Discours du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères D. Kourkoulas à une conférence de l’Economist

Discours du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Dimitris Kourkoulas à la conférence de l’Economist (16e table ronde avec le gouvernement grec) sur le thème «Transformer l’incertitude en stabilité, sagesse et croissance. Les relations américano-européennes dans le cadre de la concurrence géopolitique et géoéconomique »:

Mesdames et Messieurs

Je suis particulièrement heureux de me trouver aujourd'hui ici et de m'adresser à une audience aussi distinguée en une période de forte volatilité et d’incertitude, non seulement pour la Grèce, mais pour l’Europe tout entière et le système mondial dans son ensemble.

En effet, ces dernières années nous avons pu constater combien nos économies étaient étroitement liées puisque le système financier international ne connaît pas de frontières, nationales ou autres, ni ne fait de distinction entre intérêts publics et privés. Il existe une interdépendance étroite entre toutes les économies à tous les niveaux et aucun établissement financier, Etat ou organisme régional ne peut sortir indemne de tous ces bouleversements économiques mondiaux.

La Grèce a réalisé que le développement de relations politiques vigoureuses, la garantie de la stabilité et en dernière analyse de la paix dépendent dans une large mesure de la capacité de promouvoir la croissance, la stabilité économique et la prospérité, de sorte que toutes les parties impliquées et les peuples puissent en tirer des avantages mutuels.

Dans ce même contexte, la Grèce et le peuple grec ont toujours été des fervents défenseurs du projet européen, pleinement convaincus qu’une Europe unie peut faire plus pour la prospérité de ses citoyens sur la scène internationale, qu’une Europe divisée.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce qui aujourd’hui prend de plus en plus la forme d’une union politique avait débuté comme la Communauté européenne du charbon et de l’acier pour devenir ensuite la Communauté économique européenne et, espérons-nous à l'avenir, une vraie union politique fonctionnelle.

En dépit des conceptions négatives prévalant aujourd’hui en Europe et de la déception manifeste des marchés et des citoyens, il ne faut pas oublier les pas énormes qui ont été faits au cours des cinq dernières années ainsi que les avantages qui ont découlé de ce projet européen, non seulement pour les Etats membres de l'Europe, mais aussi pour le système mondial dans son ensemble. La crise actuelle ne doit pas nous empêcher de continuer ce voyage historique.

Dans cet environnement, le nouveau gouvernement grec est déterminé à revendiquer un rôle important et positif pour la Grèce au sein de l’Europe, dans notre voisinage et au-delà. En réitérant nos engagements en faveur de réformes structurelles et d’une adaptation budgétaire, en accélérant les privatisations et en renforçant la compétitivité, nous réussirons à regagner la confiance du marché, à promouvoir la croissance en créant un environnement d'affaires réellement favorable et attrayant. La crise économique n’empêche pas la Grèce d’exercer une politique étrangère active, plurielle, basée sur le respect de la souveraineté nationale, le droit international et les droits souverains nationaux qui en découlent.

Dans le même temps et en vue de la présidence grecque de l’UE au premier semestre 2014, nous entendons ranimer les efforts en faveur de la promotion de l'élargissement de l’UE à tous les pays des Balkans occidentaux. Nous pensons de tout cœur que l'intégration européenne est le meilleur moyen de parvenir dans le long terme à la paix, à la stabilité et à la prospérité dans la région.

La Grèce a joué un rôle de premier plan dans l'élaboration de la politique européenne qui a abouti à l'adhésion à l’UE de deux pays balkaniques, la Bulgarie et la Roumanie. C’est avec la même détermination que nous continuerons de soutenir la perspective européenne des tous les pays des Balkans occidentaux, même ceux avec lesquels il existe d’importants différends, en leur demandant bien entendu de procéder aux réformes nécessaires et de s’acquitter des critères et modalités définis, y compris les relations de bon voisinage.

Il en va de même de notre voisin, la Turquie. La Grèce a fermement soutenu la perspective européenne de la Turquie et toujours cherché à avoir de bonnes relations qui soient fondées sur la confiance mutuelle et le respect du droit international.

