Discours de Mme Xenogiannakopoulou, ministre adjointe des Affaires étrangères lors d’une manifestation organisée par la Commission européenne à Athènes (30.11.2010)

Mme Xenogiannakopoulou, ministre adjointe des Affaires étrangères, a prononcé un discours mardi 30 novembre 2010 lors d’une manifestation organisée par la Commission européenne sur le thème «  Opportunités pour le renforcement de la sécurité, de la stabilité et du développement à travers l’élargissement de l’UE dans la région de l’Europe du Sud-est ».

Texte intégral du discours

« J’aimerais également vous remercier et vous féliciter pour cette initiative portant sur un dossier et un processus qui est au cœur de l’actualité.  

Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs,

Je me réjouis particulièrement de me trouver aujourd’hui ici et je voudrais tout d’abord féliciter le nouveau directeur de la délégation de la Commission européenne à Athènes qui vient d’assumer ses nouvelles fonctions, M. Panos Karvounis. M. Karvounis et moi sommes des amis et des collègues de longue date et je sais combien il contribuera aux initiatives de la Commission européenne.

A cette occasion aussi, je voudrais saluer la présence de M. Dimitris Kourkoulas qui a également assumé les fonctions de directeur au sein de la Direction générale de l’élargissement de la Commission européenne. Je voudrais également lui présenter tous mes vœux de succès dans ses nouvelles fonctions.

Il est vrai que lorsque nous parlons de l’élargissement, nous omettons souvent d’évoquer le contexte politique général et le parcours historique de ce processus pour l’Union européenne. Je pense que dans le cadre de notre discussion et de notre réflexion, nous devons nous référer de nouveau aux quatre principes fondamentaux.

Selon le premier principe, qui renvoie à l’époque de la fondation des Communautés européennes, derrière le processus d’élargissement se trouvent l’objectif et la vision de l’intégration de l’Europe, à travers un processus pacifique et démocratique ce qui, bien entendu, constitue un phénomène sans précédent dans le monde et met en valeur la grande importance que revêt l’intégration européenne pendant toutes ces décennies.

Force est de rappeler cet objectif général et cette vision qui ont donné un premier élan à l’intégration européenne laquelle a été par la suite dotée de nouveaux éléments, en lui accordant une importance et une nécessité encore plus grandes dans ce nouveau contexte mondialisé. Une nouvelle signification est attribuée à l’intégration européenne afin que les peuples de l’Europe puissent relever les défis et faire face aux problèmes engendrés par la mondialisation.

D’après le deuxième principe, le processus d’élargissement constitue le lien nécessaire, la force motrice nécessaire et la politique à caractère stabilisateur qui offre une perspective et une valeur ajoutée à l’architecture européenne. Car nous savons très bien que l’Union européenne n’est pas une île isolée de son espace géopolitique élargi et que ce processus passe par cette perspective, à travers cette politique qu’elle applique en vue d’instaurer la stabilité, la sécurité, la paix et de créer une perspective de développement, globalement dans l’espace européen et bien entendu dans les pays qui se trouvent sur la voie d’adhésion à l’Union européenne.

Selon le troisième principe auquel s’est également référé M. Panos Karvounis, ce processus est mené sur la base de critères précis et d’une série de conditions axés d’une part sur les principes fondamentaux de l’intégration européenne, à savoir la paix, la démocratie, le droit international, les droits fondamentaux. Et, d’autre part, ce processus est axé sur ledit acquis communautaire, à savoir, les droits et les obligations que les peuples de l’Union européenne ont acquis de concert à travers ce processus démocratique et à travers cette évolution de l’intégration européenne.

Notre quatrième principe renvoie à des constatations portant sur la situation actuelle puisque chaque fois que l’Union européenne faisait un grand pas dans son parcours d’élargissement, elle faisait aussi un grand pas vers son développement et son approfondissement intérieurs. Développement institutionnel et démocratique, économique et social. Cela a été nécessaire afin que le processus d’élargissement puisse chaque fois aller de pair ave la prochaine étape de l’intégration européenne.

Quel est l’état actuel des choses ? La dernière vague de l’élargissement a revêtu une importance stratégique pour l’Europe. Elle a eu lieu après la fin de la guerre froide dans le but d’unifier l’Europe et de l’élargir vers l’Est. L’adhésion de Chypre et de Malte a également  eu lieu en vue de donner la même dynamique au Sud et à l’espace méditerranéen revêtant aussi une importance stratégique pour l’Union européenne.

Toutefois, ces dix dernières années l’approfondissement n’a pas avancé au même rythme. Nous avons vu combien il était difficile de mener un processus institutionnel pour ce qui est du Traité de Lisbonne, un processus entamé par la Constitution européenne qui s’est heurté à de nombreuses difficultés lors de la procédure de ratification.

Nous avons vécu la crise internationale élargie et son impact sur l’intérieur de l’Union, l’insécurité et le climat d’introversion au sein des Etats membres mais aussi, au niveau central, sur le plan européen.

Nous avons constaté l’incapacité d’une réaction rapide au niveau européen face au phénomène de la crise, s’agissant soit des Etats membres à titre individuel, soit de la dimension européenne de la crise. Par ailleurs, cette discussion est particulièrement actuelle en vue du sommet du Conseil européen qui se tiendra dans les semaines à venir.

Et bien entendu, l’Union européenne, en raison de toutes ces situations et ces difficultés, n’a pas pu élaborer les politiques intérieures qui seraient indispensables dans le contexte de cette conjoncture.

