Tout d’abord, j’aimerais remercier de tout cœur le Président ainsi que le ministre des Affaires étrangères et européennes de la Croatie pour cette excellente occasion qui nous est donnée d’engager un dialogue dans des domaines d’intérêt commun.
Il est indéniable que, dans l’environnement géopolitique actuel, notre région est confrontée, entre autres, à trois défis majeurs qu’il convient de relever efficacement au niveau régional : il s’agit de la crise des migrants / réfugiés (1), de la nécessité de diversifier davantage les sources d’énergie et d’approvisionnement (2), du développement de la connectivité dans la région élargie (3).
Toutefois, avant de me positionner sur ces questions, j’aimerais répondre à la thèse du ministre des Affaires étrangères de la Hongrie sur le BREXIT. Chacun sait que, pour le bien du Royaume-Uni, nous avons enfreint l’un des quatre principes fondamentaux de la CEE de 1957, à savoir le principe de la libre circulation des personnes. Je pense que nous verrons les conséquences fâcheuses de cette décision au niveau européen dans un avenir proche et plus tard. J’estime que nous avons donné au Royaume-Uni de nombreuses occasions de rester au sein de la famille européenne. Nous ne pouvions plus déroger aux règles communes. Par conséquent, la décision sur le BREXIT n’était pas une erreur de l’UE.
Plus précisément, en ce qui concerne les trois défis susmentionnés.
1. Pour ce qui est du premier défi, je dirais que depuis 2015 l’Europe
a principalement été confrontée à une crise des réfugiés. La Grèce a consenti tous les efforts possibles pour sauver des vies humaines en mer, recevoir et traiter les réfugiés en faisant preuve d’humanité et leur offrir un toit ainsi que des moyens de subsistance. Cependant, en raison de mesures unilatérales prises par certains pays sans consultation au niveau de l’UE, qui ont abouti à la fermeture de ladite route des Balkans occidentaux, près de 58 000 personnes se sont retrouvées bloquées en Grèce. A ce stade, j’aimerais mentionner que les articles 78 – 80 du Traité de Lisbonne et les titres II et VII des accords de stabilisation et d’association, se référant aux pays des Balkans occidentaux, prévoient des dispositions spéciales relatives à la coopération, aux actions communes et aux consultations mutuelles dans ce domaine au niveau de l’UE. Toutefois, nous devons appliquer des pratiques introduites par les traités et les accords que nous avons conclus, en évitant par conséquent des actions montrant que nous ne respectons pas les règles ratifiées, entre autres, par les parlements nationaux.
La crise migratoire a été un défi majeur pour tous. Etant donné qu’elle dépasse les capacités individuelles des pays, la crise devrait être envisagée de manière collective et coordonnée. Il est, par conséquent, nécessaire pour nous tous de travailler ensemble et d’élaborer une réponse cohérente, efficace et flexible, dans un esprit de responsabilité partagée.
La responsabilité de la gestion de la crise des réfugiés incombe non seulement aux pays voisins des zones de conflit et de l’Europe, mais aussi à la communauté internationale dans son ensemble. Par conséquent, il est nécessaire que cette dernière témoigne de sa solidarité dans la gestion de la crise en s’assurant que tous les Etats prennent les engagements pertinents. Les sommets des Nations Unies pour les réfugiés et les migrants organisés en marge de la 71e Assemblée générale de l’ONU (Réunion de haut niveau pour gérer les mouvements massifs des réfugiés et des migrants, le 19 septembre suite à l’initiative du SG des Nations Unis ainsi que le Sommet des dirigeants sur les réfugiés organisé par le Président des Etats-Unis, le 20 septembre) offrent une excellente occasion de promouvoir cet objectif.
2. En ce qui concerne le 2e défi, j’aimerais souligner l’importance de l’inter-connectivité des infrastructures énergétiques visant à approfondir la coopération entre nos pays de l’Europe du Sud-est et de l’Europe centrale et plus au nord dans la région baltique. Le secteur de l’énergie est un secteur clé et un pont de coopération dans notre région élargie et nous devons y attacher beaucoup d’importance. La Grèce peut jouer un rôle déterminant dans ce domaine. Les ports des régions de Thrace et de la Macédoine centrale et de l’Ouest peuvent être utilisés à cette fin.
3. Enfin, en ce qui concerne la troisième question, les défis régionaux susmentionnés, qui sont cruciaux pour l’ensemble de l’Europe, ne disparaitront pas rapidement. La situation globale pourrait s’aggraver davantage. En ce qui concerne notre région, les gouvernements des pays des Balkans occidentaux devraient redoubler d’efforts afin de relever ces défis, notamment à travers leur cheminement européen et euro-atlantique. Ils doivent s’engager de manière plus constructive dans la coopération régionale et établir de vraies relations de bon voisinage, surmonter les vieux stéréotypes et lutter contre les nationalismes en instaurant la confiance.
La politique de la Grèce dans les Balkans occidentaux s’articule autour des piliers suivants :
- Soutien de l’intégration européenne et euro-atlantique de la région.
- Renforcement de nos relations bilatérales avec les pays des Balkans occidentaux sur la base des principes de coopération régionale et des relations de bon voisinage.
- Contribution au développement et à la croissance économique de la région.
- Promotion et mise en œuvre de grands projets d’infrastructure dans les secteurs de l’énergie et des transports.
La Grèce continuera d’œuvrer systématiquement à ce que l’intérêt de l’UE dans la région soit maintenu et qu’une perspective européenne plus tangible soit conférée aux Balkans occidentaux, comme nous l’avons fait dans le passé (Agenda de Thessalonique de 2003, Sommet UE – Balkans occidentaux en 2014).
Pour ce qui est de la coopération régionale, nous estimons que renforcer la coopération entre les macro-régions pourrait s’avérer particulièrement bénéfique. Ceci est également l’un des objectifs de la présidence hellénique (depuis le 1er juin) de la Stratégie de l’UE pour la région de l’Adriatique et de la mer Ionienne (EUSAIR) ainsi que de l’initiative Adriatique – Ionienne.
En outre, tout en étant consciente de l’importance croissante de la coopération régionale, la Grèce est un membre actif de l’Organisation de coopération économique de la mer Noire (OCEMN), à laquelle participe un grand nombre de pays de l’Europe du Sud-est et de la mer Noire. L’OCEMN, l’organisation la plus inclusive et globale de la région, peut jouer un rôle clé et être le vecteur approprié pour une coopération économique transfrontalière et régionale renforcée. Il ne fait aucun doute que la région de la mer Noire, située à un carrefour important entre l’Asie et l’Europe, constitue une plaque tournante géopolitique, économique et commerciale qui suscite un intérêt sur le plan international. Par conséquent, une participation active à l’OCEMN est un vecteur important pour les économies des pays de ladite région, puisqu’elle contribue à la promotion de leur bon développement économique et social.
Septembre 5, 2016