Extraits de l’interview de M. D. Droutsas aux correspondants grecs à Londres (17 février 2011)

  • Je me suis entretenu avec le ministre britannique des Affaires étrangères, M. William Hague ainsi qu’avec M. David Lidington, ministre des Affaires européennes et de l’OTAN. Hier, je me suis entretenu avec le chef de l’opposition, M. Ed. Miliband ainsi qu’avec le ministre fantôme des Affaires étrangères, M. Douglas Alexander. Toutes les discussions se sont déroulées dans un climat positif et chaleureux.


[Sur les évolutions du Moyen – Orient et l’Afrique du nord:]

  • Comme vous le savez, la Grèce – et nous l’avons à maintes reprises souligné – constitue une partie de la région. C’est notre voisinage direct. Nous avons un intérêt particulier ainsi qu’une responsabilité particulière, dirais-je, à l’égard de nos voisins.
  • M. Hague s’est récemment déplacé en Tunisie et m’a informé sur les évolutions dans ce pays tout en me faisant part de son point de vue personnel. Nous avons tous les deux reconnu qu’il s’agit d’une longue transition vers une véritable démocratie. Telle est la volonté du peuple, ainsi qu’exprimée ces derniers jours et semaines. J’ai également évoqué avec M. Hague une réflexion de la Grèce, à savoir de quelle façon cette dernière pourrait contribuer d’avantage à la transition de ces pays vers une véritable démocratie, ce qui implique que les forces politiques émergentes se transforment en partis politiques qui pourront jouer un rôle dans le cadre d’un véritable système démocratique.
  • La Grèce est le berceau de la démocratie et nous devons valoriser davantage cet élément symbolique. Nous songeons à fonder en Grèce un centre de la Démocratie dont la vocation sera de contribuer à la formation des nouvelles personnalités politiques qui émaneront de ce processus. Nous examinerons les modalités qui nous permettrons d’apporter notre aide dans ce sens et de former ces nouveaux mouvements politiques qui seront transformés en véritables partis politiques. Nous sommes en train d’examiner cette idée. L’occasion m’a été offerte de discuter de cette idée avec M. Hague. Il existe un élément symbolique ce qui a été communément admis. La Grèce est le berceau de la Démocratie tandis qu’en Royaume–Uni a été formé le premier parlement. Par conséquent, il existe à cet égard aussi des symbolismes communs. Nous verrons en fonction de l’évolution des choses comment nous pourrons concrétiser cette idée et établir une coopération étroite entre les deux pays.
  • Vous devrez savoir que nous avons demandé – une demande formulée sur initiative grecque et en coopération avec d’autres pays de la région de la Méditerranée –  à Mme Ashton la convocation d’une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères sur les évolutions au Moyen-Orient. Nous sommes convenus – pour des raisons pratiques – d’organiser un dîner des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles qui sera consacré aux évolutions en Egypte tout particulièrement et dans d’autres pays de la région. Nous poursuivrons ici nos discussions. J’aurai également l’opportunité de discuter de cette idée avec mes autres partenaires de l’UE  et trouver – aussitôt qu’un train de mesures sera élaboré au sein de l’UE –  les moyens appropriés pour établir une coopération.


[Sur l’élargissement de l’UE aux Balkans occidentaux :]

  • Au-delà du fait que la priorité immédiate et l’objectif stratégique de la Grèce est de promouvoir le parcours d’adhésion européen des Balkans occidentaux, nous avons constaté que le Royaume Uni partage cet objectif. J’ai eu l’opportunité de discuter avec M. Hague et de l’informer sur l’initiative que la Grèce envisage d’entreprendre dans ce sens. Comme vous le savez, il y a un an, aussitôt que nous avons assumé la gouvernance du pays, nous avons présenté la nouvelle initiative, ledit Agenda 2014 sur les Balkans occidentaux dans le but d’insuffler un nouvel élan à cette idée de l’élargissement de l’UE aux Balkans occidentaux. Car nous pensons que l’élan créé en 2003 à travers la Stratégie de Thessalonique s’est affaibli. Le premier objectif était de raviver justement cette dynamique. Je pense que nous avons atteint cet objectif à travers cette initiative, l’Agenda 2014.
  • Maintenant, nous passons à la prochaine étape, à la prochaine étape de nos activités. Notre objectif est lors de la présidence de la Grèce à l’UE en 2014 de convoquer – comme nous l’avons fait en 2003 – une réunion au sommet sur les Balkans occidentaux avec la participation de tous les leaders des Balkans occidentaux. Si cela est possible – il  y a encore du temps afin que nous puissions œuvrer dans ce sens au sein de l’UE mais aussi pour les Balkans occidentaux afin que ces derniers puissent se préparer de la manière appropriée –  notre objectif est lors de cette réunion au sommet de présenter et de nous mettre d’accord sur une date concrète à laquelle les pays des Balkans occidentaux pourront adhérer à l’UE afin de donner un nouvel élan à cet effort. Et la partie britannique partage cette réflexion et nous poursuivrons notre coopération à cette question au sein du Conseil.


