Discours du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Evangelos Vénizélos lors du Sommet européen des Régions et des villes

Monsieur le Président du Comité des Régions,

Monsieur le chef des régions,

Madame la Commissaire,

Mesdames et messieurs les députés et députés européens,

Monsieur le Président de la Banque européenne d'investissement,

Chers invités d'autres Etats membres de l'Union européenne,

Chers membres du Comité des Régions,

Chers représentants des villes et des régions européennes,

Je voudrais, au nom du gouvernement grec et de la Présidence tournante du Conseil de l'Union européenne exercée pendant le semestre en cours par la Grèce, vous souhaiter la bienvenue à Athènes et à ce Sommet très intéressant des villes et des régions.

Comme vous le savez, nous voulons que les priorités de la Présidence hellénique au cours de ce semestre promeuvent les préoccupations et les priorités réelles des sociétés européennes et des citoyens européens. C'est pourquoi notre première priorité est, bien évidemment, la croissance, la création d'emplois, la protection de la cohésion sociale, la lutte contre le problème flagrant du chômage et les taux de chômage ravageurs chez les jeunes qui atteignent en Grèce 60%, le soutien aux PME et le redressement de l'économie européenne. Bien évidemment, cela revêt une importance particulière pour les pays en crise, pour les pays subissant les conséquences d'un modèle de production et de croissance désuet en Europe, tels que les pays du sud et les pays ayant adhéré à un programme de soutien. Le problème le plus illustrant étant la Grèce qui est un vrai laboratoire où la résistance des instances européennes est mise à l'épreuve tout comme la capacité de l'Europe à surmonter définitivement la crise et élaborer une autre narration pour l'avenir et la perspective de l'intégration européenne.

Notre première et bien évidente priorité est donc la croissance et la création d'emplois et cela, bien évidemment porte principalement sur l'économie réelle, le financement des entreprises et notamment des petites et moyennes entreprises où il y a les viviers d'emplois et où est employée la majeure partie de la main d'œuvre de notre pays mais aussi d'autres pays européens.

Toutefois, sans un secteur financier puissant, sans le parachèvement de la capitalisation des banques systémiques en Europe, nous ne pourrons pas en réalité valoriser les instruments dont disposent la construction européenne, les Fonds structurels, le Fonds social ainsi que les autres instruments de financement, le plus important étant l'instrument représenté ici par M. Hoyer, à savoir la Banque européenne d'investissement.

Car le problème majeur auquel nous sommes confrontés en Europe, le problème qui entrave en réalité la convergence, comme l'a tout à l'heure indiqué M. Hoyer est toujours lié aux grandes inégalités que nous devons souligner en vue de pouvoir les surmonter ce qui sera dans l'intérêt tant de l'économie grecque réelle que d'autres économies régionales européennes. Les plus grandes inégalités sont au nombre de deux:

La première porte sur le coût de l'argent, les taux d'intérêt élevés des prêts qui empêchent les petites et moyennes entreprises de valoriser leurs ressources et capacités et par conséquent de faire des investissements et de créer des emplois. Et le deuxième problème également important est le coût élevé de l'énergie qui affecte particulièrement la Grèce. C'est une inégalité que nous devons obligatoirement surmonter si nous voulons que le marché unique fonctionne, si nous voulons qu'il y ait véritablement des opportunités égales de croissance, si nous voulons parvenir à une véritable convergence au sein de l'Union européenne.

Je dis cela car il n'y a aucun doute que les instruments dont nous disposons, les cadres communautaires d'appui, la nouvelle période de programmation, notre capacité à valoriser le dispositif institutionnel des régions et en Grèce, les programmes régionaux pour les entreprises - ceux qui sont en cours d'achèvement et ceux qui commenceront au cours de la nouvelle période de programmation - peuvent en réalité permettre à notre pays de se redresser, de regagner confiance en soi, son optimisme, son égalité institutionnelle au sein de l'Europe, de sortir de cette situation insultante dans laquelle il se trouve. Car ce sont des insultes que nous encaissons toutes ces années!

Mais pour y parvenir et pour pouvoir valoriser les ressources mises à disposition par les instruments de financement de l'Union européenne et les possibilités offertes par la Banque européenne d'investissement, il faut créer certaines conditions nécessaires au fonctionnement de l'économie réelle. Et la première condition est de mettre un terne à ce débat injuste portant sur des stéréotypes négatifs pour la Grèce laquelle, grâce aux sacrifices de ses citoyens après 7 ans de récession marqués par des taux de chômage très élevés et par une réduction du niveau de vie, peut présenter un exploit tangible unique en son genre, à savoir l'excédent budgétaire primaire.

