Discours du Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Y. Amanatidis lors de la réunion du Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est (SEECP) à Sofia

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

La Bulgarie a assumé la présidence du Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est (SEECP) dans une conjoncture très critique. Nos sentiments sont mixtes, d'une part c'est la satisfaction et la confiance à l'égard du fait que Sofia assume la présidence en ces temps difficiles - Monsieur le Président, vous avez tout notre soutien - et d'autre part c'est l'incertitude quant à la capacité de notre forum régional à relever des défis inédits et impensables il y a 20 ans lorsqu' a été lancé le Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est.

Nous nous accordons tous à dire ouvertement qu'il n'y a pas entre nous d'interaction régionale. Ce n'est pas le moment approprié maintenant d' en analyser les raisons. Toutefois, nous devons reconnaître que l'action collective constitue la seule façon de relever les crises multiples générées par cette instabilité élargie qui prévaut dans le monde.

L'immigration constitue l'une de ces crises et la Présidence bulgare a décidé d'inclure cette question dans la liste de ses premières priorités puisque il s'agit d'un défi parmi les plus pressants auxquels sont confrontés actuellement l'Europe et le monde entier. En vue de l'adoption qui aura lieu plus tard, de la Déclaration commune sur les défis de la migration, je voudrais partager avec vous mes réflexions sur cette question.

L'Union européenne demeure un acteur important sur la scène internationale et une destination majeure des flux migratoires mixtes. Permettez-moi de souligner que la Grèce, située aux frontières extérieures de l'UE, en dépit des pressions disproportionnées qu’elle subit ces derniers mois, elle fait toujours tout ce qui est en son pouvoir pour sauver les réfugiés qui essayent de fuir la guerre.
Les Etats du Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est (SEECP) sont à l'avant-garde de la crise des réfugiés actuelle et la charge de cette gestion est répartie parmi la plupart de ces pays.  Toutefois, nous voudrions exprimer notre préoccupation à l'égard des mesures unilatérales qui ont été prises tout au long de la route des Balkans occidentaux, des mesures qui ne sont conformes ni avec la Déclaration de la Conférence de haut niveau sur la Méditerranée orientale - la route des Balkans occidentaux - ni avec la Déclaration des Dirigeants sur les flux des réfugiés tout au long de la route des Balkans occidentaux. Les mesures de ce genre produiront des résultats tout à fait contraires et ont d'ores et déjà généré des tensions inutiles entre les Etats qui, aujourd'hui plus que jamais, devront être solidaires entre eux.

Nous reconnaissons tous que la Turquie subit des pressions énormes puisqu'elle accueille plus de deux millions de réfugiés. Toutefois, nous nous attendons à une diminution importante des flux des réfugiés non seulement en raison des conditions climatiques, mais aussi suite à la déclaration du 29 novembre et du Plan d'action convenu entre l'UE et la Turquie.
L'action collective est également importante pour l'intégration européenne des Balkans ce qui demeure notre objectif régional stratégique en tant que le seul moyen permettant d'assurer la paix, la stabilité et la prospérité en Europe du Sud-est. Nous devons maintenir la présence de l'UE dans la région et offrir une perspective européenne plus tangible aux Balkans occidentaux.

Toutefois, nous pensons que la coopération et la coordination entre les Etats du Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est (SEECP) qui sont également des membres de l'UE et ceux qui ne le sont pas, ont été très limitées pour ne pas dire inexistantes ce qui est étonnant vu que l'intégration européenne constitue l'objectif stratégique du Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est (SEECP). Dans ce cadre, on doit explorer les moyens permettant d'établir une coopération plus étroite ainsi que d'assurer le transfert du savoir-faire européen et l'échange d'expériences ce qui donnerait aux Etats membres la possibilité de participer à l'UE et de se familiariser avec les politiques et les outils européens. Le Conseil sur la Coopération régionale (RCC), Monsieur le Secrétaire général, a une partition majeure à jouer, sous votre direction, vu sa riche expérience et son savoir-faire.

Monsieur le Président,
A l'occasion du 20e anniversaire du Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est (SEECP), l'heure est venue d'embrasser de nouveau nos principes, les valeurs démocratiques mondiales, les libertés fondamentales, les droits des minorités nationales, l'Etat de droit et les relations de bon voisinage, tels que sauvegardés par la Charte de Bucarest. Il est de notre devoir de reconnaitre les lacunes et de prendre en considération les avertissements afin de nous engager plus activement au niveau politique avec le regard tourné vers l'avenir. Le Processus de Coopération de l'Europe du Sud-est doit devenir plus fonctionnel et  être doté d’un caractère plus politique, tout en préservant son caractère régional et en demeurant ouvert à la participation de toutes les parties impliquées.

En définitive, comme je l'ai tout à l'heure affirmé, la présidence bulgare constitue une conjoncture heureuse. Nous sommes prêts à œuvrer sous votre direction et à atteindre les objectifs de la présidence bulgare que nous partageons pleinement.

Février 3, 2016