[Concernant les relations entre l’Union européenne et la Turquie :]

  • Tout le monde sait qu’à un moment donné, de par la force des choses, si la Turquie ne s’acquitte pas de ses obligations vis-à-vis de l’Union européenne et de tous les Etats membres de l’Union européenne, le processus des négociations d’adhésion stagnera. Comme chacun sait, il reste peu de chapitres pouvant être ouverts en vue de la négociation.
  • La position de la Grèce à ce sujet était bien claire : la Turquie doit faire le nécessaire, s'acquitter de ses obligations. J’aimerais insister sur le fait que la Grèce soutient fermement le parcours d'adhésion de la Turquie. Nous estimons que cela est dans l'intérêt de la Grèce - et je pense que les dirigeants politiques de la République de Chypre s'accordent sur ce fait -, que le parcours d'adhésion de la Turquie est dans l'intérêt de la République de Chypre et des efforts visant au règlement de la question chypriote.
  • Quoi qu’il en soit, les marges de manœuvre pour la Turquie se trouvent désormais fortement réduite. C'est dans cet esprit et dans un tel contexte que je me suis entretenu avec M. Hague, sur cette pensée que nous avons exprimée il y a longtemps, à savoir qu'il faudra à un moment donné engager une discussion sérieuse – encore une fois dans le cadre de l’Union européenne – sur la question des relations de l’Union européenne avec la Turquie.


[Concernant l'évolution de la question chypriote :]

  • Comme vous le savez, avant de venir à Londres, j’étais à Chypre ou j’ai eu une longue réunion de travail avec le Président Christofias et le ministre des Affaires étrangères, Markos Kyprianou ainsi que tous les représentants des partis politiques. Comme je l'ai dit depuis Chypre également, l'objectif de cette rencontre était d’examiner de concert les derniers développements et de préparer ensemble nos prochaines actions.
  • Notre constatation commune – et je l’ai souligné lors de mes contacts et de mes entretiens ici à Londres – est la tendance de certains – les acteurs internationaux également - à enjoliver les positions exprimées par la partie chypriote turque et M. Eroglu personnellement. D’un autre côté, l’attitude constructive dont a fait preuve la partie chypriote grecque et le président Christofias avec les propositions constructives formulées dernièrement est désormais considérée comme acquise.
  • Ce que nous voulons, c’est que tous puissions voir les choses avec objectivité, ne pas enjoliver des situations, encore moins simplifier les choses. Tout est dans le détail. Nous attendons de toutes les parties qu’elles fassent preuve de la même attitude, afin que les efforts déployés dans ce processus de résolution de la question chypriote se poursuivent concrètement. Un processus qui – et j’ai eu l’occasion de le souligner – doit être convenu et la base de ce processus avait été convenue entre le Président Christofias et M. Talat dans le passé; cette base doit être respectée par toutes les parties afin que nous puissions voir du progrès et une continuité dans les discussions.


[En réponse à une question relative à une augmentation éventuelle des flux migratoires en raison de la situation en Afrique du Nord :]

  • Comme chacun sait, sur le plan de l’immigration clandestine, la Grèce a atteint ses limites et les a même dépassées.
  • A l’heure actuelle, l’Italie est confrontée à un problème de flux migratoires en provenance de Tunisie. J’aimerais dire que la Grèce n’est pas confrontée à un problème du même ordre. Nous avons soulevé cette question à titre préventif à partir du moment où les événements ont commencé à se dérouler dans le monde arabe et notamment en Egypte. Nous nous sommes de suite adressés à l’Union européenne pour attirer son attention sur le sujet. Si les évolutions produisent de grands flux migratoires, il faudra que l’Union européenne dans son ensemble se saisisse de la question. Aucun pays ne peut – et certainement pas la Grèce – porter tout ce fardeau qui éventuellement existerait si des migrants commençaient à affluer dans le pays.



[Concernant la rencontre avec le SG de l’Organisation maritime internationale (OMI), M. E. Mitropoulos :]

  • J’ai rencontré le Secrétaire général, M. Mitropoulos et des représentants de la marine grecque. Nous nous sommes notamment entretenus sur la piraterie, dont la résurgence – notamment en Somalie – préoccupe l’OMI et les armateurs grecs.
  • J’ai abordé cette question avec M. Hague, qui m’a fait part de la sensibilité de la Grande-Bretagne à ce sujet. Nous sommes convenus de prendre une initiative en vue d'organiser une rencontre d’experts de Grèce et de Grande-Bretagne pour discuter de solutions visant à lutter contre la piraterie.
  • Nous soulevons désormais la question devant l’Union européenne. D’ailleurs, j’ai envoyé aujourd’hui une lettre à Mme Ashton dans laquelle je souligne ce problème et lui demande de l'inclure à l’ordre du jour prévu dans le cadre de l’Union européenne afin que nous puissions prendre des mesures pour lutter contre ce phénomène. Il va de soi que le problème de la piraterie ne peut être réglé par deux pays seulement, une action globale de l’Union européenne est nécessaire. Dans ce sens, la Grèce et la Grande-Bretagne coopèreront étroitement.

Février 17, 2011