Y. Papadakou : Nous avons avec nous M. Evangelos Vénizélos, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères et président du PASOK. Bonjour. Nous sommes ravis de vous avoir avec nous.
E. Vénizélos : Bonjour Mme Papadakou et bonjour à nos auditrices et auditeurs.
Sur la situation en Syrie et en Egypte
Y. Papadakou : Voyez-vous une « dernière occasion », pour employer le titre du quotidien ETHNOS ?
E. Vénizélos : Ce qui importe, est de parvenir à une solution politique définitive en Syrie, théâtre d’un drame qui se déroule depuis environ 2,5 ans. Le pays est en situation de guerre civile, une situation paradoxale. Les deux camps présentent une image brouillée. Personne ne sait jamais vraiment à qui il a à faire et quelles sont les intentions de chaque partie.
Il est néanmoins nécessaire de protéger les citoyens syriens, les civils, d'instaurer de nouveau le calme, la paix dans un grand pays qui compte près de 22 millions d'habitants et qui a d’importantes sources de richesse. Un pays clé pour le Moyen-Orient, pour la sécurité dans la région élargie de la Méditerranée orientale.
Donc, l’objectif est toujours de parvenir à la paix et à une solution politique par le biais du processus de Genève II. Il y avait eu, comme vous le savez, un Genève I, où les deux parties se sont rencontrées, sans résultat. Il est nécessaire de faire avancer ce processus afin de mettre en place un plan de transition qui créera une situation qui sera largement acceptable.
Y. Papadakou : Monsieur le ministre, comment voyez-vous le rôle de notre pays ? Nous sommes préoccupés par les vagues de réfugiés qui affluent par milliers vers notre pays.
E. Vénizélos : Les réfugiés sont, bien entendu, une question très importante et nous avons pris des mesures à cet égard. La Grèce n'est cependant pas le premier pays d'accueil. Les premiers pays d'accueil sont les pays qui partagent des frontières avec la Syrie. La Turquie par exemple est confrontée à un gros problème, mais le problème est encore plus important pour le Liban ou la Jordanie. Mais pour nous aussi, bien évidemment, en raison de nos frontières maritimes. Nous sommes en concertation avec l'Union européenne et d'autres pays du sud européen, comme l'Italie, Malte par exemple ou encore Chypre qui est encore plus près du foyer de la crise.
Le ministère de l’Ordre public et le ministère de la Marine marchande se sont bien préparés de ce point de vue.
Y. Papadakou : M. Varvitsiotis également a admis le problème.
E. Vénizélos : J’ai moi aussi eu l’occasion de parler avec la commissaire pour l’aide humanitaire, qui est chargée de coordonner ces questions en rapport avec la Syrie. Et là, bien entendu, nous soulevons un problème concernant la politique européenne en matière de migration, une politique qui doit être concertée et équitable, car il existe une certaine injustice au détriment de notre pays et d'autres pays qui, du point de vue géographique, sont des portes d'accès à l'Union européenne et à l’espace Schengen.
Y. Papadakou : Quelle est votre prévision politique ? Peut-on espérer trouver une solution politique ?
E. Vénizélos : Je pense que la pression qui est exercée, après le G20, est une pression exercée par le Conseil informel des ministres de l'UE qui s'est tenu en Lituanie et auquel a participé M. Kerry. Une longue séance, de quatre heures environ, a été tenue sur cette question et cette pression est très forte. Je tiens également à souligner la plus grande vitesse avec laquelle la partie russe avance et la flexibilité dont elle fait preuve, en qualité de membre permanent du Conseil de sécurité.
Y. Papadakou : Surtout à partir d’hier après-midi.
E. Vénizélos : Il existe un problème très grave de légalité internationale et un très gros problème d'incapacité du Conseil de sécurité d'exercer son rôle. C'est une faiblesse de l'ordre mondial légal que nous devons envisager.
Y. Papadakou : D’un autre côté, l’opposition vous accuse, vous personnellement, mais aussi le gouvernement en général, de faciliter la tâche aux « rapaces».
