JOURNALISTE : Quelle est la marge de manœuvre dont dispose le ministère des Affaires étrangères sur la scène internationale, vu la crise financière à laquelle est confronté le pays ?
D. AVRAMOPOULOS : Il est vrai que la crise financière a rendu l’exercice de la politique étrangère plus difficile. La crise a fortement limité nos moyens. Toutefois, notre stratégie concernant les dossiers majeurs de la diplomatie grecque demeure immuable. Après une longue période, la Grèce affirme de nouveau sa présence à travers des initiatives, restaure son prestige sur la scène internationale et joue un rôle déterminant dans les dossiers d’importance majeure de l’Europe du Sud-est et de la Méditerranée orientale. Notre capacité d’action demeure puissante. Notre objectif est donc de prouver notre rôle à la fois stable et stabilisateur dans notre environnement géopolitique élargi. Au même titre, le ministère des Affaires étrangères met en œuvre un programme à grande échelle en coopération avec les ministères compétents en la matière, afin d’accélérer les initiatives que nous avançons en faveur du développement.
JOURNALISTE : Quel est l’état de nos relations bilatérales avec la Turquie et l’ARYM ?
D. AVRAMOPOULOS : Nous avons ouvert de nouveaux canaux de communication tout en demeurant toutefois attachés à nos positions fondamentales et non négociables en matière de questions ayant trait à la sécurité, à l’intégrité et à notre identité culturelle et historique. La Grèce est puissante, en dépit de la crise, et la politique qu’elle exerce est en faveur de la paix et de la stabilité. Contrairement à d’autres pays, elle n’exerce pas des politiques qui alimentent la haine et ne défend pas des perceptions chauvinistes. Les années qui se sont écoulées nous ont montré la voie que nous devons emprunter, libérés de phobies et de sentiments d’insécurité. Et c’est justement ce nouvel élément qui régit nos initiatives. S’agissant de la question du nom de l’ARYM, nous exerçons une diplomatie à la fois positive et agressive. Athènes est de nouveau la première à soutenir des initiatives. Elle soumet une proposition de signature d’un protocole d’accord (Memorandum of Understanding) visant à donner un nouvel élan au processus de l’ONU. Par le biais de propositions tangibles et de contacts réguliers, nous exerçons des pressions en vue de l’atteinte d’une solution respectueuse de l’histoire et de la civilisation de chaque pays et qui ne laissera aucune place au nationalisme.
JOURNALISTE : L’engagement d’un dialogue avec Ankara et l’établissement d’une coopération tripartite Grèce-Chypre-Israël ne sont-ils pas des objectifs contradictoires ?
D. AVRAMOPOULOS : Tout à fait le contraire. Tout cela vient confirmer notre rôle en tant qu’acteur dynamique dans la région élargie. Nous procédons à l’approfondissement de nos relations avec l’Egypte, au renforcement de la coopération avec Israël et au développement d’initiatives dans le domaine énergétique, à l’établissement de relations sincères avec la Turquie et au soutien ferme de la République de Chypre. La Grèce n’exclue personne. Le vote du pays au sein de l’ONU en faveur de la revalorisation du statut de la Palestine a justement cet objectif : promouvoir la solution de deux Etats qui coexisteront dans un environnement de paix et de sécurité.
JOURNALISTE : Vous avez annulé votre déplacement en Albanie à cause des déclarations faites par Berisha. Que pensez-vous de ces déclarations ?
D. AVRAMOPOULOS : Ces déclarations sont inacceptables. J’ai décidé d’annuler la visite, après avoir demandé leur rétractation, ce qui a été fait, mais c’était trop tard. Des déclarations de ce genre font plonger la région dans son avenir. Nous voulons des relations amicales. Des relations de bon voisinage. Et nous continuerons de prendre des initiatives dans ce sens. Mais, lorsqu’il est question de dignité et d’intégrité nationales, nous ne faisons aucune concession. Tel est a été le message que nous avons envoyé à Tirana. Force est de signaler que la Commission européenne a lancé un avertissement ferme à l’Albanie.
JOURNALISTE : Vous êtes ministre des Affaires étrangères au sein d’un gouvernement tripartite. Vu que la politique étrangère était toujours une source de friction, que pensez-vous de la liberté de manœuvre dont vous disposez ?
D. AVRAMOPOULOS : A ce jour le parcours du gouvernement a fait preuve de sa capacité à fonctionner en tant que gouvernement de coopération. J’ai été, dès le début de ma carrière politique, défenseur de l’entente. Aujourd’hui, je suis en charge du domaine de la politique, un domaine qui par excellence exige et impose la meilleure entente possible non seulement entre les partenaires gouvernementaux mais aussi entre les partis démocratiques politiques. Il existe une convergence entre les partenaires gouvernementaux au niveau de la politique étrangère.
JOURNALISTE : Le ministre des Affaires étrangères se trouve-t-il à l’abri de l’usure inévitable que subit le reste du gouvernement étant donné qu’il applique une politique économique tout aussi nécessaire que dure ?
D. AVRAMOPOULOS : En aucun cas. Les questions internationales sont en priorité au cœur de l’intérêt des médias et de l’opinion publique. D’ailleurs, je l’ai dit sur tous les tons, la crédibilité de la Grèce sur la scène internationale politique et économique est en rapport direct avec l’assainissement budgétaire et la stabilisation, qui sont des conditions à la croissance. La reprise implique, qui plus est, des contacts internationaux, une force de persuasion, la création de réseaux, la gestion des problèmes qui apparaissent dans notre voisinage, qui, comme nous l’avons dit, n’est pas facile.
JOURNALISTE : Où en est l’enquête du procureur sur les fonds secrets du ministère des Affaires étrangères ?
D. AVRAMOPOULOS : Cette affaire est examinée par la justice avec laquelle le ministère des Affaires étrangères coopère étroitement. Il ne faut pas que des zones d’ombre subsistent dans un ministère aussi névralgique. C’est pourquoi nous aidons à l’avancement de cette enquête qui est en cours et – plus important encore – nous avons introduit de nouveaux modèles de contrôle, afin que soit mis un terme définitif à la contestation de cette question tout aussi sensible que délicate, qui concerne le noyau du fonctionnement de notre Etat et sert des aspects sensibles de notre stratégie nationale.
JOURNALISTE : Que répondez-vous aux scénarios de refondation de la Nouvelle Démocratie ?
D. AVRAMOPOULOS : La Nouvelle Démocratie est responsable de la gouvernance du pays. Son expérience et ses connaissances accumulées pendant toutes ces années l’aident à exercer sa politique qui n’a d’autre objectif essentiel que de sauver le pays. C’est un parti ouvert dans les courants démocratiques de la société grecque et des citoyens. C’est la moelle épinière de notre démocratie parlementaire civile et elle se renouvelle au fur et à mesure qu’elle évolue. En d’autres termes, il est dans sa nature de s’adapter au nouvel état des choses.
Décembre 2, 2012