Extrait du discours prononcé par le ministre des Affaires étrangères S. Dimas lors de la présentation du livre intitulé «Zone économique exclusive: de la stratégie à la solution économique»

Au nom également du Président de la Nouvelle Démocratie M. Antonis Samaras je suis particulièrement heureux de participer à la présentation d'aujourd'hui.

J’aimerais remercier Vassilis Kikilias ainsi que les autres participants, M. Karyotis, M. Kassinis et M. Lygeros pour leur contribution à une question particulièrement importante pour notre pays et complexe quant aux différents aspects qu'elle recouvre.

Les auteurs de ce livre s’efforcent, dans leurs textes, d'expliquer de manière simple les questions juridiques, politiques, géostratégiques et économiques liées à la déclaration d’une zone économique exclusive de la Grèce.

Cette question, comme le soulignent les auteurs, revêt une importance d’autant plus particulière à la lumière de la conjoncture actuelle, avec les changements importants qui ont lieu dans la région de la Méditerranée orientale.

J’aimerais souligner d’emblée que la politique et la priorité de la Grèce sont la délimitation de toutes ses zones maritimes avec ses voisins.

La Grèce, en tant qu'Etat côtier et membre de l'Union européenne, ne renonce à aucun de ses droits souverains légaux et certes la zone économique exclusive ne peut déroger à ce principe fondamental et position de notre politique étrangère.

La question de la zone économique exclusive n’est pas examinée de manière isolée mais dans le cadre élargi de l'instauration et de la délimitation de zones maritimes conformément aux dispositions du droit international et notamment de la Convention internationale sur le droit de la mer de 1982. La Convention de l'ONU sur le droit de la mer fait d'ailleurs partie de l'acquis communautaire. Par conséquent, le respect, la signature et la ratification de cette Convention est un élément fondamental de la perspective européenne des pays candidats à l'adhésion.

La délimitation des zones maritimes entre les pays de la Méditerranée orientale offre non seulement d’importantes opportunités économiques, mais sert d'élément catalyseur à la paix et à la sécurité régionale.

Lors de nos contacts avec les pays voisins, nous nous efforçons de promouvoir cette politique.

Notre pays a signé avec l'Albanie un accord sur la délimitation de zones maritimes en 2009, en vertu du droit de la mer, accord qui n'a toutefois pas été ratifié à ce jour. Nous avons fait clairement savoir à la partie albanaise que notre pays accorde une importance majeure au règlement de cette question en suspens, qui aura une influence positive sur tout l'éventail de nos relations bilatérales.

La Grèce a conclu un accord avec l’Italie sur la délimitation du plateau continental depuis 1978, tandis que des négociations sont en cours depuis quelques années avec l'Egypte et la Libye. Les développements politiques dans ces deux pays ont ralenti le dialogue, mais tandis que le processus de transition politique se poursuit, l’objectif de la Grèce est de faire avancer les discussions y relatives, dans un esprit d’amitié et de coopération.

Pour ce qui est de Chypre, nous sommes en coordination permanente afin de décider de nos actions à entreprendre dans le cadre de notre stratégie élargie. Lors de ma visite à Chypre, j'ai d'ailleurs eu l'occasion de discuter de manière détaillée de cette question avec la ministre des Affaires étrangères et cette coopération se poursuit à tous les niveaux.

S’agissant de la Turquie, nous nous efforçons de maintenir de bonnes relations – comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises – dans le cadre du respect du droit international et de la souveraineté nationale.

Permettez-moi à ce stade de faire une parenthèse. Avant-hier, M. Bagis a fait des déclarations sur l’annexion de la partie occupée de Chypre. Ces déclarations, tout comme la tentative avortée de falsification, ont de nouveau confirmé que le problème chypriote est un problème d'invasion et d'occupation. Ces déclarations ont montré quelles étaient les intentions réelles de la Turquie et qui était responsable du manque de progrès dans les négociations.

La Grèce demeure attachée à l’atteinte d’une solution globale, convenue, durable et fonctionnelle à la question chypriote.

Le cadre de la résolution du problème est défini par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que la qualité de Chypre en tant qu’Etat membre de l’Union européenne et non les «plans B» de la Turquie et les menaces au sujet d'une annexion de la partie occupée de l'île.

Comme je le disais donc, nous respectons concrètement le principe des relations de bon voisinage et nous invitons la Turquie à en faire de même. La Turquie refuse toujours d'adhérer à la Convention internationale pour le droit de la mer de 1982, qui, comme je l'ai dit, fait partie de l'acquis communautaire. A cet égard, la Turquie est isolée.

Tout le monde sait que pour l'ensemble des pays de la Méditerranée les zones économiques exclusives, qui conformément au droit international de la mer peuvent s'étendre jusqu'à 200 miles marins à partir des côtes, coïncident. Par conséquent, la question de la délimitation entre pays côtiers voisins est soulevée.

La zone économique exclusive offre d’importants avantages et il va de soi que notre pays valorisera ces avantages, par ordre de priorité, dans le cadre de sa stratégie élargie.

La récente harmonisation de la législation grecque sur le plateau continental avec les dispositions – plus favorables pour la Grèce – de la Convention sur le droit de la mer constitue une évolution très importante à cet égard ainsi que la position ferme de la Grèce sur la délimitation des zones maritimes conformément au principe de l’égale distance / ligne médiane. C’est l’article 156(1) de la loi 4001/2011, qui a modifié la loi de 1995 portant « exploration, recherche et exploitation des hydrocarbures et autres dispositions ».

Conformément à cette disposition, faute d'accord de délimitation avec des pays voisins dont les côtés sont adjacentes ou opposées à celles de la Grèce, la limite extérieure du plateau continental et de la zone économique exclusive, une fois proclamée, est la ligne médiane, dont tout point est à égale distance des points les plus proches des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale.

La Grèce entreprend rapidement toutes les actions nécessaires à la recherche et le tracé de ses richesses naturelles. Le ministère de l’Energie, en étroite coopération avec le ministère des Affaires étrangères a publié des appels d’offre sur des projets de recherche dans la Mer Egée et au sud de la Crète afin que l’Etat grec puisse obtenir des informations fiables sur le potentiel énergétique de la région. Beaucoup ont répondu à ces appels d’offre, ce qui est très encourageant.

Mesdames et Messieurs,

Il ne fait aucun doute que la carte géopolitique de la région de la Méditerranée orientale change à des rythmes fulgurants, tout comme la carte énergétique.

Dans ce contexte, la Grèce doit asseoir sa présence, tout en valorisant sa position stratégique pour le transport énergétique vers l’Europe, mais aussi son potentiel énergétique. Lors de toutes les discussions et contacts du ministère des Affaires étrangères, que ce soit au niveau européen ou bilatéral, sont présentées en priorité les possibilités d’investissement et de développement offertes par notre pays dans le domaine énergétique. Des actions tout aussi prudentes que constantes sont nécessaires car elles permettront de garantir nos intérêts nationaux qui contribueront à l’effort global en vue de faire face à la crise.

Des manifestations comme celle d’aujourd’hui contribuent fortement au débat public autour des questions liées à la valorisation d’un outil précieux de notre pays : la zone économique exclusive.

Je suis convaincu que la présentation circonstanciée de tous les points de vue et le débat fertile et modéré ne peuvent que produire des avantages et dans un tel contexte j'aimerais de nouveau remercier Vassilis Kikilias pour son initiative.

Je vous remercie beaucoup.

Mars 8, 2012