Depuis hier, la République de Chypre exerce la présidence tournante de l’UE. Nous sommes convaincus que la République de Chypre mènera à bien la mission de la Présidence, qui, comme chacun sait, est particulièrement difficile, notamment en cette période, en raison de la conjoncture économique, mais aussi de la situation difficile dans la région. La présidence chypriote mènera avec succès ces négociations difficiles mais importantes pour l’adoption du cadre budgétaire de l’UE pendant la période 2014 – 2020. Il est évident que l’UE attend de tous les pays, notamment les pays candidats à l’adhésion, de respecter les instances européennes et de ne pas continuer à créer des obstacles artificiels qui ne peuvent qu’entraver leur parcours d’adhésion.

Nous continuerons de contribuer à l’atteinte d’une solution équitable, durable et permanente à la question chypriote. L’atteinte d’une solution revalorisera le rôle de l’UE et contribuera à la stabilité de la région de la Méditerranée orientale.

Nous aspirons à un avenir brillant pour l’Europe du sud-est et la Méditerranée orientale et les changements « tectoniques » qui ont lieu dans le monde arabe prouvent que l’Union européenne a une place unique pour la promotion de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme et, par conséquent, le développement de nouvelles relations avec les peuples de la région et les nouvelles forces politiques émergentes.

Mesdames et Messieurs,

Dans un environnement en mutation rapide dans lequel nous sommes appelés à relever des défis aussi nombreux que complexes, la nécessité de forger une relation étroite entre les Etats-Unis et l’UE est un besoin impérieux.

La partie grecque a toujours accordé une importance particulière aux relations transatlantiques et s’est systématiquement employée à élargir le champ des relations entre les Etats-Unis et l’UE.

Cette position qui est la nôtre est fondée sur notre ferme conviction que les Etats-Unis et l’UE partagent non seulement des intérêts communs, mais aussi des principes et idéaux communs. Pour cette raison, nos responsabilités communes pour le système international sont bien plus grandes que celles d’autres acteurs importants de la scène internationale.

Les nouveaux défis de taille engendrés par la crise économique mondiale qui a éclaté en 2007 et continue de secouer l’Europe et l’économie mondiale rendent encore plus utile une coopération transatlantique étroite. La crise actuelle atteste sans aucun doute de l’interdépendance de nos économies et en dernière analyse de notre destin commun. Les deux parties de la coopération transatlantique ont désormais pleinement pris conscience de leurs responsabilités communes pour la stabilité du système économique mondial, de la nécessité de prendre des mesures efficaces dans les plus brefs délais. Les décisions du Conseil européen de la semaine passée vont dans ce sens.

Nous saluons les messages clairs sur les moyens de faire face à la crise actuelle envoyés lors de la réunion au sommet UE – Etats-Unis qui s’est tenu le 28 novembre à Washington. Nous soutenons la valorisation du Conseil économique transatlantique (Transatlantic Economic Council) pour la coopération économique et commerciale et l’élaboration d’une stratégie. Nous sommes prêts à discuter avec nos amis américains sur d’autres moyens de rendre encore plus efficace la coopération transatlantique qui revêt une importance stratégique. En d’autres termes, nous voulons et pouvons valoriser l'importance stratégique des relations gréco-américaines qui ont débuté pendant la période difficile de la guerre froide pour contribuer à une coopération plus ambitieuse et efficace.

Nous pensons que d’importants pas ont été accomplis des deux côtés, des pas qui nous permettent d’être optimistes quand à l’avenir des relations transatlantiques. La partie américaine a pleinement compris que l’Europe du 21e siècle ne ressemble en rien à l’Europe des années ’40, ’60 ou ’80. Du côté européen, d’importants pas ont été accomplis pour une meilleure coordination au sein de l’Europe, tant au niveau des politiques, qu’au niveau des questions liées à la défense et à la politique étrangère ou encore à la crise dans la zone euro. Les conclusions du récent Conseil européen nous permettent d’être optimistes et de dire que nous avançons dans cette direction.

Le temps n’est pas notre allié. L’Histoire et les générations futures seront là pour témoigner et dire dans quelle mesure nous avons pu avancer main dans la main, sans rechercher des avantages « à courte vue » et reporter les prises de décisions difficiles. Le nouveau gouvernement grec fera tout ce qui est en son pouvoir pour contribuer dans ce sens.

Je vous remercie de votre attention.

Juillet 2, 2012