E. Vénizélos : Permettez-moi de vous dire que l’opposition, qui plus est SYRIZA, demandait avec insistance il y a un an et demi, de couper tout contact avec le régime sanguinaire d'Assad et de soutenir économiquement et politiquement, coûte que coûte, l’opposition.
Nous faisons ce que nous avons à faire pour protéger nos intérêts nationaux ici, car des relations d’interdépendance sont établies – dont nous ne pouvons être absents et dans lesquelles nous ne devons pas occuper une position inférieure à celles d'autres pays – relations particulièrement cruciales pour nos intérêts nationaux.
Y. Papadakou : Dans le cas extrême où cette intervention a lieu – quelle que soit sa durée – on dit qu’elle sera brève et « chirurgicale », mais personne ne peut maîtriser une telle crise.
E. Vénizélos : Nous n’avons pas ce genre d’informations Mme Papadakou.
Y. Papadakou : Je l’espère bien.
E. Vénizélos : Ce que je peux vous dire - et c'est ce que nous avons dit personnellement et moi-même tous ces jours passés en qualité de représentant du gouvernement grec, de ministre des Affaires étrangères - est exactement ce qui a été dit mot pour mot et qui a été adopté par les 28 Etats membres de l'Union européenne en Lituanie et ce que Mme Ashton a exprimé comme étant la position commune de l'Union européenne.
Y. Papadakou : Passons à une question qui est en quelque sorte liée à ce dont nous discutons : l’industrie de défense.
E. Vénizélos : Avant de passer à l’industrie de défense, j’aimerais vous dire qu’en même temps que la crise en Syrie, il y a eu la crise en Egypte. L'Egypte est un pays qui touche directement la Grèce. Nos intérêts sont voisins. Nous avons des problèmes avec les zones maritimes, nous sommes deux pays voisins de la Méditerranée orientale. La promotion des relations gréco - égyptiennes est très importante pendant la durée de la crise afin que nous puissions protéger tout intérêt national que nous avons.
Du Patriarcat d’Alexandrie au Monastère du Sinaï, en passant par les communautés traditionnelles grecques d’Egypte et les entreprises grecques qui y sont installées- la Grèce est le cinquième investisseur en Egypte - sans oublier bien entendu la grande question de la délimitation de nos zones maritimes, du plateau continental et de la zone économique exclusive en Méditerranée orientale. Donc, ma visite en Egypte, jeudi dernier, est liée au problème plus global du Moyen-Orient, de la Méditerranée orientale.
Y. Papadakou : L’exploitation des ressources naturelles.
E. Vénizélos : Oui et pas seulement, car il existe un problème plus global, lié d’une part aux ressources énergétiques, d’autre part à la sécurité dans la région élargie. Il faut donc en tenir compte dans notre analyse et avoir toujours à l’esprit que tout cela a eu lieu un jour avant la rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne en Lituanie et la rencontre de M. Kerry à Vilnius.
Y. Papadakou : Quels messages avez-vous reçu de cette rencontre ?
E. Vénizélos : Celle d’Egypte ou de Vilnius ?
Y. Papadakou : De Vilnius, je parle de M. Kerry car c’est important. Et par la suite vous effectuerez une visite aux Etats-Unis, n’est-ce pas ?
E. Vénizélos : J’irai à l’Assemblée générale, dont la dernière semaine de septembre est ladite « semaine ministérielle », où tous les pays sont représentés à un haut niveau politique et où de nombreux contacts bilatéraux sont établis.
Y. Papadakou : M. Samaras vous accompagnera ?
E. Vénizélos : Je serais à la tête de la délégation et le Premier ministre annoncera à quel moment il ira après l’Assemblée générale. La question que vous m’avez posée, concernant M. Kerry, était cruciale pour nous tous. En effet, il nous a informés de deux questions importantes. Premièrement, le processus de paix au Moyen-Orient, qu’en est-il exactement du dialogue entre Israéliens et Palestiniens, quelles sont les perspectives, quel est le plan – car cela nous intéresse, c’est la racine de tous les autres problèmes – et par ailleurs, cela nous intéresse car il y a le Patriarcat là-bas. Le Patriarcat de Jérusalem et les lieux de pèlerinage.
