Interview accordée par M. Delavakouras, porte-parole du MAE à la chaîne de télévision « SKAI » et aux journalistes MM. Lyritzis et Oikonomou

L. BOLA : Des recherches sont prévues pour mi-septembre dans la zone économique exclusive de Chypre, ce qui a suscité une vive réaction de la part de la Turquie. Ces derniers jours, une déclaration faite par M. Bagis, qui est ministre turc des Affaires étrangères en charge des questions européennes dans le cadre des négociations d’Ankara avec Bruxelles, a fait couler beaucoup d'encre. En invoquant la puissance militaire de son pays M. Bagis, a affirmé qu’ils préparaient leur flotte et leur armée pour pouvoir justement faire face à des pratiques de ce genre.

M. OIKONOMOU : Oui, mais cette montée des tensions est survenue soudainement, n’est-ce pas ?

L. BOLA : Effectivement, il s’agit d’une question qui ne concerne pas seulement Chypre, la Grèce et la Turquie. Elle concerne aussi Israël, les Etats-Unis et c’est la raison pour laquelle elle revêt un intérêt particulier car en fait il ne s’est rien passé et, évidemment, de la part d’Ankara pour ce qui est de la façon dont cette histoire évoluera. Qu’en pense la partie grecque…

V. LYRITZIS : Le porte-parole du ministère grec des Affaires étrangères, M. G. Delavekouras est avec nous. Bonjour, M. Delavekouras

D. OIKONOMOU : Bonjour, monsieur le porte-parole.

G. DELAVEKOURAS : Bonjour.

V. LYRITZIS : Allons voir de quelle façon envisage la partie grecque cette participation de plus en plus importante de la Turquie à cette question. Force est de rappeler que M. Beglitis, ministre de la Défense, se trouve actuellement en Israël.

D. OIKONOMOU : Oui, et il a également signé d’importants accords.

G. DELAVEKOURAS : Exactement. J’aimerais retenir ce que Mme Bola a affirmé, à savoir que nous devons axer notre attention sur les événements. La République de Chypre procède à sa planification en vue d’exercer son plein droit découlant du droit international pour exploiter ses richesses naturelles. Pour ce qui est des déclarations de M. Bagis, ce n’est pas la première fois qu’il fait des déclarations à des fins médiatiques. Ces déclarations marquent ce manque d’arguments de la part de la Turquie et cet effort visant à faire monter les tensions et à conférer un caractère militaire à ce débat. La République de Chypre a procédé à des accords avec ses voisins et a délimité sa zone économique exclusive et exercera son plein droit en vue d’exploiter sa richesse naturelle.

D. OIKONOMOU : La question est pourquoi la Turquie hausse le ton, monsieur Delavekouras ? Comment expliqueriez-vous cela ?

G. DELAVEKOURAS : Cela est l’aspect le plus inquiétant car nous traversons une période très difficile et cruciale. Il y a les évolutions en Libye, en Syrie tandis que nous sommes en plein milieu d’un effort très difficile visant à protéger le processus de paix au Moyen-Orient afin que nous puissions en septembre au sein de l’ONU éviter une confrontation et préparer le terrain pour marquer un nouveau début et sauver le processus de paix. C’est une question que nous devons signaler à tous nos partenaires, ce qu’ont fait tant le ministre des Affaires étrangères, M. Lambrinidis que son homologue chypriote, Mme Markoullis, avant-hier lors du Conseil informel des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne. En plus, M. Lambrinidis s’est entretenu avec le commissaire chargé de l’élargissement, M. Fuele avec lequel il abordé cette question de manière exhaustive.

L. BOLA : Jusqu’à présent, les déclarations de la part de Washington sont très claires, avec le feu vert donné à la République de Chypre pour que cette dernière poursuive lesdites activités. Mais je me demande si la partie grecque et la partie chypriote sont en train d’étudier ensemble des scénarios qui comportent aussi dans la pratique cette attitude de la Turquie de faire étalage de puissance, à des fins parfois militaires ou médiatiques.

V. LYRITZIS : M. Delavekouras, est-ce que le gouvernement grec pense que la Turquie pourrait aller jusqu’à provoquer un incident sérieux dans la région ?

G. DELAVEKOURAS : Bien évidemment, nous sommes en train d’analyser la situation et de nous préparer pour parer à toute éventualité. Il va de soi que la Grèce défend ses droits souverains, ce qui est un principe fondamental. Il est également évident que nous avons des contacts continus avec la République de Chypre, nous avons une pleine coordination afin que nos interventions aient les meilleurs résultats possibles. J’aimerais toutefois signaler aussi que toutes nos actions sont pleinement conformes au droit international. La République de Chypre a des contacts avec ses partenaires au sein de l’Union européenne et il y a des interventions de la part d’importants pays, tels que les Etats-Unis et la Russie. Ces pays-là évoquent de manière claire que la République de Chypre a le plein droit de procéder à la recherche et à l’exploitation de ses richesses naturelles. Cela est clair pour tous les pays.

L. BOLA : Certes ces déclarations qui invoquent la puissance militaire de la Turquie ont lieu après les interventions des Etats-Unis et de la Russie. Est-ce qu'Ankara est déterminée à faire un pas en avant ?

G. DELAVEKOURAS : Oui mais cela ne change rien à la situation actuelle. Ankara doit, en ce moment, faire preuve d'une plus grande responsabilité. Si Ankara veut vraiment contribuer à la stabilité, comme elle l'entend, et nous constatons d'ailleurs que ces derniers temps elle invoque le droit international, elle devra commencer à adopter le comportement analogue. Elle devra tout d’abord respecter le droit international. Nous le soulignons. Nous sommes toujours en coordination avec la République de Chypre et nous nous préparons. Nous ne devrons toutefois pas suivre Ankara dans un effort visant à intensifier les tensions, car c'est la stratégie qu'elle suit. Elle essaie d’améliorer le climat puisqu’elle est à court d’arguments. Ce sont les résultats qui nous intéressent. A l’heure actuelle, Chypre approche d’une occasion historique consistant à changer les données énergétiques dans notre région, qui influencent directement les données géostratégiques et il est manifeste que la Turquie veut éviter cela. Toutefois, les contacts appropriés ont été établis et la République de Chypre avance normalement.

V. LYRITZIS : Effectivement. Merci beaucoup, M. Delavekouras. Bonne journée.

D. OIKONOMOU : Merci beaucoup M. le porte-parole. Bonne journée.

G. DELAVEKOURAS : Bonne journée à vous aussi.

Septembre 5, 2011