Un excédent primaire qui nous permet d’affirmer que nous entrons désormais dans la phase de l’équilibre budgétaire et pouvons discuter sérieusement de la viabilité à long terme de la dette grecque, qui est spécifique, puisque dans son écrasante majorité elle est détenue par nos partenaires institutionnels et non le marché international. Et ses caractéristiques sont telles qu’elles permettent de garantir facilement sa viabilité, comme l’a si bien dit Klaus Regling, Directeur général du mécanisme européen de stabilité, avec lequel nous avons, il y a trois ans, signé à Bruxelles le prêt de soutien de l’économie grecque. Un prêt qui sera remboursé dans son intégralité aux autres Etats membres, aux contribuables de l’Union européenne, puisque le programme de soutien de l’économie grecque peut être un effort réussi, une situation donnant-donnant pour toutes les parties, pour nos partenaires et nous-mêmes. Encore faut-il qu’ici en Grèce, on comprenne que des choses ont été faites, que la situation a changé. Il faut donc que nous parlions différemment, de manière plus productive, plus optimiste, en respectant les sacrifices du peuple grec qui permettent à la Grèce de se relever en tant qu’économie réelle. A travers les moyens que nous évoquons, les possibilités de financement, une synthèse de ressources bancaires et non bancaires qui permettent de réduire le taux d’intérêt moyen et permettent aussi, dans des conditions concurrentielles dans le secteur privé, avec l’aide de l’Etat, de donner une nouvelle impulsion à l’économie réelle et de valoriser les viviers d’emploi qui existent en Grèce.

Car ces sources endogènes de croissance existent non seulement en termes de ressources naturelles, mais en termes de main-d’œuvre. Et cela vaut pour la Grèce, l’Europe ou le monde entier. Notre terre elle-même, notre mer, nos îles, nos ressources naturelles et le capital humain sont les sources endogènes pour la reprise de l’économie grecque, pour un nouveau modèle de production, un modèle compétitif, réaliste, postindustriel, valorisant les avantages comparatifs du pays, des avantages aussi visibles qu’évidents, qui procèdent de sa géographie, de son histoire et de sa civilisation. Nous voulons comprendre les nouvelles données créées, afin de pouvoir surmonter ces inégalités profondes qui entravent notre effort consenti en vue de regagner le terrain perdu, autrement-dit de retrouver le niveau de croissance que nous avons perdu ces dernières années. Nous l’avons perdu et nous ne pouvions pas faire autrement, car nous devions nous réorganiser en tant que pays sur des bases solides et saines.

Mesdames et Messieurs,

En Grèce, nous nous préparons en mai, en même temps que les élections européennes visant à la formation du nouveau parlement européen, à nos élections municipales et régionales. En Grèce, les 18 et 25 mai, les citoyens européens grecs sont invités à faire des choix fondamentaux au niveau national et européen.

Ils sont invités à faire des choix cruciaux pour la Grèce dans l’Europe et l’avenir de l’Europe et des choix cruciaux pour le rôle des villes et des régions dans ce nouveau modèle de croissance, après l’expérience de la crise.

Et c’est là une excellente occasion de parler de l’Europe, non seulement au niveau intergouvernemental, où sont habituellement prises les décisions, mais aussi au niveau des villes et des régions.

Il est donc très important pour nous maintenant de discuter du rôle des villes et des régions dans ce modèle de production que nous voulons, qui est basé en réalité sur des données évidentes et bien réelles. Car depuis toujours, l’Europe est hantée par la question des villes – et désormais des régions – qui a toujours été corrélée à la question sociale.

Et en Grèce, nous devons maintenant affronter une nouvelle question sociale, des nouvelles formes de pauvreté, un taux de chômage excessif. Nous devons donc de nouveau parler de croissance et de cohésion sociale. Et tout comme dans le courant du XIXe siècle, l’Europe discutait de sa question sociale et de la question des villes – désormais des régions aussi – nous devons de la même façon aujourd’hui rediscuter de ce problème double que sont les grandes entités des régions, des villes et de la nouvelle question sociale. Autrement dit, la recherche des conditions de la cohésion sociale avec des termes et modalités correspondant à des défis de taille contemporains pour chaque homme et notre société en tant que telle.

Dès lors que nous recherchons des sources endogènes, des forces de croissance authentiques et saines, nous les trouverons au niveau local et régional. Les forces régionales sont celles qui pourront relever ce défi de taille et c’est la version la plus importante du principe de subsidiarité.

Car ainsi, nous pouvons mieux voir le rôle de la société civile, des entreprises et du secteur privé. Car le défi n’est pas seulement politique, il ne concerne pas seulement le système politique, l’Etat et les institutions politiques régionales, comme les communes et les régions, mais aussi la société civile et le secteur privé.

L’Europe est dans une large mesure mise à l’épreuve pour ce qui est de ses valeurs et ses acquis. Les citoyens européens, les citoyens grecs et surtout les jeunes citoyens européens ne peuvent pas accepter l’idée que l’Europe est celle des politiques d’austérité, du chômage et de la bureaucratie.

Ils veulent moins de bureaucratie et plus de politique, moins de théorie et plus de pratique, plus d’initiatives à appliquer. Ils veulent une Europe qui puisse de nouveau briller, une Europe qui se réfère à ses valeurs, l’Europe de la démocratie, de l’Etat de droit, de la cohésion sociale, de la justice et de la solidarité. L’Europe de l’innovation, de la recherche, des grandes initiatives, de la compétitivité avec de nouvelles conditions contemporaines.

Nous devons donc redire l’histoire de l’Europe et les élections européennes, avec nos élections municipales et régionales, dans un environnement de crise qui tend à se transformer en un environnement d’optimisme offrant de nouvelles opportunités constituent un excellent tremplin pour cette nouvelle narration que nous devons raconter à nos peuples, à nos citoyens et notamment aux jeunes, si nous voulons qu’ils participent à l’idée européenne. L’idée de l’intégration européenne.

Sur ces pensées, je vous souhaite de nouveau la bienvenue et tout le succès dans l’accomplissement de vos travaux.

Mars 9, 2014