Intervention du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, E. Vénizélos lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE sur le thème « L’avenir de l’Europe »

Après une période de six ans marquée par la crise au cours de laquelle de nombreux pays ont été touchés par la récession et le chômage, le plus grand problème politique auquel l’UE doit faire face est la déconstruction du récit historique pour l’Europe. Ce récit était axé pendant des décennies sur l’évolution linéaire de l’histoire vers la prospérité, le haut niveau de vie, les garanties de l’Etat social européen, la démocratie, la civilisation, la qualité et la compétitivité.

Actuellement, nous devons faire face à un euroscepticisme qui se présente sous une nouvelle forme dans presque tous les pays. Par conséquent, nous devons présenter à nos sociétés un nouvel agenda, un nouveau récit qui sera réaliste, précis et attrayant.

Par conséquent, le grand problème de l’UE et de l’intégration européenne n’est pas institutionnel, mais plutôt politique, et je dirais même qu’il s’agit d’un problème de valeurs et d’un problème intellectuel. Ce problème est lié à la façon dont nous envisageons ces questions.

Il existe, bien entendu, la dimension institutionnelle aussi, et cela ne concerne pas les détails, mais le fait qu’il y a deux mondes institutionnels : le monde institutionnel décrit par le Traité de Lisbonne, avec les responsabilités renforcées du Parlement européen, le rôle de la Commission et du Conseil, et le véritable monde institutionnel de la zone euro, de l’Eurogroupe, du Conseil européen, des décisions intergouvernementales hâtives et pressantes en vue de lutter contre le « recyclage » de la crise.

Cela conduit à des altérations institutionnelles. Il impose la méthode intergouvernementale, limite le rôle de la Commission, place le FMI au cœur de la vie de l’Europe d’une manière similaire à la présence de l’OTAN en Europe en matière de questions liées à la sécurité et à la défense.

Toutefois, le plus important est que l’égalité institutionnelle des Etats membres est annulée et que sur la base de cette égalité est construite l’intégration européenne. Actuellement, il existe des inégalités flagrantes. Il existe des gouvernements qui décident et des gouvernements qui sont obligés d’exécuter des ordres pour sauver leurs pays. Il existe des gouvernements qui font partie du noyau dur des pays « vertueux » et des gouvernements qui font partie de la région des pays « prodigues ». Il y a les prêteurs et les emprunteurs. Il existe ceux qui rendent des comptes à leurs parlements et à leurs peuples mais qui finalement se sentent capables de prendre des décisions pour d’autres pays. Et, il existe les gouvernements qui se sentent dépourvus d’une grande partie de leur souveraineté nationale, sans avoir reçu de garanties.

Cette question doit être clairement soulevée et des solutions doivent être trouvées qui pourront régler les grands problèmes pratiques, tels que l’écart des taux d’intérêt d’un pays à l’autre, un élément qui altère la compétitivité des entreprises, notamment des petites et moyennes entreprises, à l’intérieur de l’Europe ou les grands écarts des coûts en matière d’énergie qui sont déterminants pour la compétitivité du secteur de la transformation.

Il est également évident que nous devons parler d’une manière ouverte et sincère des relations euro-atlantiques, de la relation actuelle entre l’UE et les Etats-Unis à tous les niveaux, non seulement sur le plan financier mais aussi sur celui de la politique étrangère et de la politique de la sécurité et de la défense, vu les dernières évolutions liées à la crise dans le monde arabe et aux efforts en faveur de la paix consentis au Moyen-Orient.

Par conséquent, nous devons de nouveau utiliser des termes politiques, nous devons de nouveau conférer à ce débat un caractère politique.

En Europe on constate ce phénomène étrange : il existe, à un niveau abstrait, un accord bien élargi sur la vision de l’intégration européenne et sur certaines notions très générales, telles que la paix, la stabilité et le destin commun. Il existe, d’autre part, des activités bien spécifiques au niveau le plus bas possible, technique et bureaucratique, de très importantes initiatives au niveau des directives, des recommandations et des décisions. Mais, dans l’intervalle, il existe la réalité des sociétés et des préoccupations des citoyens européens auxquelles nous devons répondre.

Et cela concerne tous les partis politiques du Parlement européen car nous sommes tous conscients du fait que lors des prochaines élections européennes, indépendamment du nombre de sièges, il y aura une coalition élargie qui sera invitée à prendre en charge toutes les décisions. Il existe donc une responsabilité commune des groupes politiques au sein du Parlement européen.

Juillet 20, 2013