La politique étrangère du pays a des principes. Elle est axée sur des principes. Elle est au service du pays et du peuple. Elle contribue à apaiser les maux de la société. Elle génère la stabilité et agit avec sérieux en faisant preuve d'optimisme. Elle défend la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale du pays.
Elle agit en fonction de l'intérêt national, du patriotisme, du parcours de l'UE et des évolutions internationales, du droit international et de l'internationalisme.
C'est la politique d'un Etat-membre de l'UE lequel entretient des relations historiques et culturelles avec une série d'Etats de l'Occident avec lesquels elle partage aussi les mêmes traditions et patrimoine.
L'intention de la Grèce est de servir de pont de coopération entre l'Occident et l'Orient. Le développement de nos relations avec ces Etats élargit nos capacités économiques et géostratégiques.
La Grèce soutient entièrement et sans aucune réserve la création d'un Etat palestinien. Elle entretient des relations fraternelles avec le peuple palestinien, tandis que le parlement grec reconnaîtra, je l'espère, la Palestine.
J'ai récemment signé une décision par le biais de laquelle toute la fonction grecque s'engage à utiliser l'appellation Palestine en tous lieux. Le 21 décembre 2015, nous aurons le grand plaisir d'accueillir à Athènes le président palestinien M. Abbas.
Et, en outre, dans quelques jours se tiendra la réunion trilatérale avec Israël et Chypre à Nicosie.
Grâce à cette politique multidimensionnelle, nous avons été reçus en Iran en tant que véritables amis partageant une histoire commune et tourmentée datant depuis des siècles entiers. Nous avons mis en route le développement des relations économiques, culturelles et sociales. Par ailleurs, au début de l'année prochaine, le Premier ministre, M. Tsipras devrait visiter l'Iran où il jouit, tout comme dans les autres capitales que j’ai visitées, d'un grand prestige et d'une grande popularité.
Nombreux sont ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique multidimensionnelle, je le sais. Dès que nous rencontrons les Américains, ils disent que nous sommes des pro-Américains. Dès que nous visitons Moscou, ils disent que nous sommes des pro-Russes. Dès que nous visitons la Chine, ils disent que nous sommes des pro-Chinois. En Iran, ils disent que nous sommes des pro-Iraniens. La vérité est toute simple. Nous défendons toujours et en tous lieux les valeurs, les intérêts et les droits du pays. Partout, sans exception.
Notre politique étrangère est sincère et directe. Cela est apprécié de tous. Ils m'ont dit que j'étais le premier ministre étranger à prononcer un discours à l'université de Téhéran. Interrogé par le public et devant les chaînes nationales, je me suis référé aux relations amicales avec Israël ainsi qu'à notre dialogue avec la Turquie, sans qu'aucun commentaire ne soit fait de la part de l'Iran.
Le fait que nous avons réussi à établir de bonnes relations en même temps avec des pays qui sont en conflit, est le résultat de notre politique étrangère active et multidimensionnelle que nous exerçons.
Par ailleurs, au sein des forums internationaux et au sein de l'ONU, nous votons sur la base de nos propres intérêts et choix. Nous ne sommes qu'au service du peuple grec. Nous avons soutenu le hissage du drapeau de la Palestine ainsi que les résolutions sur la dette.
Dans le cadre de notre politique multidimensionnelle, nous entretenons de bonnes relations avec la Russie, comme l'on peut le constater par les récentes déclarations de mon homologue, M. Lavrov, mais aussi avec les Etats-Unis, comme l'a prouvé la conférence de presse d'hier avec John Kerry.
Par ailleurs, le Secrétaire d'Etat américain a souligné devant les médias internationaux que la question des réfugiés n'était pas un problème grec, mais un problème mondial. Un problème lié à l'absence de paix en Syrie elle-même où nous prônons une solution politique, axée sur une nouvelle constitution, avec le déroulement d'élections équitables auxquelles participeront les réfugiés aussi.
Afin d'éviter tout malentendu, nous avons catégoriquement rejeté toute idée de participation de la Grèce aux opérations militaires en Syrie, mais aussi toute participation de notre pays à ces opérations à travers l'OTAN.
Aujourd'hui, nous récoltons les fruits des initiatives que nous avons prises pour défendre les communautés religieuses et culturelles au Moyen-Orient. Nous nous entretenons avec tous : avec les patriarches, les primats d'Islam, du judaïsme, de l'église catholique, de l'église protestante, avec les hommes politiques et les centres scientifiques depuis les Pays-Bas jusqu'au Pakistan et l’Inde. Nous sommes par ailleurs convenus de mettre en place à Athènes un observatoire international des droits de ces communautés et de leur soutien.
