Balkans occidentaux. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. Il ne faut pas l’oublier, tout comme il ne faut pas oublier qu'au sein de l'UE nous sommes confrontés au phénomène bien connu de la « fatigue de l’élargissement » qui s’intègre également dans le cadre de la crise économique au niveau international.
Il ne faut pas sous-estimer l’impact de la fatigue d’élargissement au sein de l'UE et la seule raison pour laquelle je m'y suis référé est pour parler de l'initiative que nous avons pris il y a un an et demi, appelée « Agenda 2014 », une initiative qui vise à insuffler un nouvel élan au processus d’adhésion à l’UE des pays des Balkans.
En conséquence de cela, la perspective d’adhésion à l’UE, en tant que force motrice, n'est bien entendu pas valable pour les pays arabes qui traversent une période de transition à caractère politique. Il faut en tenir compte. Si vous voulez, nous n’avons pas d’outil ou de mécanisme similaire pour ces pays, qui puisse être pour eux une motivation, un objectif à réaliser. A cette occasion, j'aimerais indiquer que nous avons besoin, en tant qu'UE, de développer un nouveau partenariat avec nos voisins du sud. Nous avons besoin de vision, d'un ensemble complet de mesures économiques et politiques afin de donner une meilleure impulsion aux changements qui se produisent dans notre voisinage sud, en Afrique du nord et au Moyen-Orient. Nous devons développer un plan « Marshall » pour la région.
Cette idée pourrait être la vraie contribution européenne dans la région. Je le souligne pour ne pas qu’il y ait de malentendus car, pour ce qui est du monde arabe, en Occident l'impression est parfois donnée que nous sommes ici pour imposer certaines choses, dicter au monde arabe une certaine ligne de conduite. Il est nécessaire de dissiper ce genre de malentendus et aussi bien nous, que l'UE, devons être clairs à ce sujet : lorsque nous parlons de ce que j’appellerais un « plan européen de type Marshall » pour la région, nous n’entendons pas par-là que « nous sommes venus apporter notre aide sur le plan économique ».
Nous devons, en tant qu'Européen considérer cela comme un investissement pour nous, car il s’agit de l'établissement de la paix, de la vraie stabilité dans la région. La paix, la vraie stabilité dans la région signifie également la paix et la stabilité pour l’UE. Nous voulons créer la croissance économique dans la région. La croissance économique dans la région signifie également la croissance économique pour l’UE. Et il s'agit également de prendre des mesures, des mesures préventives, si vous voulez, afin de faire face à des questions qui sont déjà des défis pour l'Europe. Je pense d’ailleurs que les flux migratoires de cette région constitueront un défi encore plus grand pour l'Europe dans un proche avenir. Autrement dit, si nous investissons correctement dans la région, en prenant des mesures préventives, nous pourrons prévoir ce genre de développements dans un avenir proche.
Tel est donc mon point de vue, un « plan de type Marshall » qui sera conçu par l’UE pour soutenir la région, un plan qui prendra la forme d'un investissement de la part de l'UE elle-même. Il existe un grand nombre de domaines particuliers qui nécessitent une aide. Encore une fois, l'Europe dispose d'un savoir-faire dans tous les domaines cruciaux du processus démocratique, notamment la consolidation de partis politiques et associations démocratiques, pour la réforme des médias par exemple ainsi que du domaine de la sécurité. Il est impératif de soutenir ces domaines, d'apporter un savoir-faire, mais aussi de fournir des conseils et une formation appropriée et tous ces éléments pourraient, si vous le voulez, être fournis par des ONG locales, qui ont également besoin de notre soutien.
Une dernière remarque, et permettez-moi de mettre de nouveau l’accent sur mon pays, la Grèce. Lorsque nous parlons de démocratie et des démocraties émergentes ou de la transition vers un régime démocratique, nous envisageons d’offrir notre aide et soutien –non pas de dicter la ligne de conduite à suivre mais de coopérer avec les forces sur le terrain – je pense qu’à cet égard la Grèce peut jouer un rôle particulier, et ce, plutôt dans un esprit symbolique.
L’aide à caractère symbolique que la Grèce pourrait apporter, revêt une importance capitale et c’est pourquoi en Grèce nous envisageons de créer un « centre pour la démocratie » dans la région. La Grèce, et Athènes notamment, est le berceau de la démocratie et la Grèce fait également partie du voisinage direct et entretient des relations traditionnelles, historiques, des relations de compréhension mutuelle et de respect avec le monde arabe. C’est pourquoi elle peut jouer un rôle dans la région à travers la création d’un centre pour la démocratie. Nous pourrions également inviter tous ces jeunes, les hommes politiques de la région à coopérer ave leurs homologues de l’Europe et d’autres Etats qui ont de l’expérience en la matière et pourraient les former et les aider à mener à bien cette mission difficile.
Je vous remercie.
Mai 6, 2011