A titre d’exemple, les instruments financiers que nous avons à notre disposition ainsi que nos politiques sont en effet paralysés par un budget communautaire destiné à couvrir les besoins d’une Union à 15 Etats membres alors que l’Union européenne actuelle compte 27 membres, et l’année prochaine – on l’espère –  28 Etats membres avec l’adhésion de la Croatie.

Aujourd’hui, il convient de donner une nouvelle dynamique politique au processus de l'élargissement, notamment dans la région de l’Europe du sud-est. Une région pour laquelle cette perspective européenne revêt une importance particulière lorsqu’on parle de paix, de stabilité et de coopération. La Grèce a soutenu chaque étape de ce processus et nous continuons de le soutenir de toutes nos forces. Un processus, certes, qui dans le même temps doit être axé sur le processus interne de l'approfondissement.

Je me réfère tout d’abord à la région des Balkans; en 2003 déjà, pendant la présidence grecque lors du sommet de Thessalonique, un agenda a été défini, un agenda crucial qui façonnait la perspective européenne de la région des Balkans.

Aujourd’hui, comme l’a annoncé le Premier ministre Georges Papandréou, nous allons dans ce sens afin de pouvoir redonner, dix ans après Thessalonique et en vue de réaliser l’objectif de l’Agenda 2014, lors de la prochaine présidence grecque, une nouvelle dynamique à cette perspective d'adhésion des Balkans occidentaux.

L’année 2014 revêt un caractère symbolique historique fort pour tous les peuples des Balkans. Cette date ne coïncide pas seulement avec la présidence grecque, elle marque aussi les 100 ans après les événements survenus en 1914 dans les Balkans qui ont déclenché la première guerre mondiale et une série d'événements tragiques pour les peuples des Balkans, dont les cicatrices sont encore visibles.

Cela étant et comme nous devons rester optimistes et considérer les choses dans leur dynamique, nous devons admettre que des pas importants ont été faits pendant toutes ces années. La Bulgarie et la Roumanie ont pleinement adhéré à l'UE et sont maintenant Etats membres. Nous espérons que la Croatie pourra au cours de l'année prochaine adhérer à l'UE, ce qui confèrera une dynamique au processus de l’élargissement.

Par ailleurs, nous sommes particulièrement heureux que la Commission européenne ait reçu un mandat du Conseil pour apporter un avis consultatif en rapport avec la Serbie. Nous saluons le fait que la Commission propose pour le Monténégro le statut de pays en cours d’adhésion. En ce qui concerne la perspective européenne de l’Ancienne République de Macédoine, nous espérons franchement qu’une solution mutuellement acceptable sera apportée à la question du nom dans le cadre du processus mené sous l’égide des Nations Unies, puisque cela constitue une condition nécessaire à la perspective ultérieure de ce pays vers l’UE.

Nous encourageons également la perspective européenne de l'Albanie. Et j’aimerais à ce stade me référer au fait que le régime de libéralisation des visas sera appliqué dès le 15 décembre à l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine, ce qui a déjà été fait pour l’ARYM, la Serbie et le Monténégro et constitue un pas important dans ce parcours.

Nous devons aujourd’hui recentrer ce processus dans la vision et la perspective globale de l’UE et dans ce contexte nous poursuivrons bien entendu notre effort.

J’aimerais également me référer à la Turquie. La Grèce a, dans la pratique, clarifié sa position. La position de la Grèce concernant le parcours d’adhésion de la Turquie a été décisive et elle le demeure. C’est une position claire et franche car à la fin du chemin nous apercevons la pleine adhésion de la Turquie et c’est une question cruciale pour le processus d’adhésion. Pour que le processus puisse être crédible, avoir des résultats et une perspective, il devra être assorti d'un objectif final. C’est seulement ainsi qu’une motivation pourra être fournie ainsi qu'une évaluation substantielle pour que chaque pays candidat puisse satisfaire aux conditions nécessaires.

Car il est nécessaire que la Turquie de son côté déploie de plus amples efforts afin de répondre aux critères et engagements nécessaires définis par le parcours d'adhésion.

Et ici je me réfère tout naturellement aux relations de bon voisinage et au respect du droit international, non seulement en théorie, mais aussi dans la pratique, et à la nécessité pour la Turquie de s’adapter au protocole additionnel et de normaliser ses relations avec la République de Chypre. Et bien entendu au progrès ultérieur, vu que certains pas ont été faits, mais un plus grand progrès est nécessaire pour ce qui est des droits des minorités et des libertés religieuses. L’effort consenti au niveau interne en Turquie concernant la réforme économique et sociale doit se poursuivre afin que ce processus reste vivant et que les conditions d'adhésion nécessaires soient satisfaites lors des négociations portant sur les chapitres spéciaux.

Et dans ce contexte, comme vous le savez, le ministre des Affaires étrangères, M. Dimitris Droutsas a proposé après les élections en Turquie qui auront lieu le prochain semestre, l’organisation d’un sommet Union européenne – Turquie afin justement de donner une nouvelle dynamique à ce processus d’adhésion. Mesdames et Messieurs, je pense réellement que nous franchissons une étape cruciale de prises de décisions nécessitant avant tout une volonté politique forte. Pour pouvoir aller de l’avant, nous devons réaffirmer et actualiser la vision de l'intégration européenne sur la base des principes de solidarité, de croissance équilibrée et de prospérité commune pour nos peuples.

Et cela nous concerne aussi bien au niveau interne à l’UE, pour ce qui est des décisions que nous devons prendre pour faire face à la crise et conférer une nouvelle dynamique à la stratégie européenne sociale et de développement. Et dans le même temps, nous devons faire preuve de la même volonté politique concernant l’architecture européenne élargie en rapport avec la perspective de l’élargissement et l’intégration européenne.

Décembre 1, 2010