Points principaux :
• Je pense que deux des valeurs les plus importantes de l’UE sont attaquées ces dernières années. La première d’entre elles est la responsabilité. La responsabilité que chaque membre de la même famille se doit d’assumer à l’égard de ses partenaires. La deuxième valeur, qui à mon sens est attaquée, est la solidarité. La solidarité dont l’Union dans son ensemble doit faire preuve vis-à-vis de chacun de ses membres séparément. Sans ces valeurs, l’UE n’existerait pas.
• La valeur de la responsabilité a indubitablement été violée par un nombre de pays européens et, comme chacun sait, par mon propre pays ces dernières années. Il y a certains critères du Traité de Maastricht que nous tous, en Europe, sommes convenus d’appliquer. En conséquence de cela, lorsque nous ne respectons pas ces critères, nous violons de manière flagrante la notion de responsabilité que nous avons en tant que partenaires. C’est la vérité et cela a été révélé à la fin de l’année 2009.
Malheureusement, suite à cette constatation, la discussion a été gelée à l’époque, comme si le temps s’était arrêté. Mais le temps ne s’arrête pas. Au cours des dix huit derniers mois, la Grèce a consenti un effort titanesque et sans précédent dans l’ensemble de l’UE afin de revenir à la valeur de responsabilité, et ce, tant dans son intérêt que dans celui de ses partenaires.
• La première chose que nous devons faire pour revenir à la deuxième valeur, sans tergiverser, est d’abandonner la rhétorique de la punition. Utiliser des termes comme « pécheur » ou « péché » ne fait aucun sens. Dans une démocratie, les hommes doivent pouvoir voir la fin du tunnel, lorsque les mesures appliquées sont si sévères et si difficiles. Et les citoyens des pays invités à montrer leur solidarité – une solidarité nécessaire pour protéger l’UE dans son ensemble – ne peuvent manifestement pas le faire s’ils ont l’impression d’aider des « pécheurs ».
• La deuxième chose que nous devons faire est de mettre fin à toute hypothèse parlant de volonté ou de capacité de l’Europe à relever le double défi de l’endettement et de la croissance. Il faudra faire face à ces deux problèmes, rapidement et sans demi-mesures.
• La Grèce a remboursé jusqu’au dernier euro de la somme qu’elle a reçue et elle continuera de le faire jusqu’à la fin de ce plan de réformes, en s’acquittant des intérêts, des intérêts qui plus est sont élevés. Le peuple polonais, le peuple allemand ne perdent pas d’argent. Tant que nous continuons sur la voie de la stabilisation budgétaire, des changements structurels, mais aussi de la croissance et de la lutte radicale contre la crise européenne de l’endettement, toute l’Europe sera plus forte et non le contraire. Mais ces prêts en général et le nouveau programme en particulier doivent permettre à mon pays et à d’autre pays de faire une pause pour pouvoir appliquer sans entrave les changements nécessaires. Cette pause est la clé. Des intérêts particulièrement élevés comparés à la moyenne européenne ou encore des délais de remboursement trop étroits ne permettent pas au pays de « respirer » et font constamment baisser les marchés.
• En tant qu’Europe, nous devons également discuter très sérieusement de l’avenir de ces mécanismes de soutien très importants que nous avons créés au cours de ces dix huit derniers mois. Je veux parler du mécanisme provisoire intitulé Fonds européen de stabilité financière (EFSF) et mis en œuvre jusqu’en 2013 et du mécanisme européen de stabilité (ESM) qui est permanent. L’EFSF doit être plus flexible. Nous devrons examiner la possibilité, entre autres, pour ce mécanisme d’intervenir efficacement sur le marché secondaire des obligations.
• La troisième chose que nous devons faire est d’adopter un mode de pensée plus ouvert, plus solidaire et axé sur le long terme. Jusqu’à maintenant, nous avons réussi – grâce à ces mesures importantes que nous avons prises – à éteindre des incendies isolés. Nous voyons un incendie se déclarer quelque part, nous organisons une grande rencontre, nous discutons des moyens d’éteindre l’incendie. Dans l’intervalle le feu se propage et s’intensifie. C’est à ce moment là que nous accourons pour l’éteindre en jetant de l’eau. C’est sans aucun doute une preuve de solidarité. Cela est important. Mais en réalité, nous n’éteignons pas le feu car nous ne réfléchissons pas aux moyens de lutter contre tous ces pyromanes qui veulent probablement mettre plus de feux en Europe. Nous n’avons pas suffisamment discuté de la façon dont nous allons passer de l’extinction d’incendies à la protection contre les incendies.
• Pour y parvenir, nous devons réfléchir au moins à trois choses. Premièrement, à de nouvelles ressources européennes novatrices pour le développement et le financement des mécanismes de soutien, mais aussi pour la lutte efficace contre la spéculation effrénée, comme la taxe sur les échanges des marchés financiers. Deuxièmement à la lutte contre la crise de l’endettement en apportant de nouveaux outils et une nouvelle détermination politique, comme les euro-obligations. Et troisièmement, la gouvernance économique : outre l’union monétaire que nous avons jusqu’à aujourd’hui, nous avons besoin davantage de gouvernance économique. L’union monétaire à elle seule, sans l’union économique et politique, a prouvé ses limites. La gouvernance économique devra inclure une coordination et une surveillance strictes afin que nos obligations communes soient appliquées fidèlement, mais aussi une coordination et un soutien à l’investissement dans les avantages de développement de chaque pays, au développement et à la création d’emplois dans l’UE tout entière.
Juillet 20, 2011