En outre, le plan de paix revêt également une dimension importante en matière de développement, que les Etats-Unis ont élaboré et cela constitue une grande occasion pour les entreprises grecques dans cette région.
Deuxièmement, la Syrie. L’Europe s’est positionnée à ce sujet avec la position commune annoncée par Mme Ashton et qui était celle que nous avions formulée.
Y. Papadakou : C’est également la position grecque.
Sur l’industrie de défense
Y. Papadakou : Parlez-moi de l’industrie de défense. Votre réponse à la troïka est en suspens, selon les reportages que nous avons, vendredi. D’un autre côté, est-ce que la question des licenciements sans indemnités vous a été posée ? Car M. Karvounis qui représente le Comité a dit que cette question n’a pas été posée par des fonctionnaires de l’Union européenne.
E. Vénizélos : L’industrie est, comme vous le dites, une industrie de défense. Tout d’abord, l’Industrie grecque des véhicules (ELVO), les Systèmes de défense grecs (EAS) et l’Industrie aérospatiale grecque (EAV) appartiennent pleinement à l’Etat grec. Il existe des problèmes juridiques, car de nombreuses augmentations du capital social sont perçues comme des subventions illégales de l’Etat, des subventions de l’Etat à une société du secteur public. C’est une question juridique, qui peut facilement être résolue si nous nous mettons exactement d’accord sur la nature défensive de ces industries, qui, de ce fait, relèvent d’une exception qui est prévue par le droit communautaire, le droit primaire de l’Union européenne.
C’est également ce que j’ai dit lors d’une rencontre avec les ministres des Affaires étrangères, car l’une des questions abordées était l’avenir de la politique de sécurité et de défense commune. L’un des piliers de la politique de sécurité et de défense commune est ladite industrie de défense européenne et la base technologique. Et ma question était « Comment est-ce possible pour vous de vouloir garantir cette base et d’un autre côté faire pression pour la fermer pour des raisons avant tout légales ».
Y. Papadakou : Donc cette question a été soulevée.
C’est ce que vous me dites indirectement.
E. Vénizélos : Bien entendu la troïka a soulevé la question d’une restructuration radicale de l’EAS et de l’ELVO.
Y. Papadakou : Et la question des licenciements sans compensations ?
E. Vénizélos : Ce n’est pas moi qui suis chargé de cette question et je ne connais pas exactement la teneur de la négociation.
Y. Papadakou : C’est Mme Gennimata qui a reçu cet email.
E. Vénizélos : Il n’y a pas de licenciements sans indemnités, mais avant d’arriver à la question des licenciements, à l’exception de certaines activités de nature politique non militaires, le gros volume des activités est militaire et il doit être militaire car on parle d’armement, de véhicules militaires lourds, de tanks.
Ils pourraient, si nécessaire, devenir des unités militaires. La question est de pouvoir garantir l’infrastructure. Car c’est le noyau dur de notre souveraineté nationale ; c’est lié à nos estimations sur les questions de sécurité et de défense et par conséquent, c’est nous qui jugerons de ces questions.
Y. Papadakou : Examinez-vous la possibilité d’accorder des concessions au secteur privé – même étranger ?
E. Vénizélos : Non. S’il y avait un investisseur intéressé par les activités politiques et militaires, nous en discuterions et sommes toujours près pour en discuter. Mais si une telle perspective n’existe pas, il faut faire une distinction entre les activités politiques et militaires, qui sont les plus importantes.
Y. Papadakou : J’ai compris.
E. Vénizélos : Cela peut donc être envisagé du point de vue juridique de plusieurs façons, sans qu’il y ait un problème de subventions illégales de l’Etat, conformément au droit communautaire. Car souvent on perd l’essentiel et l’UE et la troïka perdent l’essentiel, car elles s’occupent de questions légales, qui émanent – pour ainsi dire – d’une interprétation restreinte des traités.
Septembre 11, 2013