Notre politique multidimensionnelle est liée au fait que nous, en tant que pays européen, en tant qu'Etat membre de l'UE, sommes devenus le pont d'amitié entre les Etats de l'Amérique latine et de l'Asie du Sud-est. Lors de la récente réunion de l'ASEM, la partie chinoise nous a remerciés chaleureusement du rôle de médiateur que nous avons joué avec succès en vue de surmonter les différences.
Nos relations avec la Turquie revêtent une importance particulière et suscitent pas mal de problèmes pour la politique étrangère grecque. J'ai accompagné le Premier ministre à Istanbul et à Ankara lors de ses rencontres productives. Nous avons souligné la nécessité de mettre fin aux survols et aux violations de nos eaux territoriales. Dans le même temps, nous avons relancé nos relations. Il y aura des visites de part et d'autre.
Bien évidemment, l'objectif principal de la politique étrangère grecque est le règlement équitable de la question chypriote. Nous, à l'encontre de la Turquie, nous n'intervenons pas dans les affaires intérieures de Chypre. Nous protégeons son indépendance et sa souveraineté. En tant que puissance garante en vertu des traités et Etat membre de l'UE, nous avons d'emblée affirmé que le règlement de la question chypriote doit aller de pair avec (a) le droit européen, sans dérogations permanentes aux quatre libertés fondamentales et (b) avec la suppression du régime des garanties, le retrait des armées d'occupation, la mise en place d'un système de sécurité de la République de Chypre.
La politique étrangère de la Grèce est active. Contrairement à nombreux autres, nous pensons que l'inertie ne conduit qu'à la stagnation des problèmes. La vie a prouvé qu'il est nécessaire d'entreprendre des initiatives, des politiques audacieuses et de les promouvoir de manière ferme. L'expérience montre que l'inertie crée un territoire favorable à l'intervention des tiers.
Aujourd'hui, nous procédons non seulement à la réactivation de l'axe Roumanie-Bulgarie-Grèce, qui a été à juste titre promu par les gouvernements précédents sous la forme d'une coopération balkanique, mais nous envisageons aussi de créer une alliance avec plus d'Etats membres de l'UE, concernant les développements intérieurs au sein de l'UE elle-même.
En printemps, j'ai fait publiquement une proposition à l'ARYM concernant le lancement de mesures de confiance en vue d'établir une coopération transfrontalière. Cette idée a été initialement rejetée tant par Skopje que par des tiers. Mais la vie nous a donné raison.
Je pense profondément que la Grèce doit tirer des leçons de son histoire, elle doit croire en l'histoire et la valoriser. Elle doit veiller à sa continuité sans y être emprisonnée. Cela est valable aussi pour nos relations avec l'Albanie. Des relations dans le cadre desquelles il existe des questions ouvertes pour lesquelles on doit trouver une série de solutions mutuellement acceptables. Et matérialiser cette série de solutions dans un accord d'amitié renouvelé. Bien évidemment, pour y parvenir, les droits de la minorité grecque indigène doivent être préservés.
La Grèce doit prendre les rênes d'initiatives et ne pas recourir à des solutions qui, aujourd'hui, apparaissent faciles mais dont le coût sera très élevé demain.
Nous exerçons une politique qui ne tolère pas les pressions. Notre politique promeut notre rôle comme puissance de négociation, d'arbitrage et de médiation entre les Etats qui ont du mal à s'entendre, entre les forces opposées. Nous croyons en ces vertus, en ces pratiques, mais ces pratiques ne se prêtent pas à des déclarations publiques.
Le mois dernier seulement nous avons eu trois victoires au niveau international : l’élection à la direction de l'Unesco, l’élection, avec la majorité des voix, à l'organisation internationale des migrations, l’élection du professeur Raikos au Tribunal d'appel de l'ONU.
Enfin je voudrais faire une dernière remarque qui est également très importante, concernant l'UE.
Nous déployons des efforts afin que cette dernière retrouve ses principes et ses valeurs. Le ciment qui lui permettra d'aller en toute unité vers un chemin démocratique et socialement juste. A l'encontre de son dogmatisme néolibéral actuel.
Il est d'une nécessité impérieuse que l'UE renonce à la perception qui limite son action extérieure à des sanctions, à des embargos et à des actes de punition. Une perception qui est souvent accompagnée par des menaces.
L'Europe doit avoir un visage plus social et plus progressiste. C'est pour cela que nous luttons. Nous proposons un débat ouvert et démocratique sur son avenir. Un débat sur la forme de l'Europe que nous voulons au 21e siècle, sur l'architecture de sécurité du continent en général.
Notre politique étrangère a fait un pas en avant. Et ce, en dépit de nos problèmes économiques. Le ministère des Affaires étrangères sauvegarde de manière systématique et en faisant preuve de professionnalisme les intérêts du pays. La politique étrangère inspire la confiance et l'espoir.
Décembre 7, 2015